Allan Massie – Hiver froid à Bordeaux – Roman traduit de l’anglais ( Ecosse ) – Editions de Fallois – ( Le Quatuor de Bordeaux – suite )

 » C’était un samedi après-midi, l’une de ces  journées où, comme le disait la mère de Lannes, octobre a renoncé à l’automne  et ouvert la porte à l’hiver.  Le vent qui avait soufflé toute la semaine avait cessé, la température avait chuté et une brume glacée restait suspendue au-dessus de la ville.

Il était seul dans l’appartement, seul avec le chat d’Alain  …  Marguerite était sortie, convoquée par sa mère …  Clotilde était sortie aussi, avec Michel. Il ne lui avait pas demandé où ils allaient, ni ce qu’ils avaient l’intention de faire. Sa fille, à dix-neuf ans, avait droit à son indépendance,  ou du moins au reste d’indépendance dont on pouvait encore jouir. Quant à Michel, Lannes l’appréciait –  le garçon avait du charme et il était bien élevé – et, en même temps, se méfiait de lui. Son grand-père, le professeur de littérature à la retraite qui ressemblait à un colonel, éprouvait sans doute les mêmes sentiments « .

Voilà donc l’ambiance, l’atmosphère à Bordeaux pendant l’hiver 1942-1943. La défaite de l’Allemagne s’annonce et se précise, aussi bien à l’Est en URSS qu’en Afrique du Nord où les Alliés prennent pied. Mais Bordeaux est toujours occupée, et cette occupation peut brouiller les enquêtes dont est chargé le très intègre et compétent commissaire Lannes.

Il a de multiples causes de soucis, aussi bien familiales que professionnelles.

Contrairement à Madame Maigret, toujours partante pour aider son mari,  Marguerite, sa femme, a tendance à la dépression, d’autant plus qu’elle ignore ce que font ses fils  –  et sa fille, à peine !

Alain a  laissé son chat à la maison, et il a rejoint Londres dès l’Appel du 18 juin avec des camarades tout aussi révoltés que lui  par ce qui se passe à Vichy. Unis comme les Mousquetaires, ils suivent des formations spécifiques en Grande- Bretagne, et  on les retrouve au fil du récit  lors de  leurs missions secrètes ou non.

Dominique, le fils aîné, vingt ans en 1940, a été fait prisonnier, ce qu’a très mal vécu sa mère, au point que le commissaire Lannes a dû accepter une  – petite – concession afin de le faire libérer. Ce qu’il a rattrapé par la suite, mais on peut comprendre qu’il n’avait pas le choix. Depuis, Dominique a rejoint Vichy, où il s’occupe d’encadrement pour la jeunesse.

Le fiancé de sa fille Clotilde, jumelle d’Alain, est lui aussi attiré par cette tendance, au point de vouloir s’engager dans le LVF  ( Lutvaffe ). Ce n’est donc pas ce que ses parents  souhaitent pour leur fille.

Le commissaire Lannes rend toujours visite à son meilleur ami libraire,  Henri Chambollay, qui cache chez lui Miriam,  afin qu’elle ne porte pas l’étoile jaune. Elle est aussi protégée par Lannes, car il a  de son côté a un petit faible pour Yvette, mais, comme Maigret, il ne succombe jamais !

Le neveu d’Henri, Léon, juif et homosexuel, a pris le parti de la France Libre avec Alain Lannes et Jérôme. Le vieux tailleur Léopold, oncle de Miriam, grand-oncle de Léon, a choisi une autre sortie, dramatique.

Autour du commissaire Lannes, son jeune adjoint, un  autre du style  » bull-terrier  » qui n’hésite pas à employer la méthode forte quand certaines personnes se trouvent entre ses mains et qu’il faut en sauver d’autres. Le commissaire  subit  aussi le poids  de la hiérarchie, plus un juge, plus les politiques qui croient que les circonstances leur octroient des privilèges … mais si l’Histoire prend un autre cours  ? Certains poussent des pions sur les différents échiquiers.

On attend … que quelque chose se passe, que la victoire qu’on appelle tellement devienne  une réalité, mais à cette époque-là, rien ne vaut un  » crime à l’ancienne  » dont l’enquête doit être menée de façon traditionnelle.  Précisément, dans un de ces immeubles du vieux Bordeaux, avec gardienne qui voit à peu près tout ce qui se passe, une dame très distinguée, donnant des leçons de piano à son domicile, est assassinée. La  mise en scène  évoquerait un rendez-vous  qui aurait mal tourné. Ce n’est pas le cas, mais la maîtresse de piano a une vie secrète que le policier  met bientôt à jour : qui est-elle, quelles sont ses relations ? Existe-t-il un réseau ?

Dans son bureau, quand il  lui faut impressionner, ou quand il invite ses suspects ( mais ils ne le savent pas ) à prendre un verre au café, un repas  dans son restaurant favori, le sympathique et compétent  commissaire Lannes mène l’enquête !

Un écrivain formidable, raconteur d’histoires,  à suivre aussi  :

Allan Massié – Hiver froid à Bordeaux – Roman traduit de l’anglais ( Ecosse ) par Christophe Mercier – Editions de Fallois – 320 pages- 22 Euros –  » Le Quatuor  de Bordeaux  »

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AJ Pearce – Chère Mrs Bird – Premier roman traduit de l’anglais – Le Cercle Belfond

Un premier roman très construit,  pourtant  empreint de spontanéité,  de charme, de fraîcheur, tout pimpant  malgré l’époque : Londres, 1940, quand les bombardements tentent de détruire la ville, de tuer. La vie continue grâce au courage,  au sens du devoir – et de l’humour de ses habitants. Tout le monde est prêt à se rendre  dans les abris souterrains,  et à reprendre  les activités quand les avions de mort repartent – jusqu’à la prochaine fois.

