Rachel Abbott – Ce qui ne tue pas – Roman policier trad. de l’anglais – Belfond Noir

Roman psychologique très noir et très malin, Ce qui ne tue pas abandonne en cours de récit les évidences et les presque certitudes, jusqu’à un dénouement sidérant.

A mon avis, rien ne le laissait prévoir. Mais peut-être parviendrez-vous à résoudre cette énigme forte, parfois éprouvante, et bien  » ficelée » !

Elle se déroule au coeur d’une famille abritée dans une très belle maison au bord de la mer. Le propriétaire est un photographe qui a attiré l’attention d’Evie. Elle est simplement passée à la galerie pour demander si l’artiste pourrait effectuer des portraits d’elle à l’intention de son père et elle  lui exprime son admiration.

On ne sait pourquoi, elle éveille la méfiance – la jalousie, déjà – de  Cleo, qui partage la galerie où elle expose ses sculptures et reçoit les amateurs.  C’est qu’elle veille sur son frère depuis la mort tragique de sa femme, Mia, tombée d’un escalier de la demeure.

C’est Evie qui s’exprime :

 » Je repère la photographie de l’autre côté de la rue. Elle est accrochée dans la vitrine  par des câbles fins qui lui donnent l’air de flotter. C’est le portrait monochrome d’une femme dont le corps n’est qu’une silhouette sur fond noir.  L’intensité du contraste crée sur chaque protubérance – une pommette, son nez, le bout de son menton –  un éclat aveuglant, et dans l’ombre des abîmes insondables… 

La photographie m’hypnotise. Je me fige, submergée par les souvenirs. Enfin, je pousse la porte. L’intérieur est superbe. « 

Evie et Marcus se trouvent des affinités. Mais voilà qu’Evie confie à Marcus que son père vient de décéder et qu’elle ne pourra régler sa commande. De visite en visite,  elle propose à Marcus de lui organiser un site internet – c’est son métier – de façon à mettre en valeur ses réalisations.  Le coût serait équivalent. On a toujours besoin d’un site internet !

Il accepte, et peu à peu leurs relations prennent un tour  intime. Le couple se forme et vit dans la belle demeure qui a déjà vu la présence de Mia. Cleo se sent exclue, une fois de plus, d’autant qu’une petite fille, Lulu, resserre encore les liens.

Pourtant des faits étranges se produisent : Evie est très souvent victime d’accidents,  y compris par eau bouillante,  chutes, etc.  Cela coïnciderait avec les voyages de Marcus qui se rend chez des clients voulant être photographiés chez eux.

Et un jour,  le drame se produit  car Marcus et Evie viennent d’être retrouvés ensanglantés, liés l’un à l’autre sur le lit. Qui est la victime ? Qui est le meurtrier ? Même Harriett l’avocate est tout d’abord dupée, tant les apparences sont trompeuses. L’agent Stephanie King mène l’enquête.

Que deviendra Lulu, petite fille née dans des circonstances aussi tragiques .. .

Rachel Abbott – Ce qui ne tue pas –  » And so it begins  » – Roman traduit de l’anglais par Laureline Chaplain – 384 pages – 19, 90 Euros

( Tous droits réservés, etc – copyright )

Aga Lesiewicz – Regarde- moi – Roman – thriller traduit de l’anglais ( GB )- Editions Belfond Noir

Après A perdre haleine ( Belfond Noir ), voici le deuxième  » urban thriller  » par la très énergique, efficace Aga Lesiewicz  – que je retrouve avec grand plaisir et intérêt.

Ils ont en points communs de dérouler un suspense dramatique à Londres, de donner la parole à une  jeune femme active  contemporaine, qui doit affronter des dangers redoutables dont elle voit les effets, sans comprendre pourquoi elle est devenue une cible.  Dans A perdre haleine, l’héroïne aime pratiquer son jogging dans des parcs londoniens fort agréables, qui le deviennent moins quand s’y produisent des meurtres. Elle vit dans une maison, et sort son chien.

