Renée Rosen – Park Avenue Summer – Roman traduit de l’américain – Editions Belfond  » Le Cercle « 

Sous une forme romanesque très agréable, un épisode important de la vie d’ Helen  Gurley Brown, dans les années 1965, à New York.

Renée  Rosen a la bonne idée d’imaginer qu’une jeune fille, Alice, quitte la maison familiale de l’Ohio pour réaliser son rêve, devenir photographe à New York. De toutes façons, sa vie ne lui convenait plus, car sa mère, son idéal féminin, qui aimait elle-même tant New York, était morte, que son père s’était remarié, et que même si sa belle-maman se montrait sous son jour le plus agréable, elle préférait aller plus loin, ailleurs. De plus, elle subissait les contre-coups d’une rupture sentimentale.

New York  ! Elle marche le long des rues, lève les yeux, s’imprègne de son atmosphère trépidante, se perd dans le métro … et rend visite à une amie de sa mère qui vit dans un somptueux immeuble. Parmi ses nombreuses relations, cette amie compte Helen Gurley Brown,  la femme qui a fait scandale avec son livre Sex and the single girl ( tout un programme !  ). Il ne manquait plus qu’une revue pour prolonger l’influence – bénéfique  – d’Helen Gurley Brown sur les jeunes femmes. Il lui est proposé de devenir rédactrice en chef de la revue Cosmopolitan, en la transformant.

Et cette nouvelle rédactrice en chef a besoin d’une assistante :

Alice est sous le charme d’Helen Gurley Brown, femme généreuse, ouverte aux autres, tout en féminité et séduction, qui commence par faire de son bureau un véritable boudoir, imprimés  panthère et  couleur rose ; un écrin où elle travaille intensément. Et Helen se montre très protectrice vis à vis d’Alice, qui apprend à ses côtés que le titre de rédactrice en chef  impose en réalité de se montrer diplomate avec les responsables de la Hearst Corporation. La réciproque n’est pas vraie. Ces messieurs ne voudraient pas que la revue change, et Helen a des idées très affirmées. Elle veut des articles pratiques mais sexy,  pleins d’humour, utiles pour une jeune femme qui veut mener sa vie libre, et indépendante, une de celles qu’elle appelle  » ses filles « . Les jeunes femmes qui apprécient son livre.

Alice poursuit son rêve de photographe, tout  en se trouvant confrontée à une réalité, car elle a encore beaucoup à apprendre. New York est synonyme d’excellence. Donc, elle range sa déception, et continue à apprendre :

 » Si j’avais déjà effectué de longues journées de travail, ce n’était rien comparé à ces premières semaines du mois de mai. Soir et week-end, je restai aux côtés d’Helen,  refusant des invitations à des fêtes, des sorties cinéma  avec les filles et une soirée ou  deux avec Erik. Je renonçai même  à voir une exposition consacrée à Dorothea Lange avec Christopher. Celle-ci s’achevait le lendemain, et j’avais laissé filer l’occasion d’admirer ses photographies sur la crise économique des années 1930.

Je pensais à ça quand le responsable de production me donna les épreuves finales du mois de juillet, sans plus aucune coquille ou erreur grammaticale à corriger et sans plus rien à changer aux photos ou aux légendes. Le magazine était prêt à être  imprimé. Du moins le pensions-nous « .

La confrontation entre la rédactrice en chef intrépide et les responsables frileux de toutes sortes est épique. Alice voit Helen lutter pour imposer son idée de magazine, prendre des risques, mettre son titre en jeu, et imposer sa créativité, son féminisme. On voit comment se prépare un numéro, plusieurs numéros en même temps, du magazine.

Et Helen gagne : en font preuve les ventes de Cosmopolitan  qui bondissent. Les jeunes femmes apprécient et ce sont elles,  » ses filles  » qui décident du succès, pas les vieux messieurs timorés des bureaux. Helen veut en couverture la photographie d’une jeune femme souriante, gaie, qu’on devine heureuse, elle veut des titres d’articles accrocheurs, même  s’ils choquent. Helen a raison.

Le nouveau Cosmopolitan a trouvé sa formule – et elle plait toujours dans ses diverses éditions à travers le monde. La  » Cosmo Girl « , cette nouvelle génération de femmes qui en entraine bien d’autres,  fait son chemin. Cuisine, oui, mais sexy, mode, bien sûr, mais jolie – et toujours ce mot : sexy. Travail bien sûr, pour l’indépendance. Mariage, oui, aussi, ou une vie épanouie autrement.

Helen Gurley Brown a fait ses preuves,  une fois de plus. Elle a gagné son challenge. Et elle assure  avec générosité, altruisme, la suite de la carrière de son assistante qui va pouvoir se consacrer à l’art qu’elle aime, la photographie.

Peut-être était-elle une fée ?

Renée Rosen-  Park Avenue Summer – Roman traduit de l’américain par Valérie Bourgeois – Editions Belfond –  416 pages – 21, 90 Euros –  » Le Cercle « 

( Tous droits réservés, etc – copyright )

 

 

 

Emily Tetri – Camille contre les cauchemars – BD chez Casterman ( Dès 5 ans )

 

 

Camille, charmante petite tigresse, vit en  famille avec ses parents, et tout serait parfait s’il n’y avait pas ces horribles cauchemars, qui viennent la tourmenter chaque nuit. Pourtant, elle a  » Monstre », un gentil  personnage comme un elfe qui couche sous son lit, et veille afin d’éloigner les visions qui terrorisent Camille.