Emmy fait partie de ces femmes qui se sont engagées d’une façon ou d’une autre pour participer à l’effort de guerre. Plusieurs nuits par semaine, elle tient le standard d’une   caserne de pompiers, réconfortant, envoyant les secours,  entendant parfois le pire, sachant que les hommes exposent leurs vies pour sauver  les civils.

Et le matin, elle dort un peu ou pas, et va prendre son travail qui, pour le moment, la confine en tant que secrétaire dans une étude notariale. Mais  un jour :

 » Quand j’ai vu cette annonce dans le journal,  j’ai cru que mon coeur allait exploser. Jusqu’ici, la journée avait été plutôt agréable, malgré la Lutwaffe  qui nous avait cassé les pieds en nous empêchant d’arriver à l’heure au travail, et puis j’avais réussi à mettre la main sur un oignon, excellente nouvelle pour le pot-au-feu. Mais la vue de l’annonce m’a mise en joie. Il  était trois heures un quart,  par un de ces mornes après-midis de décembre quand la nuit tombe avant que le jour ne se décide à se lever, et même avec deux  gilets et un pardessus,  il n’y avait pas moyen de se réchauffer. Assise à l’étage du bus numéro 24,  je pouvais voir la buée qui sortait de ma bouche …  J’avais déjà lu toutes les  nouvelles du  » London Evening Chronicle « . Soudain je l’ai aperçue :

–  » RECHERCHE ASSISTANTE : Poste d’assistante à temps partiel aux éditions du  » London  Evening Chronicle  » . Profil capable, enthousiaste, travailleuse avec 60 mpm vitesse de frapp/110 mpm sténo. Adresser courrier rapidement à Mrs Bird, Launceton Press Ltd, Broadstone House, Londres EC4  »  

De ma vie je n’avais rien vu d’aussi fabuleux. »

C’est exactement ce qu’elle veut, et c’est aussi exactement ce qu’elle est.

Donc, enthousiaste, elle écrit, et reçoit une lettre en réponse de Mrs Bird : elle  est nommée au poste d’Assistante à temps partiel. Le jour dit, elle se présente au siège du journal, et rencontre Mrs Bird, une forte dame impressionnante entourée de petits chiens. Emmy lui dit combien elle est fière et honorée de devenir correspondante de guerre… mais le malentendu se dissipe, et il fait mal.

Car cette adresse est le siège de  plusieurs journaux, et celui qui recrute, c’est le  » Woman’s Friend « , une revue destinée aux femmes,  dans laquelle existe  une rubrique de  » Courrier des Lectrices « , assurée  par Mrs Bird. Le rôle d’Emmy est clair :  elle fera le tri des lettres des lectrices demandant des conseils suivant les consignes extrêmement strictes de Mrs Bird. Il y a une morale  à observer, et des lettres auxquelles on ne répond pas. Pour les autres, la jeune fille prépare les réponses,  qu’elle soumet à Mrs Bird pour publication.

Emmy fait la connaissance de ses divers collègues, prend facilement le rythme de la maison, et se dit que ce sont ses débuts, et qu’elle pourra progresser.

Elle se dit aussi qu’en temps de guerre,  les lectrices ont vraiment besoin de réponses et de réconfort. Certaines  demandent de l’aide, et font confiance à  Mrs Bird. Emmy prend une grave décision, et elle transmet à Mrs Bird des lettres et des réponses qu’elle pourra publier les yeux fermés. Puis elle soustrait, timidement d’abord,  puis de façon de plus en plus sûre, certaines lettres importantes, auxquelles elle répond personnellement – en imitant la signature de Mrs Bird ! Ainsi, elle fait son devoir, estime-t-elle. Evidemment, elle prend un immense risque en ce qui la concerne, parce que ce sont ses lettres qui paraissent dans la revue !

Sa vie personnelle subit les contrecoups, car son fiancé s’éclipse, et elle n’en éprouve aucun regret. Elle continue à rendre visite à ses parents, à concilier son travail à la caserne des sapeurs-pompiers,  à vivre, malgré le temps de guerre si oppressant et dangereux, en compagnie de sa colocataire et amie. Elle fait connaissance d’un magnifique  jeune homme, engagé et courageux.

Un soir, tout le groupe doit se retrouver au   » Café de Paris « … sous les feux des bombardements.

Et ce soir-là, le drame se produit.

Au journal, le stratagème d’Emmy est découvert par une Mrs Bird furibonde … c’est que les lectrices se sont habituées au changement de ton du Courrier des Lectrices, écrivent pour remercier et recommandent le service à d’autres jeunes filles ou jeunes femmes. Les chiffres de vente de la revue montent, ce qui fait très plaisir à Lord Everton, le grand directeur.

Que va-t-il se passer pour Emmy ?

Une fascinante  façon de vivre avec Emmy  la courageuse et ses amies une période où tant de femmes ont eu un rôle essentiel, et ont fait marcher le pays elles aussi avec courage, joie de vivre, dans l’espoir.

Et … vous ne levez pas le nez des pages si captivantes – parce qu’il faut absolument connaître le dénouement – ce que réserve son destin  à Emmy !

AJ Pearce – Chère Mrs Bird – Roman traduit de l’anglais  par Roxane Azimi – Editions Belfond Le Cercle – 359  pages – 21 Euros

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Penelope Mortimer – Le mangeur de citrouille – Roman traduit de l’anglais – Belfond Vintage

 

Nervous breakdown,  dépression nerveuse, qui  débute chez Mrs Armitage  par une violente crise de larmes  alors qu’elle se trouve au rayon  « linge de table, serviettes de toilette  » etc, du magasin Harrod’s, Londres, ce qui convient beaucoup mieux pour sécher les larmes et s’effondrer que le rayon   » porcelaines « . On voit là l’humour assez caustique de l’auteur, Mrs Penelope Mortimer.