Voici Regarde-moi,  voici  Kris, artiste photographe passionnée par son métier. Elle a toutes les chances avec elle : Anton, street-arter à succès séduisant en diable qui voyage beaucoup, des amis et amies, un magnifique loft ensoleillé donné par sa tante qui lui a aussi légué une sorte d’ange gardien, Vero qui peut l’accueillir dans son cottage en lui cuisinant de bonnes choses, un emploi du temps qu’elle aménage  à son gré, des clients qui lui donnent des missions passionnantes  – et deux chats, Pixel et Voxel.

Elle avait deux chats, car Voxel a été asphyxié lors d’une fuite de gaz chez elle, la suite des événements bizarres qui tout à coup se produisent – et elle prend peur car ils sont répétés.

Cela a commencé  par un message inquiétant :

La pièce jointe montre des photos. Il y en aura d’autres.

Elle avait terminé une mission, photographier des jouets en bois, et elle avait obtenu le résultat souhaité sans que ses deux chats ne se mettent à jouer avec pour les cacher !  Lorsqu’elle l’a envoyé à sa cliente  la plus importante, celle-ci l’a appelée, très gênée,  pour lui montrer ce qui était parvenu sur son ordinateur : une scène de sexe d’ailleurs bien photographiée chez elle avec Anton, qu’elle avait réussi à convaincre alors qu’il ne le souhaitait pas. Et elle perd cette cliente qui assurait une bonne partie de ses revenus.

Qui a pu pirater ainsi son ordinateur ? Elle a de plus en plus l’impression d’être sous l’oeil et  la caméra de quelqu’un,  mais qui  ? Un temps, elle soupçonne le voisin d’en face.

Lorsqu’elle était  jeune photographe, elle était associée avec son amie Erin pour un projet important  » Zirconium « , qui avait attiré l’attention,  mais en plein succès,  Kris a rencontré Anton, et leurs carrières se sont séparées, Erin devenant une photographe de mode en vue.

Il arrive à Kris de regretter   » Zirconium  » et le jour où leur ancien professeur lui écrit pour lui demander si elle accepte d’envoyer des photographies d’art pour  une exposition qu’il projette, elle est enchantée. Quand  elle traverse tout Londres dans la chaleur d’août, elle est euphorique et pleine d’espoir mais elle découvre avec crainte et stupeur qu’ il n’y a rien à cette adresse … Elle fait d’ailleurs des kilomètres dans une capitale en pleine mutation,  en voiture, en taxi quand elle est pompette ( souvent ), à bicyclette, en bus, à pied et plutôt en courant,  une façon aussi pour le lecteur de découvrir un Londres qui n’est plus celui  de Sherlock Holmès.

Le pire se produit, car Anton tombe d’un immeuble où il faisait des repérages pour son street art. Il venait de  la demander en mariage !

Un thriller haletant où il se passe toujours  quelque chose, jusqu’au dénouement tragique et incroyable.

Certes, Kris est une vraie geek, mais même une personne aussi habile qu’elle peut être confrontée à des piratages dangereux. Elle en perd sa confiance en elle, sa joie de vivre :

 » Je n’arrive pas à  y croire. Je m’allonge sur mon oreiller et ferme les yeux. Je suis fatiguée. Et pas seulement parce qu’il est presque trois heures du matin. Je suis fatiguée parce que, comme un vêtement trop petit ou trop grand, ma vie ne me va plus. Ou est-ce le contraire ? Je ne suis plus en adéquation avec ma vie. C’est comme si quelqu’un d’autre que moi avait pris le contrôle  et me dirigeait là où je n’ai pas envie d’aller. .Je n’aime pas cette nouvelle direction. Je ne reconnais plus mes amis. Je ne me reconnais plus moi-même. Et chaque fois que j’essaie de remettre ma vie dans une position stable, elle glisse hors de contrôle à nouveau. Je suis fatiguée « .