Tous les soirs, Camille part de table en emportant un petit repas supplémentaire, mais ses parents ne la croient pas quand elle leur explique qu’il est destiné à son ami de la nuit,  » Monstre « . Ils pensent simplement que Camille est en pleine croissance, d’où son appétit  et qu’elle a  un ami sorti de son imagination.

Emily Tetri donne  à voir ces monstres méchants qu’elle interprète en bleu sombre,  avec de grandes dents : ils feraient peur même en papier !

Les deux amis s’entendent donc fort bien, et la mini-tigresse peut s’endormir  paisiblement :   » Monstre  » veille. Sauf une nuit, où les cauchemars ont été particulièrement offensifs.

Et  » Monstre  » explique à son amie  comment les affronter…

Une bande dessinée très expressive, avec des oppositions de tonalités réussies, qui peut effectivement être utile pour surmonter la peur des cauchemars  gâchant le sommeil des petits enfants, et même des parents. Vous voyez au verso les trois protagonistes.

Emily Tetri, artiste américaine, travaille pour des films d’animation en tant que chargée  de création visuelle et peintre de décors.

Voici sa première bande dessinée, une réussite en tous points.

Emily Tetri – Camille contre les cauchemars – Bande dessinée – chez Casterman – Format reliée 18 x 22 cm – 64 pages – 12, 95 Euros – ( Dès 5 ans ).

( Tous droits réservés, etc – copyright )

 

 

Marie Benedict- Madame Einstein – Traduit de l’anglais ( Etats-Unis )- Presses de la Cité ( Biographie romancée )

Cette biographie qui s’annonce comme   » romancée « , à la première personne,  a beaucoup de qualités,  et tout d’abord d’être extrêmement agréable à  lire, fluide  – et convaincante. Marie Benedict est  ou a été avocate.

Je l’ai lue avec grand intérêt il y a quelques mois, ne demandant qu’à être convaincue car Madame Einstein – née Mileva Maric –   révèle une personnalité forte, courageuse, comme je les aime.

Très intelligente, scientifique douée …  l’auteur la décrit comme co-auteur, au moins, des découvertes de celui qui a attiré la célébrité, Albert Einstein. Elle la compare à Marie Curie,  pour l’importance des travaux, et  – il faut le répéter, le courage. Mais Madame Curie a été reconnue, même si tout n’a pas été facile pour elle  : ses Nobel sont à elle.

Donc, j’ai réfléchi quelque temps … que croire ?

C’est Madame Einstein qui aurait dû recevoir le Prix Nobel – mais Albert a occulté – totalement – sa part dans ses découvertes, ce qui constitue une injustice intolérable. Il est vrai, exact, que, malgré leur séparation, il a remis à Madame Einstein l’argent du Prix – ce qui n’est pas rien, et peut constituer une preuve. Mais on dit aussi que c’était sa participation à l’éducation de  leurs enfants après leur divorce !

De toutes façons, Mileva Maric a connu un beau, magnifique, mais douloureux parcours  :

Elle est née en Serbie, et très rapidement, son don pour les sciences s’est révélé, d’ailleurs encouragé par son père.  C’est du côté de sa mère que sont venues les difficultés. Elle a surpris en effet  une conversation entre ses parents,  et elle a entendu sa mère dire  que, parce qu’elle souffrait d’une certaine fragilité physique, elle Mileva ne pouvait pas faire grand chose de sa vie, sans mari ! ( Plus tard sa mère sera son alliée ).

Elle n’a rien montré de son chagrin, s’est accrochée à ses études et a fait ses preuves, son père toujours fier d’elle. C’est ainsi qu’elle a gagné le droit de continuer ses études à l’Institut Polytechnique de Zurich, séjournant dans une pension  pour jeunes filles intellectuelles, s’y plaisant beaucoup, nouant des amitiés certaines pour la vie. Elles organisent des piques-niques au grand air, des excursions pour découvrir la région.

Cette agréable, séduisante jeune fille brune attire l’attention d’un autre étudiant, un peu à part lui aussi, Albert Einstein. Ils ont des points communs,  y compris les  promenades en montagne,  les grandes discussions entre étudiants dans les cafés … Il vient lui rendre visite à la pension Engelbrecht avec son violon.

Et puis les événements se précipitent. Les parents d’Albert rencontrent la jeune fille à Zurich et, malgré les efforts d’Albert pour adoucir sa mère, Mileva se rend compte qu’ils lui sont hostiles. Qu’importe, puisqu’Albert lui assure qu’il est amoureux de la jeune étudiante si naturellement un peu bohême, et sérieuse qu’elle est – qui en plus, prend des notes  bien utiles pendant les cours qu’il manque. Ils sont séparés pendant un été qu’elle passe chez ses parents en Serbie.