Mrs Armitage est évacuée du rayon » linge » avec beaucoup de douceur et de considération, et nous la retrouvons chez le psychiatre où elle débute une série d’entretiens  réguliers. Il lui dit, à chaque séance :  » nous faisons des progrès, nous avançons,  prenez vos comprimés « .  Des progrès ?  Elle doute.

Il lui fait la même remarque que son entourage : – mais pourquoi avez-vous six enfants, pourquoi voulez-vous tant d’enfants  ?  – Que peut-elle répondre ? Elle les a, ses six enfants, elle les aime, de même qu’elle a divorcé de deux maris, qu’elle est veuve, et qu’actuellement elle est mariée à Jack, qui a les deux derniers enfants à son actif et a accepté tous les autres. Il travaille assidûment comme scénariste et   améliore constamment les conditions de vie confortables de la famille.

Mrs Armitage revient sur sa première rencontre avec le père de Jack. Il lui demande :   » Je suppose que vous savez ce que vous faites. Qu’en pensent les enfants ? » …

Il entend à peine les réponses et continue : – »  Vous êtes courageuse …  Il met tout en oeuvre pour s’emparer de ce qu’il peut avoir  : une jolie femme sachant cuisiner,  des enfants tout faits, un mobilier important.   Il exigera beaucoup de choses de vous « …

Nul doute que le couple est uni, mais il connait de graves perturbations, quand  Philpot, la jeune fille qui s’occupe des enfants,   » se trouve à la portée   » de Jack et qu’il ne résiste pas. Mais cette histoire lui inspire le scenario qui lui permet d’accéder au succès et à la notoriété.

Les séquences alternent, séjour chez  les Armitage d’une amie de leur fille,  réunions amicales, vie sociale, avances d’un Mr Simpkin dont elle ne veut pas. Son père meurt, et c’est aussi l’occasion d’une conversation entre mère et fille, sa mère lui reprochant d’aimer les enfants et de se réjouir car elle attend le septième !

C »est la même incompréhension de la part du psychiatre, qu’elle finit par quitter en tenant ce solide raisonnement : il lui explique qu’il a besoin de trois semaines de vacances, et elle lui fait observer que si elle peut se passer de lui pendant  ce temps-là, cela signifie que  leur relation est terminée.

A l’ annonce de la nouvelle grossesse, Jack a une réaction violente. En fait, il explose, il lui dit ce qu’il a sur le coeur, car il estime que les enfants  les ont privés de soirées partagées à deux seulement, qu’ils leur ont consacré trop de temps. De  plus, il a accepté des travaux alimentaires.  La tension est à un point tel que Mrs Armitage se réfugie chez un ex-mari qui la reçoit très bien. Mais Jack tient à elle, et elle consent à  faire ce qu’il demande :

 » Non seulement ils ont mis fin ( pour employer leurs propres termes ) à ma grossesse, mais encore ils m’ont stérilisée de façon à ce que je n’aie plus jamais à craindre d’avoir des enfants. J’ai consenti à tout.  Je croyais en Jack, et, de plus, je commençais, très timidement, à croire en moi-même. J’avais l’impression de tâter mon visage très timidement dans l’obscurité « .

Son corps lui devient étranger  par la douleur nouvelle qu’elle ressent, physique autant que morale.  Et elle connaitra d’autres perturbations au point de s’enfuir  une fois encore. Il semblerait alors que  le récit pourrait se terminer par un dénouement à la Hitchcock, mais ses enfants – qu’on lui reproche tant, la relient à la vie.

Pourquoi   » Le mangeur de citrouille   »  ? On ne trouvera aucune recette, mais en exergue, une strophe d’une petite chanson :

«  Pierre, le mangeur de citrouille / Ne pouvait nourrir son épouse./ Dans une citrouille il la mit. /  Et dès lors fort bien la nourrit ».

De ce voyage au fond d’elle-même, de cette confrontation entre sa sensibilité, son intelligence, sa perspicacité  et les réactions de son entourage, qu’elle ne peut occulter, Mrs Armitage sort, différente, apaisée peut-être. Un témoignage émouvant sur une certaine condition féminine.

Extrait :

 

Penelope Mortimer – Le mangeur de citrouille  – Roman traduit de  l’anglais par Jacques Papy – Belfond – 258 pages – 16 Euros – Collection  » Vintage « 

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Angela Huth- Valse hésitation – Roman traduit de l’anglais – Editions Quai Voltaire

 

 

C’est le premier roman  d’Angela Huth, publié en 1970, qui sort seulement cette année dans sa traduction française  aux Editions Quai Voltaire, à la suite de onze autres titres ( la plupart repris en collection  » Folio  » chez Gallimard – où je vais puiser, maintenant que j’ai rencontré la romancière anglaise ! )

On ne peut pas dire que l’auteur ménage son héroïne  : le titre anglais est  » Nowhere Girl « . Elle ne lui attribue pas non plus une famille attrayante, qui peut servir d’ « airbags  » en cas de coups durs dans la vie.  Quand nous faisons la connaissance de Clare, elle vient d’assister à l’enterrement de son premier mari, Richard, par une étouffante journée d’août à  Londres.  Elle avait dix-sept ans quand elle l’avait rencontré et avait trouvé très  séduisant cet officier de marine plus âgé qu’elle de vingt ans. Il la traitait en  jeune fille charmante mais immature, puis il avait rencontré à Barcelone une autre  femme de sa génération à peu près, et leur séparation s’était déroulée sans incident.