Pour ne pas en arriver là, à sa façon, Aga Lesiewicz  incite à la prudence, et distille de bons conseils. C’était aussi le sens de A perdre haleine  pour le jogging.

Aga Lesiewicz – Regarde-moi – traduit de l’anglais par Julia Taylor – Editions Belfond Noir – 384 pages – 21 Euros

 

( Tous droits réservés, etc – copyright )

 

 

Anne Perry – Un Noël en Sicile – un passionnant roman policier- Editions 10/18

En épigraphe :  «  » A tous ceux qui croient aux recommencements  » 

 »  Du pont du bateau, James Letterly contemplait le rivage paisible qui se rapprochait à toute vitesse. Le volcan se dressait, silhouette aussi simple et symétrique que sur un dessin d’enfant. Le ciel était d’un bleu hivernal. En ce mois de  décembre, la neige ne tarderait pas à tomber chez lui en Angleterre, mais là, tout près de la Sicile, la brise chargée d’embruns était d’une extrême douceur.

Il avait été impatient de faire cette pause loin de  Londres, du travail et de la routine d’une existence qui, ces derniers temps, lui avait paru plus dépourvue de sens que jamais. Le décès récent de sa femme l’avait laissé dans un profond sentiment de deuil, quoique pas comme il s’y serait attendu. Ne pas éprouver la souffrance cruelle de la perte lui faisait comprendre avec douleur qu’il s’était senti seul depuis longtemps. Passer trois semaines à Noël sur une île volcanique de la Méditerranée  changerait-il quelque chose ? « 

A la seule lecture de ces quelques lignes, on sent la douceur de la brise marine mêlée des senteurs de la terre fertile de la Sicile …  on se transporte facilement aux côtés de James Letterly qui  séjourne dans un lieu idyllique, accueilli par un homme bon et hospitalier, Stefano. Fatigué du voyage, il dort profondément et se réveille en forme, prêt à faire connaissance  des autres hôtes de la pension, à savourer les délicieux repas que Stefano prépare avec générosité, et à marcher, marcher, curieux de découvrir le Stromboli, de s’approcher au plus près du volcan.

La chaleur s’accroit  au fur et à mesure que se déroule le récit … le Stromboli se réveille et met en danger les habitants.

Et pourquoi  l’époux très antipathique et sans coeur d’une charmante Anglaise trouve-t-il la mort dans des circonstances énigmatiques ?

En 150 pages seulement, une riche intrigue, une galerie de personnages qui ont chacun leur mystère, une  ingénue très touchante et séduisante, plus  Stefano dont la bonté n’a pas de limites.

Chaque année, Anne Perry publie son roman policier dans sa série   » Petits crimes de Noël  » – et chaque année, elle se renouvelle.  En 2016, c’était Noël à New York, un succès.

Anne Perry – Noël à New York –  Traduit de l’anglais par Pascale Haas – Editions 10/18 – 155 pages – 8, 80 Euros

 

( Tous droits réservés, etc –  copyright )

 

Aga Lesiewicz – A perdre haleine – ( Premier roman – à suspense – traduit de l’anglais – GB ) – Editions Belfond Noir

Anna Wright a environ trente ans, et mène sa vie avec énergie. Quand elle fait  le bilan, elle voit une carrière brillante,  car elle est déjà manager dans une société de production audiovisuelle  à Londres où elle ne laisse personne l’intimider.  Elle s’entend à la perfection  avec son assistante, Claire,  » reine de l’efficacité « , a de nombreux amis y compris parmi ses voisins, et une meilleure amie,  Bell, confidente incomparable. Sa séparation tumultueuse d’avec  son ex-mari, Andrew fait partie du  passé.