Puis c’est l’escapade au lac de Côme, la naissance de leur petite fille Lieserl, le refus persistant des parents Einstein de consentir à leur mariage et  même après la mort de son père,  sa mère est absente lors de la cérémonie qui se déroule à Berne. Que va devenir Lieserl ? Albert refuse sa présence, et Mileva, le coeur lourd, accepte de la confier à ses parents. Ils travaillent ensemble  cependant.  Mais les nouvelles  ne sont pas bonnes, et sa mère lui écrit que Lieserl est atteinte par l’épidémie de scarlatine….  que Lieserl a été emportée comme tant d’autres enfants.

Mileva veut continuer à travailler, pour elle-même, parce qu’elle a toujours des idées, pour la mémoire de sa petite fille. Un autre bébé s’annonce, qu’Albert semble vouloir mieux accueillir que Lieserl.

Elle s’exprime :

 » J’avais eu raison de ramener notre relation sur le terrain de la science. Avec Albert, l’amour marchait sur les pas de la physique.

Les yeux brouillés à force de fixer mes calculs, j’ai lissé la couverture de notre article. –  » Sur l’électrodynamique des corps en mouvement  » – Nos noms – Albert Einstein et Mileva Maric  – se détachaient sous le titre. Ce travail était avant tout le mien, mais parce que je n’avais ni diplôme ni doctorat, j’acceptais qu’il soit nécessaire de mentionner aussi le nom d’Albert.

Mon étude sur la relativité révélait que le temps n’avait peut-être pas les caractéristiques immuables que Newton et presque tous les physiciens et mathématiciens à sa suite lui avaient attribuées « .

Mileva a le niveau – et même plus, de son mari, et elle a toujours étudié – elle est brillante, et sa valeur est reconnue,  mais elle a été éloignée par sa petite fille, les aléas de sa vie, du  cursus officiel – tandis qu’Einstein n’a pensé qu’à lui, qu’à ses études. Elle continue  ses occupations, puisqu’elle est mère de deux  fils, prend soin de sa maison, et elle  vit dans l’attente de l’arrivée de la revue qui doit porter son nom.

Le paquet de revues  tant attendu lui parvient – et elle est infiniment  atteinte par la trahison de son époux, car c’est son seul nom à lui qui figure en titre, comme auteur, seul !

Elle est cependant confortée par  Madame Curie qui lui fait part des difficultés qu’elle a rencontrées – mais d’un autre ordre. Elle ne subira plus jamais cela.

C’est tout le contraire. Albert Einstein a choisi l’égoïsme, le reniement,  la trahison, jusqu’à vouloir lui imposer une autre femme, et pour elle, seulement les travaux ménagers !

Jusqu’où vont aller l’injustice, le drame que connait Mileva – la battante pourtant  ?

Mileva décide de quitter Albert, et elle part avec ses enfants à Zurich  : un train, un nouveau départ.

Marie Benedict –  Madame Einstein – Traduit de l’anglais ( Etats-Unis ) par Valérie Bourgeois – Presses de la Cité – 335 pages – 20,50 Euros

( Tous droits réservés, etc – copyright )

 

 

 

Betty Smith – La Joie du matin – roman traduit de l’américain – Belfond Vintage

 

Une histoire délicate et délicieuse, racontée avec un humour gentil, celle de la première année d’un jeune couple, Carl, vingt ans, encore étudiant en droit, et Annie, tout juste dix huit ans, depuis le jour de leur mariage, extrêmement simple, comme on voit, car ils se marient à l’insu de leurs familles, qui n’approuvent pas, mais eux savent ce qu’ils font, et ils sont sûrs d’eux :

Ils sont beaux tous les deux. Carl a un physique de sportif intellectuel désinvolte ( tout pour lui !) et Annie se présente comme une adorable jeune fille à qui on donne une quinzaine d’années seulement.

Pas d’argent, et leur premier abri est une chambre meublée chez une dame plutôt sympathique qui leur a préparé un gâteau de mariage. Pour eux deux c’est la première fois, et ensemble … Tout se passe  très bien. Carl doit poursuivre ses études de droit car il a de l’ambition, mais en attendant il doit chercher encore plus de  » petits boulots « , en ajouter à ceux qu’il pratique déjà. Annie joue très bien les maîtresses de maison, et fait connaissance des boutiques du quartier, où elle noue immédiatement des sympathies.

Elle a un grand besoin de lire, et aussi d’écrire. Timidement, elle se rend à l’université pour se joindre aux étudiantes et trouve le chemin du cours de littérature, qu’elle suit, passionnée, depuis le couloir. Puis elle se rend  dans un endroit magique, la bibliothèque :

 »  Elle traversa les pièces l’une après l’autre, parcourut tous les couloirs, passa devant des piles de livres. Elle se délectait de la présence de ces milliers de livres. Elle aimait les livres.  Elle  les aimait avec ses sens et avec son intellect. Elle aimait leur odeur et leur aspect; la sensation de les tenir en mains; ils semblaient murmurer tandis qu’elle tournait les pages. Tout ce qui existe au monde se trouve là, dans ces livres, pensa-t-elle…. Quand elle reconnut  » David Copperfield  » dans le rayon   » D « , elle sourit au livre et dit :  » Hello, David ! « . Puis elle se retourna, confuse, dans l’espoir que personne ne l’avait entendue. Elle avait pour la première fois lu ce livre à l’âge de douze ans … Elle décida aussitôt de le sortir du rayon, et de le relire,  pour voir si elle l’aimait toujours, six ans après. Du rayon  » B « , elle sortit  » Babbitt « . Elle avait lu  » Grande Rue  » et avait été impressionnée par cette nouvelle façon d’écrire; elle se réjouit d’avance de lire ce livre.