Elle réfléchissait à toute cette partie de sa vie en quittant la réunion familiale qui avait suivi  chez les parents de Richard, pour rejoindre un  parc proche. Personne ne l’attend, rien ne presse, et elle s’assied sur un banc à côté de deux dames, dont l’une engage immédiatement la conversation. Mrs  Fox, pleine de vitalité, une fleur sur son chapeau  ( elle porte toujours une fleur ou une plume à son chapeau  )   lui explique immédiatement qu’elle  est veuve et qu’elle  accompagne pour  la journée sa soeur Edith qui séjourne dans une maison de retraite à Herne Bay.  Mais il commence à pleuvoir et Clare  les invite dans sa maison proche :

 »  Nous atteignîmes enfin ma maison. Petite, proprette, jolie, elle était située dans une petite rue pavée.  Les géraniums dans leurs jardinières resplendissaient, écarlates, sur le fond blanc de la façade.  Sur la porte, le heurtoir et  la poignée dorés présentaient le même motif ouvragé « .

A l’intérieur, les pièces sont du même goût soigné, avec le sens du détail, telles que les a voulues le mari actuel de Clare, Jonathan. Il a besoin d’un cadre qui puisse favoriser son inspiration  –   il est  »  très  chintz  »  –  car il est écrivain, mais il attend toujours devant sa machine à écrire qui reste muette  ! Jonathan déborde de prévenances envers sa femme et se montre plutôt envahissant, à un point tel qu’elle a demandé une séparation de six mois  » afin de faire le point « car elle ne peut plus le supporter, tout en reconnaissant qu’il pourrait être considéré comme un mari parfait. Jonathan est parti à Rome, et leur ami commun, David, garde le contact entre eux et lui donne des nouvelles de l’exilé sous le soleil, d’abord fort tristes, puis bien meilleures. Et Clare ne se méfie pas.

David  l’entraine à une fête un peu extravagante qui se déroule dans un jardin et en plein été, cette invitation est  bienvenue. Elle y fait la connaissance de Joshua qui travaille sur des documentaires et on comprend que d’emblée elle est séduite par son originalité, sa nonchalance et même son sens de la provocation.

Des liens se nouent au  cours des circonstances. La très sociable Mrs Fox revient rendre visite à Clare puisqu’elle connait son adresse, et elle sympathise avec Joshua, qui très gentiment la promène dans Londres en voiture. Puis Joshua propose à Clare de partir ensemble en vacances dans le Norfolk. Pourquoi le Norfolk ?  Il semble avoir ses habitudes à l’hôtel, ce qu’elle trouve assez surprenant, mais, sous la pluie, elle refuse de se poser des questions. Elle se laisse porter par les événements.

Cette rencontre devient une liaison dont elle parle à  Mrs Fox qui la conseille :   » Prends un amant, l’exhorte-t-elle.  Mieux vaut avoir un amant quand on est jeune qu’une névrose quand on est vieille « .

Et Clare vient vivre chez Joshua, dont elle devient de plus en plus amoureuse. Les six mois du délai convenu avec Jonathan s’achèvent et Clare prend la décision de rester vivre avec Joshua. Un bébé s’annonce  mais comme pour son premier bébé du temps de Richard, elle ne le mène pas au bout, et revit des instants tragiques. C’est le moment que choisit -ou non-  Joshua pour lui annoncer qu’il part en voyage de travail durant une période  indéterminée et que s’il avait pensé au mariage avec elle, il n’en était plus question puisqu’il n’y a pas  de bébé.

Il ne reste plus à Clare que le retour dans la jolie maison, en attendant Jonathan. Et cela ne se passe pas du tout comme elle l’avait prévu …

Anita Brookner  m’a fait aimer ses héroïnes un peu perdues qui marchent beaucoup dans les rues, les parcs, à  Londres, de nuit, de jour, en se cherchant un avenir.  Il me semble toutefois qu’il pleut moins  dans  » son  » Londres  que dans celui d’ Angela Huth !

J’ai pensé aussi à l’héroïne d’un roman de Menie Grégoire,   » La Belle Arsène « ,  que j’avais trouvé dans la bibliothèque de ma mère, un non-exemple car Arsène est une jolie jeune fille de très bonne famille qui attend le mariage dans sa ville  de province  – à une époque, il n’existait que l’attente d’un mari !  –  et se montre tellement difficile que les années passent et que   » la Belle Arsène  » reste solitaire derrière sa fenêtre … on peut supposer que Menie  Grégoire avait voulu conjurer le risque d’une existence semblable en relatant un pareil triste destin.

Le style net, dénué de sentiment, factuel pourrait-on dire d’Angela  Huth, accroche par sa distance, son élégance et son ironie. Et le lecteur reste sur des questions : que penser de son héroïne, que deviendra-t-elle ? Toutes les possibilités sont ouvertes  étant donné sa personnalité et sa jeunesse.

Angela Huth – Valse hésitation – Roman traduit de l’anglais par   Anouk Neuhoff – Quai Voltaire  – 237 pages – 21 Euros

 

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Billy Blaireau – Son enlèvement ( presque ) réussi mais finalement raté – par A.L. Kennedy -Illustrations de Gemma Correll – Casterman – Humour – dès 10 ans environ

 

Billy est un très gentil blaireau qui un jour est kidnappé par deux soeurs, les plus affreuses et méchantes qu’on puisse imaginer. Il se retrouve la tête en bas, dans un sac – et pour quelle destination ?