Elle a une maison superbe agrémentée d’ un jardin dans un beau quartier, une voiture solide  où tient à l’aise son  amour inconditionnel,  Wispa, chienne labrador chocolat qui a toujours faim et doit prendre de l’exercice. D’où la dog-sitter qui promène Wispa  pendant qu’Anna est au travail.

Elle vient précisément de  confier à Bell  qu’elle a tout juste rompu avec James,  directeur financier quelque part dans la City, malgré ou à cause de son récent cadeau, un ours en peluche orné de rubans roses, paquet livré au bureau. Bell l’approuve car elle ne l’a jamais  apprécié et elles prévoient une  journée à elles deux, avec quelques bouteilles de bon vin.

Tout semble organisé.

Mais le samedi qui suit, après  un bon début de matinée,  elle  marche sur des morceaux de verre,  et elle se rend compte que c’est la vitre de sa voiture qui a été brisée. Elle réalise aussi que l’ours en peluche  qu’elle  y avait laissé car elle avait l’intention de le porter à une  oeuvre caritative a disparu. Etrange !  Qui a bien pu faire ça ? Elle pense à James, vexé par la rupture qu’il semblait accepter avec dignité, ou une mère d’enfant  voulant faire un cadeau à  un rejeton hyper gâté ?

Les dégâts nettoyés, l’assurance et le réparateur prévenus  dès midi, elle part en compagnie de  Wispa faire leur promenade favorite à Hampstead Heath, parc qui domine Londres :

 » Nous descendons Merton Lane  avant d’entrer dans  le parc  du côté des étangs.  C’est un après-midi magnifique. Je vois des gens qui déambulent avec leurs chiens, quelques silhouettes immobiles en train de surveiller leurs cannes à pêche,  des joggers au regard concentré de lévrier  et une poignée d’ornithologues amateurs  visiblement excités par une créature invisible dans les buissons sur l’autre côté d’un bassin.  Wispa et moi gravissons rapidement la colline, nous éloignant de la foule. Arrivées au sommet, nous  tournons à gauche, en direction de Kenwood House. L’atmosphère est plus calme et plus sombre dans les bois.  J’adore cette partie du parc. Elle n’est jamais trop fréquentée et ses  épais fourrés, ses arbres noueux lui donnent un air  coupé du monde et mystérieux.   Je m’asseois sur le banc  dédié   » à quelqu’un qui aimait cet endroit  » et ferme  les yeux. Bell a raison.  J’ai besoin de temps pour analyser ce qui se  passe dans ma vie. »

Le lendemain dimanche, il fait un temps épouvantable, mais elle décide de se réchauffer grâce à une autre course dans le parc. Wispa approuve.  A partir de ce moment, sa vie ne sera plus la même. Dans la partie du parc qu’elle aime tant, pas si désert malgré la pluie,  elle fait une rencontre fulgurante, en croisant un fort beau jogger, avec  échange de regards …   Puis elle voit l’ ours en peluche dans la vitrine d’une boutique caritative …  flippant : est-ce James qui serait assez tordu pour casser la vitre de sa voiture, voler l’ours et le confier à ce magasin ?  Elle décide en tous cas de lui téléphoner afin qu’il lui rende les clés de sa maison. Il est d’accord pour les mettre dans sa boite aux lettres.

Et le jour d’après, c’est la tempête dans son entreprise, le grand chambardement confié à une  société de restructuration :

 » Le mardi, Cadenca Global débarque. Elle surgit sous la forme de cinq super-cyborgs, jeunes et  impeccablement vêtus : quatre hommes et une femme. C’est la femme qui glace le plus le sang  : avec froideur, précision et sans décocher un seul sourire,  elle nous brosse un tableau effrayant des réalités du marché qui, telle une meute de loups,   sont apparemment en train de désosser  l’industrie des medias et du divertissement « .