Le troisième livre contenait le texte d’une pièce en un acte. Annie avait vu beaucoup de vaudevilles. Elle les connaissait sous le nom de  » Satires « . Mais elle n’avait jamais lu de pièces. Naturellement, il y avait les pièces de Shakespeare; mais elle  les considérait comme de la poésie « .

Voilà Annie immédiatement dans son élément. Elle décide de faire comme les étudiantes, et tout d’abord, avec ses quelques économies, en adopte la tenue, change de coiffure.  La fois d’après, elle se mêle à eux dans la salle … puis elle écrit une courte pièce. Elle se fait remarquer, en bien ! De son côté, David doit rencontrer le Doyen et lui expliquer sa nouvelle situation d’étudiant marié qui a des besoins d’argent.  Officiellement, le Doyen exprime des réserves, mais en tant qu’homme –  il confie qu’il a été étudiant  et jeune marié aussi – il apporte son aide  à David, lui donne de bonnes adresses.

Le Doyen est surpris et charmé  par les initiatives d’Annie,   » votre meilleur atout « , dit-il à Carl.  Annie peut vraiment participer aux cours, remettre ses pièces et nouvelles, qui sont notées, appréciées avec les autres.

Un conte de fées ? Les mères respectives mises devant le fait accompli écrivent pour exprimer leur réprobation. La famille de Carl va même jusqu’à lui demander de rembourser l’allocation régulière qu’elle lui versait,  et qui prend fin. Elle demande aussi  le remboursement de la montre offerte !

Carl devient veilleur de nuit, tombe de sommeil, mais ne lâche pas son but. Il doit apprendre aussi à composer avec le caractère charmant, mais parfois impétueux d’Annie : il y a des heurts, des malentendus, des petites disputes, des découvertes,  mais une entente profonde qui tient bon malgré les difficultés matérielles, la fatigue et parfois le manque de nourriture. Ils ont faim, et en arrivent à cuire pour eux l’os qu’on leur donne pour le chien qu’ils ont recueilli  ( le chien des étudiants qui l’ont laissé pendant les vacances ).

Pour le lecteur extérieur, il est  passionnant de suivre une année  universitaire vue du dedans, au jour le jour, dans les années 1920.

Est-ce ainsi que se forme un écrivain  ? Annie peut passer la nuit à écrire, tandis que Carl travaille  à l’extérieur. Elle se fait toutes sortes de nouveaux amis,  autant de personnalités et de caractères qui prennent place dans son imaginaire.

Voilà une vie à deux qui se façonne peu à peu, sous des yeux qui ne peuvent qu’être attendris. Des bons sentiments, des personnes qui s’entr’aident, voilà aussi pour contribuer au  plaisir d’ une lecture positive, faisant du bien.

La Joie du matin paru  pour la première fois aux Etats-Unis en 1963 et en France chez Stock en 1964, a été adapté au cinéma dès 1965 par Alex Segal avec dans les rôles principaux Richard Chamberlain et Yvette Mimieux.

On pense aussi à une  » Love Story  » aussi touchante  mais qui finit bien.

 

Betty Smith – La Joie du Matin  – Roman traduit de l’américain par Gisèle Bernier – Belfond Vintage  –  448 pages – 17, 50 Euros  –

( Tous droits réservés, etc – copyright )

 

 

 

 

Abbi Waxman- Les coeurs brisés ont la main verte – Premier roman traduit de l’américain – Editions Belfond  » Le Cercle « 

Un  roman optimiste plein de sensibilité  qui court et virevolte sur un thème original.

Le point de départ est pourtant  une épreuve de la vie que connait  Lili, graphiste à la trentaine active, mère de deux enfants, Annabel et Clare, par ailleurs soeur de la très dynamique Rachel.

Un matin, son mari et elle ont une courte dispute, alors qu’ils s’entendent fort bien, que leur famille est heureuse dans leur belle maison de Los Angeles. Dan part travailler… et il a un accident de voiture où il trouve la mort. Lili doit affronter le deuil mêlé d’ une certaine culpabilité, et elle éprouve des regrets pour les mots échangés avec son mari ce matin-là, rien de très grave mais ce n’est pas ce qu’elle souhaitait.

Les jours ont passé, Lili continue son travail d’illustratrice, et voilà que son entreprise lui propose d’illustrer un livre sur les fruits et  légumes. Elle lui demande de suivre des cours d’horticulture le samedi matin, des travaux pratiques qui lui permettront d’être réellement sur le terrain et de bien connaitre le thème.

Elle rejoint le petit groupe des  apprentis jardiniers, accompagnée de sa soeur et de ses enfants.  Edward le moniteur est fort sympathique. C’est  le rêve, cette initiation à l’horticulture car tout, absolument tout, est fourni gratuitement, plantes, graines, conseils.  On est au début de l’été,  et une fois les plantations  mises en place, il n’y a plus qu’à attendre que ça pousse.

