Bon dimanche, bonnes personnes, bonnes nouvelles catholiques ( sauf une, destruction d’un arbre vénéré ), bonne Fête Sainte Anne !

La Sainte Anne, mère de la Vierge Marie, c’est le 26 juillet, mais on anticipe un peu – parce que c’est plus pratique ( et en plus il fait très beau ):

Mais :

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Betty Smith – La Joie du matin – roman traduit de l’américain – Belfond Vintage

 

Une histoire délicate et délicieuse, racontée avec un humour gentil, celle de la première année d’un jeune couple, Carl, vingt ans, encore étudiant en droit, et Annie, tout juste dix huit ans, depuis le jour de leur mariage, extrêmement simple, comme on voit, car ils se marient à l’insu de leurs familles, qui n’approuvent pas, mais eux savent ce qu’ils font, et ils sont sûrs d’eux :

Ils sont beaux tous les deux. Carl a un physique de sportif intellectuel désinvolte ( tout pour lui !) et Annie se présente comme une adorable jeune fille à qui on donne une quinzaine d’années seulement.

Pas d’argent, et leur premier abri est une chambre meublée chez une dame plutôt sympathique qui leur a préparé un gâteau de mariage. Pour eux deux c’est la première fois, et ensemble … Tout se passe  très bien. Carl doit poursuivre ses études de droit car il a de l’ambition, mais en attendant il doit chercher encore plus de  » petits boulots « , en ajouter à ceux qu’il pratique déjà. Annie joue très bien les maîtresses de maison, et fait connaissance des boutiques du quartier, où elle noue immédiatement des sympathies.

Elle a un grand besoin de lire, et aussi d’écrire. Timidement, elle se rend à l’université pour se joindre aux étudiantes et trouve le chemin du cours de littérature, qu’elle suit, passionnée, depuis le couloir. Puis elle se rend  dans un endroit magique, la bibliothèque :

 »  Elle traversa les pièces l’une après l’autre, parcourut tous les couloirs, passa devant des piles de livres. Elle se délectait de la présence de ces milliers de livres. Elle aimait les livres.  Elle  les aimait avec ses sens et avec son intellect. Elle aimait leur odeur et leur aspect; la sensation de les tenir en mains; ils semblaient murmurer tandis qu’elle tournait les pages. Tout ce qui existe au monde se trouve là, dans ces livres, pensa-t-elle…. Quand elle reconnut  » David Copperfield  » dans le rayon   » D « , elle sourit au livre et dit :  » Hello, David ! « . Puis elle se retourna, confuse, dans l’espoir que personne ne l’avait entendue. Elle avait pour la première fois lu ce livre à l’âge de douze ans … Elle décida aussitôt de le sortir du rayon, et de le relire,  pour voir si elle l’aimait toujours, six ans après. Du rayon  » B « , elle sortit  » Babbitt « . Elle avait lu  » Grande Rue  » et avait été impressionnée par cette nouvelle façon d’écrire; elle se réjouit d’avance de lire ce livre.

Le troisième livre contenait le texte d’une pièce en un acte. Annie avait vu beaucoup de vaudevilles. Elle les connaissait sous le nom de  » Satires « . Mais elle n’avait jamais lu de pièces. Naturellement, il y avait les pièces de Shakespeare; mais elle  les considérait comme de la poésie « .

Voilà Annie immédiatement dans son élément. Elle décide de faire comme les étudiantes, et tout d’abord, avec ses quelques économies, en adopte la tenue, change de coiffure.  La fois d’après, elle se mêle à eux dans la salle … puis elle écrit une courte pièce. Elle se fait remarquer, en bien ! De son côté, David doit rencontrer le Doyen et lui expliquer sa nouvelle situation d’étudiant marié qui a des besoins d’argent.  Officiellement, le Doyen exprime des réserves, mais en tant qu’homme –  il confie qu’il a été étudiant  et jeune marié aussi – il apporte son aide  à David, lui donne de bonnes adresses.

Le Doyen est surpris et charmé  par les initiatives d’Annie,   » votre meilleur atout « , dit-il à Carl.  Annie peut vraiment participer aux cours, remettre ses pièces et nouvelles, qui sont notées, appréciées avec les autres.

Un conte de fées ? Les mères respectives mises devant le fait accompli écrivent pour exprimer leur réprobation. La famille de Carl va même jusqu’à lui demander de rembourser l’allocation régulière qu’elle lui versait,  et qui prend fin. Elle demande aussi  le remboursement de la montre offerte !

Carl devient veilleur de nuit, tombe de sommeil, mais ne lâche pas son but. Il doit apprendre aussi à composer avec le caractère charmant, mais parfois impétueux d’Annie : il y a des heurts, des malentendus, des petites disputes, des découvertes,  mais une entente profonde qui tient bon malgré les difficultés matérielles, la fatigue et parfois le manque de nourriture. Ils ont faim, et en arrivent à cuire pour eux l’os qu’on leur donne pour le chien qu’ils ont recueilli  ( le chien des étudiants qui l’ont laissé pendant les vacances ).

Pour le lecteur extérieur, il est  passionnant de suivre une année  universitaire vue du dedans, au jour le jour, dans les années 1920.

Est-ce ainsi que se forme un écrivain  ? Annie peut passer la nuit à écrire, tandis que Carl travaille  à l’extérieur. Elle se fait toutes sortes de nouveaux amis,  autant de personnalités et de caractères qui prennent place dans son imaginaire.

Voilà une vie à deux qui se façonne peu à peu, sous des yeux qui ne peuvent qu’être attendris. Des bons sentiments, des personnes qui s’entr’aident, voilà aussi pour contribuer au  plaisir d’ une lecture positive, faisant du bien.

La Joie du matin paru  pour la première fois aux Etats-Unis en 1963 et en France chez Stock en 1964, a été adapté au cinéma dès 1965 par Alex Segal avec dans les rôles principaux Richard Chamberlain et Yvette Mimieux.

On pense aussi à une  » Love Story  » aussi touchante  mais qui finit bien.

 

Betty Smith – La Joie du Matin  – Roman traduit de l’américain par Gisèle Bernier – Belfond Vintage  –  448 pages – 17, 50 Euros  –

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