Ethel et Maude font croire que leur ferme McGloone en Ecosse est le paradis des lamas – mais c’est faux. Les lamas venus de leurs montagnes sèches et ensoleillées du Pérou se retrouvent dans un champ  sur lequel il pleut sans arrêt. Tout autour, il fait beau, mais là où ils sont, c’est toujours humide et cela ajoute à leur malheur, car  les McGloone les tondent mal,  et  fabriquent des chaussettes avec leur doux poil. C’est un enfer à  lamas, et de façon générale pour tous les animaux gentils qui s’égarent de leur côté. Billy était sorti afin de  cueillir un peu de sauge et se préparer une infusion,  mais  il a été distrait par les écureuils, si bien qu’il a tourné à gauche au lieu de tourner à droite. Et le voilà piégé.

Heureusement qu’oncle Shawn, très grand, très mince,  la bonté même, les cheveux tout ébouriffés, veille. Il a remarqué les griffures sur le sol, et il se doute que les soeurs Ethel et Maude ont commis un de leurs forfaits :

 » Il ne portait pas de chaussettes car il avait donné la moitié de sa dernière paire à un écureuil qui voulait jouer au campeur et s’en servir comme sac de couchage.  L’écureuil ne la lui avait jamais rendue.  Oncle Shawn, sachant que ne porter qu’une seule chaussette l’aurait rendu bancal,  avait décidé de s’en passer complètement.  Son pantalon avait beaucoup de trous et de déchirures. Il ne le recousait pas parce qu’il trouvait que cela lui donnait un air d ‘aventurier. Et une maman taupe dormait dans une de ses poches.  L’autre était pleine de bâtonnets de fromage, au cas où il aurait faim « .

Une histoire pleine de péripéties et  d’humour  qui fait peur, délicieusement peur, de façon à exorciser les vraies craintes qu’on peut éprouver dans la vie.

Oncle Shawn a un plan, aidé par les taupes, et le jour où Billy Blaireau semble  vivre le pire, Oncle Shawn veille, et agit.

Tout le monde est sauvé,  les lamas aussi.

Très nombreuses illustrations par   Gemma Correll – dont voici la présentation :   » … dessinatrice de BD, écrivaine, illustratrice et toute petite. Elle a écrit et illustré des livres sur les chiens et sur les cochons, entre autres.  Si ses illustrations ont l’air d’avoir été dessinées par un enfant de cinq ans,  c’est parce qu’elle en a embauché un pour faire le travail à sa place. Elle le paie en chocolat. Il s’appelle Alan « .

Allison Louise  Kennedy est née dans une petite ville d’Ecosse. Elle a écrit d’abord pour elle-même, puis  a inventé des histoires pour enfants, mais surtout pour adultes. Ses livres ont remporté des prix dans plusieurs pays. Elle aime voyager, et jouer du banjo.

Allison Louise  Kennedy –  Billy Blaireau – son enlèvement  ( presque ) réussi mais finalement raté – Illustrations de Gemma Correll  – Traduit de  l’anglais  par Valérie Le Plouhinec – Casterman  – 15 x 21 cm – 192 pages – 10 Euros – ( dès 10 ans )

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Allan Massié – Sombre été à Bordeaux – Roman traduit de l’anglais ( Ecosse ) – Editions de Fallois –  » le Quatuor Bordelais  » – suite

 

 » Il y a des jours, même dans les mauvaises périodes, même dans les pires,  où l’on parvient encore à croire en l’avenir, comme à six heures du matin, trois semaines plus tôt, quand la sonnette avait retenti, et Dominique était là. Dominique, pâle, terriblement amaigri, épuisé, les cheveux ras,  mais c’était quand même Dominique.  Lannes le serra dans les bras,  et pendant un moment, ni l’un ni l’autre ne fut capable de dire un mot. Puis :   » Va voir ta mère, réveille-la en douceur. Je vais préparer  du café. »

Comment le commissaire Maigret aurait-il  agi s’il s’était trouvé en poste à Bordeaux occupée, pendant l’été 1941 ? Le commissaire Lannes et lui ont des points communs, car ils sont  intègres l’ un et l’autre, évoluent dans  un monde où il faut ménager la hiérarchie, les juges qui veulent que le enquêtes aboutissent, et vite, en  montrant leur humanité quand c’est nécessaire,  tout en étant impitoyables avec les véritables  » pourris « , nombreux dans cette période  équivoque. Tant d’événements se déroulent dans l’ombre, en secret.

Le commissaire Lannes a femme et enfants. Pour mettre fin à l’emprisonnement de Dominique, son fils, à l’immense chagrin de Marguerite, il a dû aller contre sa conscience, effectuer une démarche exigée par le très influent Edmond de Grimaud. Rien de très grave mais à ses yeux, une grande concession et il culpabilise.

Dominique se laissera séduire par l’idée qui courait alors que Pétain représentait le bouclier pour protéger la France, et il rejoint un groupe de jeunes  dont il partage de bonne foi les orientations. C’est tout le contraire pour son fils Alain qui, avec d’autres camarades, comme les Mousquetaires dot ils ont pris les noms, brûle de rejoindre le Général de Gaulle à Londres. Alain leur déclare :

 » Dimanche, je suis venu ici  et j’ai regardé  le fleuve qui coule vers la mer, et j’ai pensé que je ne savais rien faire d’utile, pas vraiment. Par exemple, je ne saurais pas faire un sabotage. Alors, je dois apprendre,  et il y a un seul endroit où je puisse le faire : Londres,  Londres, aujourd’hui, c’est là que se trouve la véritable France. Alors, je vais trouver un moyen d’aller là-bas. Et toi, Léon ? Et toi, Jérôme ? Vous me suivez ? 

–  Evidemment, dit Jérôme. Tous pour un, un pour tous ».

Dans sa famille, tout  le monde ne partage pas son admiration pour le Général de Gaulle, ainsi le beau-frère dont les propos  rendent  les déjeuners en famille assez pénibles.