Lili sympathise avec  les autres élèves, chacun avec sa différence et ses motivations. Ils s’intéressent les uns aux autres, et des liens d’amitié se forment. Edward décidément plein de ressources et d’initiatives, propose à Lili de lui aménager son jardin où tout est à faire. Et le groupe arrive, avec  un chargement de plantes qui vont transformer son petit espace.

Par ailleurs, sa vie professionnelle est remise en cause et elle doit réfléchir, mettre en oeuvre d’autres projets.

Sur le plan personnel, l’éclaircie s’annonce …

Extrait :

( entre sourire et émotion avec beaucoup de tendresse  ):

 » Mon café à la main, je vais dans ma chambre pour me changer. Je n’ai rien changé dans cette chambre depuis la mort de Dan, et son côté du lit est maintenant celui de Frank. Le vieux chien est étalé à sa place quand je pénètre dans la pièce  … Sa patte s’agite pendant qu’il rêve, je le laisse donc tranquille.  Dan et moi l’avons adopté tout petit, nous avons  tout traversé ensemble, la cohabitation, le mariage, la naissance des filles, et maintenant le deuil.  Il est ce que j’appelle un chien de gouttière de Los Angeles, mais à majorité labrador. Il est fauve, grassouillet et lent. J’aspire à devenir comme lui : naturellement zen.  Sa  philosophie : aime des gens sympas,  mange autant que tu peux,  fais la sieste aussi souvent que possible, sois patient et dis oui à tout. 

Je suspens ma tenue de travail et enfile mes vrais vêtements : un jogging, un Tee-shirt d’Halloween  qui me fait paraître miraculeusement trois kilos de moins  et des chaussons-chaussettes.  Quand j’ouvre la porte de la chambre pour  sortir,  Frank lève la tête et se laisse tomber à bas du lit avec un  » boum » qui fait trembler le parquet, suivi par une pause le temps de se demander s’il a survécu à l’impact , et si ses pattes fonctionnent encore.  Comme moi tous les matins au réveil. Il me suit jusqu’à la cuisine, à moitié endormi « 

Sont intercalées des pages de conseils pleins d’humour  pour réussir les plantations maison :

Abbi Waxman – Les coeurs brisés ont  la main verte – Premier roman  -Traduit de l’américain par Julia Taylor – Editions Belfond -367 pages – 21, 50 Euros – Collection Le Cercle Belfond )

 

( Tous droits réservés, etc – copyright )

Erskine Caldwell – La route au tabac – Roman traduit de l’américain – Belfond Vintage – ( un chef d’oeuvre sombre et splendide )

Un grand classique de la littérature non seulement américaine, mais mondiale, que  Belfond Vintage met à son catalogue, après Le Bâtard, Haute  tension à Palmetto.

Telles sont les première lignes du roman. On voit une scène qui pourrait s’imposer au début d’ un film. Lov, homme seul, épuisé par  la chaleur  et le trajet, chargé de son sac de navets, arrive dans la famille de sa femme Pearl, qui ne parle pas, dort sur un matelas à côté du lit, l’ignore, lui qui est tellement amoureux – et frustré. Il a tout essayé, jusqu’à l’attacher sur le lit pour qu’elle soit plus tendre, et cela n’a pas marché.

Il voudrait que Lester ait une explication avec Pearl, et que sa situation qu’on ne peut guère qualifier de conjugale change enfin. Les navets seraient une monnaie d’échange.

 » Lov ouvrit le sac, choisit un gros navet,  et, l’essuyant avec les mains,  il en mordit trois gros morceaux, l’un après l’autre. Dans la cour et sous la veranda, les femmes Lester  regardaient Lov manger. Ellie May sortit de derrière son azedarac  et vint s’asseoir sur une souche de pin, tout près de Lov.  Ada et la vieille grand-mère  étaient toujours sous la veranda, et elles regardaient  le navet, qui, à à chaque coup de dents, diminuait dans la main de Lov « .

Lov gagne sa vie au dépôt de charbon,  les autres enfants Lester ont rejoint les filatures et ils ne donnent plus signe de vie à leur famille. Ada, la mère, épuisée, voudrait du tabac pour calmer ses maux d’estomac provoqués par la faim. Ellie May, jolie fille obsédée par le sexe, est affligée d’un bec-de-lièvre. Son père fait souvent le projet de  l’emmener à la ville pour la faire opérer, mais  cela reste à l’état d’idée vague. Comme d’ailleurs  son obsession : cultiver la terre et refaire pousser le coton, mais il n’a plus rien, et quand il se rend à la ville pour obtenir du crédit, la réponse est inévitablement  négative. Pourtant il y pense toujours. Même sa voiture est devenue une épave. Dude, le fils qui reste, est un simple d’esprit.  Quant à la grand-mère, rudoyée, rejetée  par  toute la famille, elle s’enveloppe de loques  et souffre de la faim, du manque de tabac aussi. Pourtant il fut un temps où la route au tabac proche apportait la prospérité.

