L.P. Hartley – Le Messager ( The Go-Between ) – Roman traduit de l’anglais – Editions Belfond -Vintage ( grand roman et grand film – extraits du film )

 

 

Un film mémorable,  qui donnait à voir la campagne anglaise idéale par un bel été qui semblait sans fin, un titre simple qu’on pouvait répéter  comme un  » mantra « . .. Il raconte l’irruption de la passion, de la fatalité dans ce tendre décor. Il développe le thème d’une   » éducation sentimentale  »  chez un jeune garçon de  treize ans, le  » go-between « qui voit cet amour avec ses yeux innocents.

 » Go-Between « entre deux mondes aussi, le sien assez simple mais bien convenable, celui de sa mère qui l’élève, et celui de son ami de collège, Marc, qui l’a invité à passer des vacances dans le très aristocratique manoir de sa famille.

Le gentleman d’environ soixante ans se souvient, au début du roman, dans le  » prologue  » : il retrouve une boite à trésors, contenant les souvenirs de cet été qui fut crucial dans sa vie, et aussi son  » Journal de l’année 1900 « , relié, qui lui avait été offert par sa mère. Il y  a relaté certains  faits et événements de cette année dont il se promettait beaucoup. Il les revit …

Enfant seul, très réfléchi et intelligent, réfléchissant aux phénomènes de la pensée, il avait été exposé  aux moqueries de trois de ses camarades au collège. Mais ces garçons ont été punis par eux-mêmes, certains événements étant survenus … Léon a gagné la considération de ses condisciples qui supposent qu’il leur a jeté un sort. Sa vie au collège s’en est trouvée considérablement pacifiée par la suite.

Son ami Marc souhaite qu’il vienne passer le mois de  juillet au manoir de Brandham Court, berceau de sa famille. Sa mère donne son accord, et le voilà reçu dans la vaste famille des Maudsley.

Léon attire la sympathie – mais on se moque gentiment de lui, car ses vêtements sont trop chauds pour ce mois de juillet aux températures exceptionnelles,  » puissantes «   :

 » Marc et moi nous avons été photographiés ensemble  … Je porte un col d’Eton  et un noeud carré,  un veston Norfolk coupé très haut sur la poitrine, consciencieusement boutonné – on distingue  les boutons de cuir,  ronds comme des balles – enfin, une ceinture, plus serrée qu’il n’était nécessaire. Ma culotte était ajustée sous le genou par une bande d’étoffe  fermée par une boucle. Mais ce détail n’apparait pas sur la photographie car il est caché par d’épais bas noirs …  Pour compléter l’ensemble, je portais  une paire de bottines noires  » …

Mrs Maudsley, la maîtresse de maison, remarque évidemment qu’il  a trop chaud – de même la si belle miss Marian, soeur de Marc son ami, et de Denis.  Marian trouve la solution, et lui pose avec délicatesse les bonnes questions. Bien sûr, la mère de Léon a oublié de mettre ses vêtements d’été dans sa valise,  évidemment ce serait trop long de les envoyer par la poste. il se trouve que l’anniversaire de Léon, né sous le signe du lion, est tout proche, le 27 juillet. Marian propose de lui offrir des vêtements d’été pour son anniversaire, bonne occasion de sortie à Norwich. Il le comprend plus tard : c’est cette journée qui a tout changé. Voilà Léon habillé en jeune homme vert très élégant.  Il a aperçu Marian rejoindre un homme à Norwich, et c’est plus tard aussi qu’il s’apercevra que ce n’est pas une coïncidence.

Des sorties sont organisées chaque jour chez les Maudsley, pique-niques, promenades, et un jour, bain de rivière  qui le surprend beaucoup. Il aperçoit ce jour-là le fermier voisin, Ted Burgess,  qui l’impressionne beaucoup.

La maladie de Marc, une rougeole intempestive, lui donne beaucoup de liberté, et Léon découvre  seul les environs du manoir, jusqu’à retourner à la ferme de Ted Burgess, qui y vit seul. Le fermier l’apprivoise, l’autorise à glisser le long des bottes de paille, ce qui fait la joie du petit garçon.  Léon ne peut refuser de transmettre une lettre de Ted Burgess à miss Marian, ,et bien sûr une autre lettre de miss Marian au beau fermier.  Le jeune garçon se rend bien compte que quelque chose se passe, et il pose des questions sur les relations entre homme et femme à Ted Burgess qu’il pense  accessible. Mais le jeune homme  élude la question.

Léon connait son heure de gloire lors de la compétition de cricket,  et reçoit les félicitations générales. Il est décidément la vedette de cette journée  exceptionnelle, car il chante à merveille, accompagné par Marian.

Peu à peu, Léon est gêné par la mission qui lui est confiée, d’autant que le bruit de la rupture des fiançailles entre Marian et lord Trimingham prend forme.

Inconsciemment,  Léon est attiré par Marian  et il se rend compte que sa situation devient difficile. Il ne veut  trahir personne :

 » Mais en Marian, j’avais eu foi.  Contre elle, j’étais  sans défense. Elle était ma fée- marraine : elle avait la bienveillance magique d’une fée, la bonté naturelle  d’une mère « …

C’est pourtant à cause de lui, Léon,  que la situation se dramatise.

Il ne s’en remettra pas.

Le roman ajoute une suite et fin au film ( mais  je l’avais peut-être oubliée ) : bien des années après, Léon revient sur ses pas et revoit Marian, qui  s’est mariée, a connu des deuils, des épreuves. Elle est toujours inconsciente du mal qu’elle a fait pendant cet été exceptionne,l  malgré elle, et …Léon est toujours amoureux !

L. P; Hartley –  Le Messager ( The Go-Between  ) – Traduit de l’anglais par  Denis Morrens et Andrée Martinerie – Editions Belfond Vintage –  402 pages – 18 Euros

( Andrée Martinerie est par ailleurs une excellente romancière :  » Les autres jours « …

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