Un soir, il aperçoit sa fille Clotilde assise sur un banc en compagnie  du jeune officier allemand qui loge  chez le voisin de l’étage au-dessus. Cela lui  passera, pense-t-il avec sagesse en les voyant échanger un baiser,  c’est une amourette de jeunesse.

Il a d’autres protégés en danger.  Ainsi le vieux libraire  son ami qui ne se remet pas de la mort de son frère assassiné ( voir le premier volume ), et son employé Léon, si vulnérable parce que  juif. Les observateurs qui sévissent partout dans l’ombre n’ont pas manqué de voir qu’il recevait souvent les visites du beau Shussmann qui bien que très cultivé, ne vient pas seulement pour les livres. Schussmann  est un  maillon essentiel car il fait le lien entre la police allemande et la police française. Un homme de l’ombre leur tend un piège, le seul soir où ils sont ensemble, et l’on voit alors quelles sont les méthodes épouvantables de la gestapo.

Le commissaire Lannes peut agir pour le jeune Léon et il l’exfiltre en quelque sorte, accomplissant ainsi un acte de résistance, puisque lui aussi est espionné et il le sait.

Un autre meurtre se produit, car un professeur est assassiné dans un jardin public, et le commissaire Lannes  cherche ce qui peut expliquer  pourquoi on s’en est pris à un monsieur tranquille. Certes, il a une vie sentimentale secrète mais il n’est pas le seul. Et quand Lannes peut  retrouver les bons vieux meurtres comme dans l’avant-guerre, il est presque soulagé de pouvoir se consacrer à des enquêtes  » à l’ancienne « .

Il rencontre parfois des femmes charmantes, mais lui aussi résiste aux tentations – comme le commissaire Maigret !

Une tranche de vie quand l’été s’installe  à  Bordeaux, qu’il est possible de s’attarder aux terrasses des cafés  où le commissaire Lannes aime bien rencontrer  témoins, suspects en cours ou qui le deviendront. C’est tellement plus discret de donner rendez-vous de cette façon et les interrogatoires,  ou aimables conversations,  donnent d’aussi bons résultats  que dans les bureaux de la police.

Il doit reprendre le train à destination de Vichy, pour un aller et retour :

 » Vous êtes très vieille France, commissaire. A moins que vous ne jouiez sur les deux tableaux  ?

– Ce n’est pas comme ça que je dirais les choses ».

La question  de l’espion était une bonne question, mais elle le rendait perplexe. Il regarda par la fenêtre du train, et y réfléchit. Pourquoi Grimaud était-il apparemment si désireux d’avoir de bonnes relations avec lui ? Il n’avait à ce jour aucune réponse satisfaisante « .

Ce volume est le deuxième de la série  le  » Quatuor bordelais « ,  à la fois roman familial, roman policier, roman social, et roman politique  pendant une période complexe et tragique, où tant de questions se posent en effet.

C’était déjà bien d’être en vie en restant la droiture même comme le commissaire Lannes, nouveau  policier sympathique qui prend ainsi sa place parmi les policiers célèbres.

Allan Massié  – Sombre été à Bordeaux -Roman traduit de l’anglais ( Ecosse ) par Christophe Mercier – Editions de Fallois – 320 pages – 22 Euros – Quatuor bordelais, 2/4

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Anne Perry – Un Noël en Sicile – un passionnant roman policier- Editions 10/18

En épigraphe :  «  » A tous ceux qui croient aux recommencements  » 

 »  Du pont du bateau, James Letterly contemplait le rivage paisible qui se rapprochait à toute vitesse. Le volcan se dressait, silhouette aussi simple et symétrique que sur un dessin d’enfant. Le ciel était d’un bleu hivernal. En ce mois de  décembre, la neige ne tarderait pas à tomber chez lui en Angleterre, mais là, tout près de la Sicile, la brise chargée d’embruns était d’une extrême douceur.

Il avait été impatient de faire cette pause loin de  Londres, du travail et de la routine d’une existence qui, ces derniers temps, lui avait paru plus dépourvue de sens que jamais. Le décès récent de sa femme l’avait laissé dans un profond sentiment de deuil, quoique pas comme il s’y serait attendu. Ne pas éprouver la souffrance cruelle de la perte lui faisait comprendre avec douleur qu’il s’était senti seul depuis longtemps. Passer trois semaines à Noël sur une île volcanique de la Méditerranée  changerait-il quelque chose ? « 

A la seule lecture de ces quelques lignes, on sent la douceur de la brise marine mêlée des senteurs de la terre fertile de la Sicile …  on se transporte facilement aux côtés de James Letterly qui  séjourne dans un lieu idyllique, accueilli par un homme bon et hospitalier, Stefano. Fatigué du voyage, il dort profondément et se réveille en forme, prêt à faire connaissance  des autres hôtes de la pension, à savourer les délicieux repas que Stefano prépare avec générosité, et à marcher, marcher, curieux de découvrir le Stromboli, de s’approcher au plus près du volcan.

La chaleur s’accroit  au fur et à mesure que se déroule le récit … le Stromboli se réveille et met en danger les habitants.

Et pourquoi  l’époux très antipathique et sans coeur d’une charmante Anglaise trouve-t-il la mort dans des circonstances énigmatiques ?

En 150 pages seulement, une riche intrigue, une galerie de personnages qui ont chacun leur mystère, une  ingénue très touchante et séduisante, plus  Stefano dont la bonté n’a pas de limites.

Chaque année, Anne Perry publie son roman policier dans sa série   » Petits crimes de Noël  » – et chaque année, elle se renouvelle.  En 2016, c’était Noël à New York, un succès.