Ce jour-là,  la faim est la plus forte, et Lov est dépouillé de son sac de navets, dévoré crus par la famille.

Un jour, quelqu’un  arrive. Bessie,  prédicatrice  d’une religion dont elle est la seule adepte, vient rendre visite à la famille, et elle fait des avances à Dude. Le mariage se conclut à la ville proche très rapidement, et Bessie l’a obtenu en faisant miroiter la forte assurance-vie qu’elle vient de toucher à la mort de son ancien mari. La somme est immédiatement dilapidée dans l’achat d’une voiture toute neuve, qui ne reste pas huit jours dans cet état … et c’est le seul moment drôle – ou plutôt caustique de ce roman terrible dont on pourrait trouver un équivalent chez Emile Zola ou Guy de Maupassant. Rien ne vient éclairer ces ténèbres, aucune lueur, aucune compassion si ce n’est celle que le lecteur finit par éprouver pour ces victimes d’une crise qui les dépasse.

On se doute que le roman ne peut pas bien se terminer. Celle  qui s’en sort, c’est Pearl, qui quitte Lov et va tenter sa chance à la ville, comme ses frères et soeurs. Dude, Ellie May, peut-être.

Le génie du romancier est de donner de la beauté au sordide, par la force, la sobriété de son écriture et d’en faire une oeuvre d’art. Un livre comme un témoin pour que les victimes ne soient pas oubliées. De par le monde, il existe des conditions de survie, ou de non-vie aussi tragiques que  celles-là. Mais il n’y a pas de Mère Teresa partout et à toutes les époques !  Ainsi le roman atteint l’universel.

Erskine Caldwell – La route au tabac – Roman traduit de l’américain par  Maurice-Edar Coindreau – Editions Belfond- Vintage –  223 pages-  17 Euros

 

( Tous droits réservés,etc – copyright )

 

 

Josephine Johnson – Novembre – Roman ( Etats-Unis ) – Editions Belfond Vintage

Voici un grand livre, pas seulement un très bon roman, qui a une portée universelle et prend place dans la littérature de tous les temps, tous les pays.

L’auteur, Josephine Johnson, avait seulement vingt quatre ans lorsque  le chef d’oeuvre, qu’elle publia en  1934, obtint le  prestigieux Prix Pulitzer en 1935 : elle reste  la plus jeune lauréate pour un livre d’une grande maturité, qui n’évoque pas seulement les tragédies de la Grande Dépression, comme ses confrères John Steinbeck, William Faulkner,  mais parle à tout être humain des coups du sort, d’injustice, d’épreuves,   de fatalité et de beauté.

Souvenez-vous,  pour Scarlett d' » Autant en emporte le vent « , la terre de Tara était la seule chose qui comptait, la terre solide où elle revenait dans les tourmentes de sa vie,  » the red earth of Georgia « …
Chez Josephine Johnson, même la terre trahit.

Arnold Harmarne a cinquante sept ans au début du récit  et il a été élevé à la campagne, qu’il a quittée à seize ans :  » pour s’en aller à Bone, se créant là-bas une situation dans les fabriques de bois de construction.  Grâce à son sens de l’économie, il avait fait une ascension lente et dure, comme un chêne ou un frêne qui pousse avec effort mais dont le bois a bien plus de valeur que celui du peuplier qui s’élance de deux pieds en une saison.

Maintenant il était rabattu à la racine. Ce doit être une étrange expérience pour un homme que de travailler des années durant pour obtenir la sécurité et la paix et de voir en quelques mois le tout réduit à zéro; d’éprouver ce sentiment singulier de vide et de noir que donne le fait de n’être plus utile nulle part. Tout lui était venu lentement, et reparti d’un seul coup, aussi était-il devenu méfiant envers la terre elle-même.

Nous emportions nos lits dans le chariot. Notre voiture était vendue ainsi que la plus grande partie du mobilier. « 

La famille garde ce qu’on ne peut enlever : les souvenirs, et aussi les livres – ajoute l’auteur – parce qu’il y en avait trop à vendre,  » que la planète en était déjà encombrée « .

Elle retourne dans les collines du Middle West, là où se trouve le domaine, maison et terres, collines et vergers :

 » La maison était ancienne, et construite non pas de  poutres, mais de planches, de haut en bas,  à la manière des granges. Elle était recouverte de jasmin et de vigne vierge rouge enchevêtrés en lourdes masses au-dessus du porche.Le raisin sauvage noir  mûrissait sur la margelle du puits, et sur la pompe, il y avait un plant de vigne cultivée …   Ce premier printemps où tout nous paraissait nouveau, je le revois sous deux aspects  différents : l’un voilé de crainte et d’angoisse, partout où se trouvait Père, et comme sous un brouillard gris. Ce brouillard n’était pas toujours visible, mais toujours là; et cependant il se mêlait un autre sentiment à celui-ci,  notre amour pour le pays lui-même, changeant et beau à toute heure et de mille aspects divers « .

