Annie Lauran ( pseudonyme de Myriam Boltanski et Marie- Elise Ilari ) – Celle que j’étais hier – Roman – Editions Plon – 1955

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Annie Lauran, jeune fille frappée dans la vraie vie par la poliomyélite, fait le récit-document de cette épreuve. Dans sa préface, Georges Duhamel qui était aussi médecin,  de l’Académie française, écrit ces mots émouvants et témoigne  :

 » Les hasards de la vie m’ont amené à observer des malades touchés jadis par la poliomyélite.  Je les ai vus, engagés dans une épreuve sans mesure,  surmonter cette épreuve,  demander à leur corps torturé des prodiges d’adresse et de patience,  obtenir de leur âme invaincue des  miracles de  générosité, de travail efficace, d’amour « .

Annie Lauran vit avec sa mère, dans un milieu modeste. Comment est survenue la polio ? Elle a eu très froid, a souffert de douleurs terribles dans les jambes, et la paralysie a gagné rapidement ses jambes, un bras. Le médecin appelé  impose l’hospitalisation,  ce qui signifie une salle commune. Sa soeur, son beau-frère réagissent à leur façon. Elle, ne peut y croire :

 » Et ça me parait vraiment absurde maintenant. Je continuais à l’écouter – j’aurais pu répéter, sans passer un mot, – à comprendre, à m’émouvoir. Mais pas sur moi. Pas sur moi. Je n’étais pas infantile   ( on appelle aussi la poliomyélite, paralysie infantile ). Je n’avais rien  de la petite atrophiée qui heurte la marche trop haute des magasins orthopédiques.  J’étais pleine de vie, de forces, d’entrain.  J’étais moi, enfin  » un feu follet  » toujours en mouvement, un garçon manqué. C’est impossible à discuter; ça se sent … Ce n’était pas la machine, c’était l’esprit de la machine aussi qui ne savait pas rester en place.  … Je me serais sentie malade, infirme.  Ces choses-là ne peuvent venir sans une révolution  de tout son être. Et moi j’étais identique, il ne s’était rien passé depuis quinze jours – une grippe. J’étais intacte. Je n’étais pas passée dans l’autre catégorie, où ils me fourraient de force, avec des mots nouveaux, faits pour les autres seulement « .

A l’hôpital, elle est   » le 23 « , sympathise avec ses voisines, reçoit des visites aux heures imposées, entend les médecins en groupe, qui tentent  les traitements par l’électricité…   Ses jambes restent paralysées, mais elle a évité la paralysie respiratoire  ( le  » poumon d’acier  » faisait ce qu’il pouvait ).

A l’issue de ces traitements, elle rentre chez elle, et  l’héritage d’une tante permet d’envisager un séjour à Lausanne, avec les meilleurs traitements dans un Institut spécialisé. Mère et fille font le voyage, découvrent Lausanne, les cygnes, le bord du lac,  prenant pension chez  une dame agréable. Retour à Paris où elles peuvent louer un petit appartement.

On comprend mieux où finit la fiction, où commence la réalité, car  c’est le temps de l’Occupation, et ils ont des voisins Juifs, que viennent chercher des policiers. Ils sont alors absents… Annie – la  » Simone  » du livre … Myriam(   » mère-grand  » ) sauve le  jeune homme,  Michel Barsky… et le met à l’abri dans leur petit appartement, le temps que le danger imminent s’éloigne.  Son petit-fils, Christophe Boltanski (  La cache, Stock, 2015 ) révèle qu’il y voit les traits de la personnalité d’Etienne, son époux dans la vraie vie. 

D’autre part, la jeune fille prend soin d’un petit garçon, son voisin, Benoît, avec tendresse, avec générosité, sortant ainsi de son épreuve personnelle.

Benoît, pour le présent, Michel Barsky, pour l’espoir. Et les livres qu’elle lit, avec passion.

( Mère-fille… c’est ma mère qui m’a transmis ce livre, avec émotion – elle l’avait acquis à sa parution ).

A lire en parallèle avec La Cache. Myriam Boltanski  garde encore des mystères, car la notice de la Bibliothèque nationale de France qui la concerne indique sa date de décès : 1988- Elle a réussi à garder secrète, elle d’une infinie coquetterie, sa date de naissance. De quoi est-elle morte ? On ne sait pas non plus. Son petit-fils Christophe était absent à ce moment-là, et à son retour, il a trouvé sa chambre vide.

Il a fallu attendre 2015 pour avoir la révélation du mystère : Annie Lauran est le pseudonyme de Myriam Boltanski ou Marie-Elise Ilari, ou …  : La Cache !