Anne Perry – Noël à New York –  Traduit de l’anglais par Pascale Haas – Editions 10/18 – 155 pages – 8, 80 Euros

 

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William Nicholson – Mère Patrie – Roman traduit de l’anglais par Anne Hervouët – Editions de Fallois

Voici un magnifique roman à la beauté singulière,  porté de bout en bout par de grands sentiments, dignité, loyauté dans l’amitié et l’amour, fidélité, dévouement à la Mère Patrie, en résumé : honneur.

Les circonstances s’y prêtent car  pendant  les années 1942-1944,  la Grande-Bretagne est en guerre.  Deux jeunes filles, Kitty, jolie brune, Louisa, une belle blonde, se consacrent à leurs missions. Elles sont conductrices de l’ATS, le Service  territorial auxiliaire, et participent aux préparatifs de combat.

L’humour est aussi présent :

 »  Les véhicules de l’état-major s’arrêtent près des maisons des gardes-côtes, sur la falaise à quelques pas du bord.  Une pluie fine s’abat, régulière. La visibilité est réduite. Un groupe d’officiers  en imperméables luisants surveille à la jumelle les mouvements  qui s’opèrent sur la plage en contrebas.

   » Le foutoir habituel, observe le général de brigade.

– C’est mieux que  la dernière fois, dit Parrish. Ils ont au moins trouvé la plage.  »

Sept péniches de débarquement fendent l’eau grise de la baie  » …

Kitty et Louisa ont conduit les  officiers et sont présentes.  Elles vont prendre un verre dans un pub et la rencontre vertigineuse se produit car Kitty trouve l’homme de sa vie, Ed, et comme tout va vite en ces temps où l’on ne sait pas de quoi le lendemain sera fait, un pique-nique réunit Ed et son ami Larry, officier comme lui,  peintre dans la vie civile, et les deux jeunes filles. Une merveilleuse journée   sur le mont Caburn qui offre une vue splendide sur la campagne du Sussex. Ed est d’emblée très amoureux de Kitty, mais Larry aussi. Ils sont tous amoureux de Kitty ! Baiser fougueux en haut du mont Caburn … et le prochain épisode a lieu sur les quais de Newhaven quand a lieu l’embarquement … Kitty sait qu’elle vient voir partir l’homme qu’elle aime.

Suivent  : une nuit  torride, avec un moment délicat pour Kitty au moment du déshabillage, car les sous-vêtements aussi  sont d’uniforme … un  bébé en route, le mariage. Louisa, réaliste, console un coeur brisé par Kitty, celui de George, trop myope pour faire la guerre, mais  héritier d’un manoir  victorien, Edenfield, et de la fortune qui va avec. En ces années, la demeure est très animée  car les Canadiens y ont leur base et font honneur à la cave, ce que George, décidément charmant, approuve tout à fait. C’est sa contribution au  bon moral des troupes.

Ce débarquement a été voulu sur les plages de Dieppe et se révèle  terrifiant, car la plus grande partie des hommes meurent dans la mer  ou sur la plage. Larry et Ed sont ensemble, et  Ed,  d’instinct, sauve de nombreux  blessés sur le rivage, échappant par miracle aux tirs qui visent tout ce qui bouge encore. Larry  en fait autant, et est le témoin admiratif, pour la vie,  de son ami.

Les combats continuent ailleurs, et Ed sera fait prisonnier par les Allemands dans des conditions effroyables, au point que plusieurs jours de suite,  on le vise en posant un revolver sur son visage … des simulations d’exécution  qui, jointes aux privations, au froid, font du combattant superbe un héros épuisé, amaigri.

C’est ainsi qu’il apparait à Kitty et à sa petite fille de deux ans,  Pamela,  qui a déjà un fort caractère.  Le retour à la vie civile est plus que difficile. Rien n’est alors prévu pour guérir des traumatismes causés par la guerre et  en ce qui concerne Ed, c’est au point qu’il estime ne pas mériter la Victoria Cross qui lui a été décernée pour sa bravoure.

De son côté, Larry, toujours amoureux de Kitty,  mais il résiste !  va pouvoir réaliser ses aspirations. Son père a construit  un véritable empire d’importation de bananes et a contribué   à l’effort de guerre en gérant le ravitaillement. Il souhaite voir son fils unique lui succéder, mais il lui permet généreusement de vivre son rêve  en assurant sa vie matérielle. Larry s’exerce  dans un atelier où il rencontre une jeune femme fantasque, fort jolie modèle,  et il va jusqu’au bout de son expérience  avec elle, jusqu’à l’exposition de ses oeuvres dans une galerie.

Il poursuit ses aventures en Inde, où il est aux côtés de Lord – et lady – Mounbatten,  pour la préparation de l’indépendance, heures flamboyantes et douloureuses.

La saga harmonieuse, élégante,  pleine de sensibilité et de rigueur à la fois,  à la construction impeccable,  réserve des rebondissements incroyables, et l’on a peine à quitter les personnages  attachants. Les temps changent, et sur une aussi longue période, souvent les mentalités autour des héros et héroïnes évoluent, mais  pas les leurs, ce qui ne va pas sans sacrifices.

A vous de découvrir les mystères des coeurs  et des âmes  !

J’avais déjà beaucoup aimé les précédents romans – tous se déroulant dans le Sussex  où il vit en famille – de William Nicholson, traduits aux Editions de Fallois :  L’intensité secrète de la vie quotidienne, 2013,  Quand vient le temps d’aimer, 2015, L’Heure d’Or, 2016.

Il indique qu’il a glissé dans chacun d’eux  des liens avec Mère Patrie. Edenfield se trouve au coeur des quatre romans. ( La demeure appartient de nos jours au National Trust ).