Leur Mère voit les pentes  chargées de pommiers anciens  qui semblent forts et beaux. Elle se représente les efforts à faire  pour la cueillette, mais elle en est simplement  heureuse. Sa fille, la narratrice,  Merle, sa petite soeur qui a dix ans, prennent cette vie nouvelle pour une grande aventure, observent les oiseaux, des animaux inconnus,  se réjouissent de trouver des pelouses de myosotis ou de pensées sauvages. Pourtant Margot comprend  que non seulement la  terre, mais la maison, sont grevés d’hypothèques, ce qui mine son père et lui donne une inquiétude  permanente. Quand sa mère le découvre également, alors qu’elle se croyait à l’abri, elle  garde simplement au fond d’elle  :   » une espèce de paix intérieure. Je pense que c’était la foi « ,  dit sa fille.

Tous les ans, il faut trouver l’argent pour payer les hypothèques …

Pendant dix ans, le temps du récit, la famille se répartit les tâches, et vit pratiquement en autarcie.

On trait les vaches, et on vend le lait à la ville voisine … on vend aussi les oeufs, la volaille, les porcs  et les lapins. Il y a tout ce qu’il faut pour du pain, et  le gâteau d’anniversaire.

On n’achète que peu de choses : les fameuses rondelles pour  fermer les bocaux de légumes ou de fruits. Tout pousse, et il leur arrive de passer des nuits afin que les abondantes récoltes de cerises  soient  transformées en conserves. Le climat est rude mais  ils savourent  les épinards, et les fraises.

Vu de l’extérieur, cela semble une parfaite répartition, et une véritable organisation. Le père a embauché un aide, qui le quitte pour travailler sur le chantier d’une route. Son remplaçant est Grant Koven, un des fils du fermier voisin. Pour salaire, il a les repas et une participation aux ventes des récoltes.

Ils ont aussi deux fermiers voisins, les Rothman au  Nord qui ont une meilleure terre, les Ramsey, plus au Sud,  des Noirs moins bien lotis, avec cinq  enfants, dont deux adoptés. Tous s’entendent bien, se prêtent aide, secours, outils, se rendent service.

Karren, la fille aînée, à la beauté sauvage, est aussi une préoccupation pour son père.  Elle mène sa vie propre, et il lui arrive de partir au galop avec l’alezan parcourir la campagne … son père alors malgré sa fatigue veille jusqu’à son retour. Elle inquiète sa soeur Margot qui remarque à quel point son attitude trouble la famille …  Elle provoque un drame le jour de  l’anniversaire de son père, et on peut considérer qu’après ce jour, la vie sera compliquée. Cependant la paix revient quand Karren remplace  l’institutrice et est absente toute la journée.

Quelque chose ne va vraiment pas avec Karren, car Margot va à l’école voir  comment  se comporte sa soeur, et ce qu’elle constate l’effraie, au point qu’elle avertit ses parents que Karren est incapable d’enseigner, que les enfants ne peuvent rien apprendre avec elle.

Courageuse Margot, mais comment faire comprendre à Karren que la seule solution est de revenir à la ferme … Il le faut pourtant.

Un jeune  homme sympathique et séduisant, Grant,  et trois jeunes filles. On pourrait penser qu’il y aura  une rivalité amoureuse ? Pas du tout ! Les trois soeurs aiment Grant :  chacune son secret.

Même l’homme qui vient chaque année récolter   » les loyers « , les hypothèques, se montre  chaleureux et humain.

La tragédie vint du  ciel. Lors du printemps de la dixième année, la pluie se fit attendre. Les mois passèrent, et la chaleur envahit tout :

 » En juillet la moitié du maïs avait péri et crissait dans les champs comme du papier.  Les pâturages étaient carbonisés. Je tombai dans les bois un jour, la poussière des feuilles mortes s’envola en un nuage. Le lait tarissait dans les mamelles des vaches. Nous entendions dire que les prix montaient,  mais Père ne gagnait pas davantage  sur son lait et obtenait moins d’argent pour les vaches  qu’il vendait puisque les autres fermiers faisaient de même…  Les mares  n’étaient plus qu des trous béants, craquelés, lisses de boue séchée. J’entendais continuellement meugler les veaux dans les pâturages, ils avaient chaud et soif mais je ne pouvais leur donner à boire que le soir.

Il fallait aller puiser de l’eau à trois milles de là dans un étang, et les chevaux avaient des plaies, même après leur repos durant  le temps  où nous avions emprunté les mulets de Ramsey.  La chaleur était comme une main posée  sur le visage nuit et jour. Quand tout serait mort enfin,  je pensais que nous serions délivrés de l’espoir, mais l’espoir est une obsession qui ne meurt jamais.  Peut-être les mares vont-elles se remplir … Les pâturages d’automne  pourraient reprendre avec la pluie,  l’eau monterait dans les citernes…  Il y avait toujours cette horrible torture de l’espoir  qui ne mourrait qu’avec la vie.

Merle, seule, ne semblait pas se douter de la chaleur.  Elle travaillait aux champs avec Père et Grant, elle était bronzée d’un brun foncé mordoré. Je remarquai qu’elle devenait plus silencieuse en ce temps-là « .

Un jour, de gros nuages survinrent, et on sortit tous les récipients. Mais ils s’effilochèrent, passèrent en ne laissant tomber que quelques gouttes.