Après une semaine stressante, alors que pourtant  elle sait qu’elle peut faire face à toutes les situations, Anna  retourne courir dans son parc préféré avec Wispa. Elle y va à plusieurs reprises, et, par un hasard pourtant improbable,  elle rencontre chaque fois  le beau jogger, auquel  elle donne le nom de  » mannequin Dior « … Brèves rencontres intenses.

Un jour, Wispa disparait puis est retrouvée.  Circonstance aussi mystérieuse que le bouquet de roses rouges que quelqu’un a posé sur le seuil de sa porte.

Mais des faits divers  l’inquiètent car une joggeuse  puis une autre sont  retrouvées assassinées à Hampstead Heath. Elle continue cependant  de s’y rendre, fascinée par l’ inconnu séduisant, malgré sa peur.

Le drame est à son paroxysme  quand Bell, vêtue de son imperméable, promène Wispa à  sa place, et, à sa place, est assassinée.

La police enquête. Anna n’ose pas  parler de l’inconnu séduisant.

Il y a d’autres faits inquiétants, et le récit s’accélère en réservant toutes sortes de révélations stupéfiantes.

Un premier roman haletant, brillant, écrit souvent  cash, vivement,  avec humour, sur l’  » urban life  » d’une jeune  femme forte qui devient une proie, et ne le veut pas.

Comment ne pas y penser en allant trottiner même dans un lieu familier, même avec un chien – car dans le récit, Wispa  l’aimante  devient aussi une cible.

Courir  donne des endorphines, dit-on, mais on peut les fabriquer bien à l’abri chez soi en lisant ce parfait roman à suspense  !

Aga Lesiewicz –  A perdre haleine – Roman traduit de l’anglais par  Claire-Marie Clévy – Editions Belfond Noir –  382  pages – 20 Euros

( Tous droits réservés, etc – copyright )

 

 

 

Sophie McKenzie – Appelle-moi – Roman policier traduit de l’anglais – Belfond-Noir

IMG

Exeter,  Grande – Bretagne – Livy et son mari Will  se rendent à une soirée chez le patron de celui-ci, qui est aussi un ami. Sa femme est sincèrement  amicale envers Livy. Des liens existent entre les familles, même si le fils de la maison est un peu jaloux de Will, qui a les préférences de son père dans l’entreprise.

Ils se sont connus quand ils étaient étudiants en histoire, et Livy a choisi de s’occuper de sa famille  – deux enfants, de leur jolie maison, alors que  Will  doit souvent s’absenter pour des déplacements professionnels. Il lui arrive  de regretter ce choix, de rêver à la carrière qu’elle aurait pu faire, et elle se voit chercheur accomplie,  conférencière admirée de ses étudiants.

Mais Zack est un amour de petit garçon, toujours prêt pour des câlins, tandis que sa soeur Hannah, douze ans, est en pleine période de rébellion contre sa mère.

Livy est préoccupée par ce dîner. Elle se demande si elle a la bonne tenue, et surtout  si elle va devoir affronter Catrina, collègue de Will,  qu’elle n’a encore jamais vue. Certes, la courte liaison entre son mari et Catrina appartient au passé, à la période située après la naissance de Zack. Will a exprimé ses regrets, l’a assurée qu’elle pouvait lui garder sa confiance … et depuis sept ans, leur vie s’est déroulée sans incident.

Elle ne prête donc pas attention au message que son amie d’enfance Julia lui envoie :   » Appelle-moi. Besoin de te parler « .

La soirée ne se passe pas si mal, et le lendemain, elle répond à Julia par un SMS, un autre message qui aboutit à la boîte vocale. Will part en voyage, toujours pris par son entreprise. Livy et les deux enfants se préparent pour le déjeuner prévu chez Julia… Hannah est ravie car elle admire Julia dont elle voudrait copier  la façon de s’habiller, la féminité, l’ indépendance, l’ humour …

 »  Je dors d’un sommeil profond, bien meilleur que celui de la nuit précédente quand j’appréhendais encore ce dîner.  C’est Zack qui me réveille en sautant sur le lit,  les cheveux en bataille, sentant le sommeil et le chocolat; il a  la bouche toute barbouillée.  Il plonge sous les draps et noue ses bras autour de mon cou. 