Annie Lauran- Celle que j’étais hier – Roman – Lettre-Préface par Georges Duhamel, de l’Académie française – Editions Plon – 247 pages – 1955

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9 réflexions sur “Annie Lauran ( pseudonyme de Myriam Boltanski et Marie- Elise Ilari ) – Celle que j’étais hier – Roman – Editions Plon – 1955

  1. Bonsoir chère France, ton billet me touche beaucoup et je te remercie de ton résumé. D’une part, il me touche car la maman de mon mari est décédée de cette maladie lorsqu’il avait 2-3 ans et d’autre part, une amie, lorsque nous avions 14 ans avec qui j’ai passé plusieurs années de vacances dans une famille dans le canton du Valais est décédée également de la poliomyélite. J’étais très triste.
    Je te souhaite une douce soirée avec mes amitiés.
    Bisous

    • Bonsoir chère Denise -cette terrible maladie a fait impression sur l’entourage- tant c’était brutal – Il y avait à Lausanne un Institut renommé, du Docteur Nicot- à la pointe des traitements.En as-tu entendu parler ?
      Quatorze ans, c’est si tôt – et de plus, cette paralysie fait souffrir. Je suis désolée pour la maman de ton mari, et lui, qui a perdu sa mère – s’en souvient-il ? La vaccination heureusement a pu interrompre les épidémies, mais la polio n’est pas encore éradiquée.
      Le vent s’est mis à souffler en bourrasque, soulevant les volets !
      Avez-vous de la neige ?
      Bonne,douce soirée . bisous et amitiés

      ( je voulais terminer ce soir le cycle des 3 dames-auteurs ! )

  2. Coucou France, non je n’ai pas entendu parler de ce médecin. Oui quatorze ans, c’est bien jeune. Mon amie avait une soeur aînée qui passait aussi les vacances d’été avec nous. Comme elle a été triste… et nous étions si heureuses de nous retrouver chaque année. Quant à mon mari, il a un vague souvenir de sa maman, il était très jeune. Il ne savait pas qu’elle était malade. Son père lui a expliqué lorsqu’il était plus grand. Son père a travaillé dur jusqu’à sa majorité et le week-end, lorsque mon mari avait 7-8 ans, ils partaient ensemble soit pour de la varappe en été et pour le ski en hiver. A l’époque, il n’y avait pas de remontée mécanique. C’était tout à pied. Mon mari aimait beaucoup le ski et il a passé son brevet de ski. Lorsque je l’ai connu, il était moniteur de ski, le week-end.
    Ce matin, nous avons eu quelques flocons et maintenant un brin de soleil.
    Je te souhaite un très bon samedi et j’espère que le vent s’est calmé chez toi.
    Toutes mes amitiés, France et bisous ♥

    • Bonsoir Denise – Mari très sportif ! et toi ? Quatorze ans, c’est l’âge de tout comprendre. Que la famille – les amis-es- dont toi – ont dû avoir de la peine. Quel choc ! Il y a eu des cas à Fougères avant la guerre, car une jeune femme l’a contractée, après avoir eu deux enfants. C’est ainsi que ma famille a  » vu  » ce que c’était. Elle a gardé une difficulté à marcher, utilisait des cannes, mais il faut dire qu’elle était d’un bon gabarit,grande, forte, alors qu’on se meut mieux 🙂 ! quand on ne pèse pas trop lourd.Elle a eu deux autres enfants après, sans difficulté.
      Soleil ce matin, puis les nuages sont arrivés, avec la fraîcheur, et il fallait se dépêcher de rentrer car la pluie menaçait. On annonce encore des tempêtes. C’est beau !!! Mais pas trop fort tout de même. Peu de décorations en ville, mais je suis allée dans un magasin de plantes et croquettes, Jardiland, une féerie en blanc et argent, des biches et cerfs tout blancs.J’ai acheté un pot de jacinthes à voir pousser, et sur ma terrasse, les pervenches éclosent. J’ai un faible pour les pervenches !
      Bises de bonne soirée au chaud ! et bon dimanche aussi – France

      • Lorsque j’ai connu mon mari, je skiais un peu mais sans plus. Lui, m’a appris à skier correctement et nous partions tous les week-end avec l’école de ski. Ce fut de merveilleux moments. Maintenant, nous faisons de la raquette 😉
        Je te remercie de ta réponse et de ton message touchant.
        Bises de douce soirée ♥

  3. La raquette, c’est bien aussi ! En ferez-vous cet hiver ?
    En Champagne, dans ma jeunesse,( ça ne fait pas cent ans … ) les hivers étaient rudes car la neige arrivait dès novembre, et j’allais en classe en luge – Il y avait une colline, agréable en été, pour les pique-niques ( attention aux vipères ! )mais l’hiver, nous la dévalions en luge ! Et mon père nous édifiait des bonshommes de neige magnifiques dans le jardin- dommage, pas de photos … ensuite, ce fut la vie citadine et les vacances de repos de préférence au soleil.
    Ciel gris, avec un beau coucher de soleil rose dégradé ce soir
    Bises de bonne soirée 🙂

    • François qui lui portait bien ce prénom 🙂 pratiquait le rugby, et la nage, la pêche sous-marine … puis la pêche … – moi, la cueillette des pêches et des abricots de son Roussillon que j’aime tant. Il n’est plus.

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