 

William Nicholson  – Mère Patrie – Roman traduit de l’anglais par Anne Hervouët (  » Motherland » ) – Editions de Fallois –  460 pages – 22 Euros

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Barbara Pym – Des femmes remarquables – Roman traduit de l’anglais – Editions Belfond Vintage

Les éditions Belfond ont l’excellente idée de poursuivre la réédition des romans de Barbara Pym, d’autant que Des femmes remarquables  (   » Excellent women  » ) est l’un de ses meilleurs titres.

Mildred Lathbury, jeune femme charmante d’une trentaine d’années, vit à Londres, dans les années 1950 –  où l’on connait encore les tickets de rationnement – de la façon la plus convenable qui soit.

Fille d’un pasteur, elle  a vécu avec lui jusqu’à son décès, puis s’est installée dans un appartement dont elle partage la salle de bains avec les locataires de l’étage du dessous. Elle vit toujours dans l’ambiance du presbytère car elle a gardé les meubles, et  elle consacre tous ses après-midis à l’accompagnement de dames âgées et isolées, sans oublier ses visites au pasteur local,  le révérend Julian Mallory et  sa soeur Winifred, ses participations au fleurissement de l’église, les réunions diverses, ventes et thés de charité.

Un jour, dans un lieu improbable, le local des poubelles, elle rencontre la nouvelle locataire, Mrs Napier, femme élégante, pleine d’allure, énergique. C’est ainsi qu’elles font connaissance et conviennent de  l’utilisation commune de la salle de bains.

C’est ainsi aussi que la passion fait irruption dans l’immeuble et dans la vie sage de Mildred. Car le  visiteur suivant est non pas encore Mr Napier, qui viendra plus tard, mais un collègue célibataire et ethnologue de l’épouse, le séduisant Everard Bone.

Puis le mari, Rockingham Napier, officier de marine qui était en Italie, prévient  par télégramme qu’il revient, et c’est Mildred qui reçoit le télégramme. La voilà tout affairée, car elle a déjà remarqué que la belle Mrs Napier n’était pas la ménagère idéale et qu’il vaut mieux que ce soit elle Mildred qui prépare le bon thé pour l’accueil. Mildred est souvent préposée aux tasses de thé, qui permettent de rompre le silence ou de reprendre des forces après une émotion. Mais pourtant, lors de leur première entrevue :

 »  ( Rockingham ) s’approcha de moi avec leur flasque de vin et je le laissa remplir mon verre.  Je commençais à entrevoir ce qui pouvait pousser les gens à boire pour masquer leur embarras, et  je repensais à maintes pénibles réunions paroissiales qui eussent pu s’améliorer, si d’aventure quelqu’un  avait ouvert une bouteille de vin. Mais il nous fallait, nous autres,  nous contenter des secours du thé, et je songeai que nous avions un certain mérite à nous en tirer aussi bien  avec cet inoffensif stimulant . »

Et des émotions, elle en connaitra d’autres. Car la passion surgit aussi au presbytère en la personne d’une dame veuve qui loue  au pasteur et à sa soeur un appartement  meublé resté libre à un autre étage. Mr Mallory, saisi d’un véritable vertige, va jusqu’à ajouter son tapis personnel, celui de son bureau, et un événement en entraînant un autre, à lui demander sa main.

Chacun se confie à  Mildred, car Winifred voyait en elle l’épouse idéale pour son frère …

Dans sa vie si bien rangée, il y a Dora, son amie d’enfance avec laquelle elle partage des vacances et des souvenirs. Elle va de temps en temps déjeuner avec William, le frère de Dora, qui lui aussi travaille à Londres dans un bureau. Dora la souhaitait comme fiancée possible pour son frère, mais l’attraction que pouvait exercer William s’est perdue dans ses manies de personnage pittoresque.

Le turbulent couple Napier invite Mildred à une séance de la Société d’anthropologie à laquelle appartiennent Helena Napier et Everard Bone. Barbara Pym y a travaillé et  son récit montre qu’elle en  a l’expérience.

Elle observe tout son monde qu’elle décrit à merveille avec son oeil d’ethnologue et son humour ingénu, particulièrement lors de la crise de couple chez les Napier, quand Everard prend la fuite.

Mildred se pose des questions : est-il préférable de rester célibataire ? ou de trouver une âme soeur, un époux ? Elle est sensible au charme masculin des nouveaux arrivés dans sa vie, analyse l’attitude de ses relations, et elle est appréciée, pas seulement pour ses tasses de thé !

Elle fait des efforts de coquetterie, s’offre un nouveau chapeau dont elle attend des compliments  … Mais on ne sait pas, quand le récit se termine, de quelle façon sa vie sera orientée, et si les ultimes bouleversements que connait son entourage, pasteur y compris, auront des répercussions sur sa façon de vivre.

Il est intéressant de consulter la biographie de Barbara Pym, femme de grand talent et de caractère, qui  ne s’est pas mariée, mais a vécu plusieurs liaisons dont  l’une avec un homme politique célèbre. Elle a donc réellement étudié les moeurs de la vie londonienne à  son époque, et a consacré sa vie à ses romans, nombreux, au style unique  si reconnaissable, gentiment ironique, si attachant. Sa soeur et elle ont partagé un cottage, et on la voit sur les photographies toujours souriante, avec des chats visiblement choyés.

Personnellement, j’avais commencé à la lire lors des premières rééditions en poche de ses tendres et savoureux romans, ou chez Christian Bourgois,  l’un suivant l’autre, tant leur charme est grand. Je ne connaissais pas celui-là, et je suis ravie de le découvrir.

Le dépaysement est assuré !

Barbara Pym – Des femmes remarquables – Roman traduit de l’anglais par Sabine Porte – Editions Belfond Vintage – 320 pages – 17 Euros

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