– Maman,  chantonne-t-il à mon oreille,  en m’attirant vers lui de ses petits poings noués,  il y a trois épisodes de  » Ben 10 « de suite.

Je le serre contre moi, envahie par la bouffée d’amour familier que Zack fait naître en moi.  A sept ans, il grandit et s’affine, il n’est plus le petit garçon potelé d’autrefois, mais son énorme soif d’affection ne semble pas diminuer, ce dont je lui suis reconnaissante.

– A quelle heure on va chez Julia ? demande Hannah depuis le seuil.

S’il existe un ton plus méprisant qu’une fille de douze ans  peut employer à l’adresse de sa mère, il me reste à l’entendre ».

Quand  les trois arrivent à la porte de l’immeuble où habite Julia, Livy commence à s’inquiéter :  Julia qui est si ponctuelle ne répond pas à l’interphone. Les deux jeunes femmes ont toujours les clés l’une de l’autre. Elles sont très proches, plus encore, parce  que Julia a sorti Livy de l’abîme de souffrance où elle était plongée depuis que sa soeur Kara a été assassinée…

Livy peut ouvrir la porte de l’immeuble, puis celle de l’appartement. Elle découvre Julia gisant sur le canapé, avec à côté d’elle une boite de somnifères. Endormie ? Non.  Livy protège ses enfants,  fait le nécessaire, et la police arrive.  Pour les policiers, le suicide ne fait aucun doute, car la jeune femme a laissé un message sur son ordinateur. Livy ne peut le croire, car ce geste  ne correspond pas à la personnalité de son amie, si pleine de vie, de projets. Julia lui avait parlé d’un nouvel amour, un homme blond,  D.B.

C’est la thèse du suicide qui convient à la famille de Julia, mais, le jour de l’enterrement, quand Livy, en tant que meilleure amie, parle d’elle,  elle dit tout haut, quitte à déplaire, que Julia ne s’est pas suicidée. Elle estime qu’elle le  doit à sa mémoire, et se promet de trouver la vérité.

Ce triste jour, Livy reconnait dans l’assistance un grand jeune homme blond… et  elle se décide à le revoir, à lui parler de Julia…

Et le lecteur se dit qu’elle prend des risques, car, après tout, on ne sait rien de cet homme … et si c’était lui …

Ce qui rend ce roman policier passionnant, c’est qu’il n’y  a pas de détective morose, fumant trop, buvant trop, de policier -qui-a-des-soucis-avec-sa-famille…  dont on est obligé de suivre les états d’âme au long de l’enquête.

L’enquêtrice est la mère de famille, Livy,  qui  ne dit rien à personne, pas même  à Will, qui retourne seule dans l’appartement, tout à coup étrangement vidé,  notamment de l’ordinateur … Elle se lance dans  toutes sortes de pistes, réfléchissant que peut-être Julia avait identifié l’assassin de sa soeur, se mettant ainsi en danger.

Le lecteur sait qu’elle est dans le vrai, car, parallèlement, elle/ il découvre peu à peu  le curriculum mortel du tueur qui prépare ses coups, choisit longuement ses victimes …

Dans un suspense  à la Hitchcock,  d’une grande habileté et élégance, toujours plus resserré, Livy va vers la vérité,  risque sa vie, et davantage !

Il faut le respecter, ce suspense si bien élaboré  : amie  lectrice, ami lecteur,  sachez que l’assassin  se trouve dans l’entourage proche, et qu’il est diabolique !

SophieMcKenzie – Appelle-moi  – Roman policier traduit de l’anglais,  » Trust in me « ,  par Florence Bertrand – Editions Belfond Noir -381 pages –  20, 50 Euros

IMG_0001

( Tous droits réservés, etc – Copyright )