Le pire se produisit : le feu envahit les terres qui étaient au plus sec, et il y eut pire encore … il semblait que la tragédie ne finirait pas.

Dans la construction habile de son roman, la narratrice va jusqu’au bout du drame  injuste. Il convient de revenir alors aux premières pages, au  » prologue  » qui prend tout son sens. La narratrice réfléchit:

« Ce fut une longue année que la dernière, et plus pleine de signification que ne l’avaient été les dix précédentes. Il y eut des nuits où je sentais que nous avancions vers une heure terrible et sans espoir mais, lorsque cette heure arriva, elle fut hachée et confuse parce que nous en étions trop près, et ne ne compris même pas bien qu’elle était venue.

Aujourd’hui je puis regarder en arrière et voir les  jours écoulés comme le fait celui qui contemple de loin le passé ; ils ont plus de forme et de sens qu’autrefois. Mais rien n’est jamais fini, on ne laisse rien derrière soi sans retour « .

Une beauté d’écriture qui sert admirablement la profondeur de la réflexion. Le lecteur accompagne la famille courageuse, et ses voisins. On aimerait tellement que quelque chose se produise pour les délivrer de leurs malheurs !

Ce que disait Fellini à Georges Simenon, au cours d’une conversation entre amis, pourrait convenir à ce récit :

 » Lorsqu’on referme un de vos récits,  même s’il finit mal, et en général il finit mal, on y a puisé une énergie nouvelle. Je crois que l’art, c’est ça, la possibilité de transformer l’échec en victoire, la tristesse en bonheur. L’art, c’est le miracle « 

( Dans : L’Express,  4 novembre 1993 )

Josephine Johnson – Novembre – Roman traduit de l’anglais ( Etats-Unis ) par Odette Micheli – Editions Belfond Vintage –  192 pages – 14 Euros

( Tous droits réservés – copyright- etc )

 

 

 

 

 

 

 

Elizabeth George – Une avalanche de conséquences – Traduit de l’anglais ( Etats-Unis ) – Presses de la Cité – ( un grand roman policier en cours de lecture )

 

img_0001

Les lecteurs d’Elizabeth George avaient laissé le sergent Barbara Havers à son retour de Florence.  La revoici, faisant toujours équipe  avec le distingué inspecteur Thomas Linley, à Scotland Yard.

Sa façon très personnelle mais efficace de régler une affaire délicate  a  attiré l’attention de la Supérieure Hiérarchique,  qui la tient à l’oeil, avec dans un tiroir une mutation pré-signée pour un joli coin  bien au Nord.

Mais le destin travaille pour Barbara Havers  car elle croise la route d’une  femme écrivain féministe qui l’intéresse personnellement. Elle assiste  à  une conférence, et est surprise par les manières de la femme qui accompagne l’auteur. Cette assistante se montre en effet très possessive, au point de reprendre la carte que Clare Abbott l’auteur  a remise à Barbara Havers. Or, Clare Abbott  est tout simplement intéressée par le Tshirt très vintage que porte la policière en civil ce jour-là.

Et il se trouve que Clare Abbott est découverte inanimée, et même plus,  dans sa chambre d’hôtel, chambre séparée par une double porte de celle de l’étrange Caroline Goldacre …

Quelque temps après, une autre femme est victime de ce qui semble bien une tentative d’assassinat par empoisonnement.

Barbara Havers veut l’enquête  !  Thomas Linley se fait aussi  admonester par la Supérieure hiérarchique, qui a été sa maîtresse …   il faut  préciser qu’il a beaucoup de mal à se remettre de la mort de sa femme, et  il entretient aussi une liaison suivie avec une jeune femme qui travaille dans un zoo.

Mais qui est Caroline Goldacre, sa famille,  car un de ses deux fils s’est suicidé tout au début du roman … et un autre est bizarre …

Je suis parvenue à la moitié environ de ce gros livre qui compte  615 pages … avec envie de faire durer le plaisir. Elizabeth George a une façon très plaisante, précise,  d’agiter ses personnages,  avec une note de légèreté et d’humour appréciables.

Et je n’ai aucune idée de – qui a pu commettre les forfaits …l’étrange et instable   Caroline peut-être,  qui semble la coupable  désignée. Mais ce serait trop facile !

img_0002

Un roman graphique très émouvant – Lucy Knisley – Ligne de flottaison – Carnet de bord de ma croisière senior – Editions Steinkis

IMG_0003

 » Ligne de flottaison : ligne qui sépare la  partie immergée  de la coque du bateau de celle  qui est émergée « 

Lucy, qui a trente ans environ, vit à New-York, et est très attachée à ses grand-parents. Elle  a autour d’elle une nombreuse famille. Quand Phyllis et Allen, qui sont vraiment très âgés et vivent  en maison de retraite dans le Connecticut décident de se joindre à une croisière dans les Caraïbes, la famille est en émoi. C’est qu’ils ne sont pas si mobiles, et souffrent de divers maux de l’âge. Est-ce bien raisonnable ?

De toutes façons, la croisière au soleil est programmée. Lucy suggère de  les accompagner pendant  ce périple, ce qui rassure tout le monde.

IMG_0005

Lucy prend très au sérieux ce qui se révèle un véritable travail d’  » aide à la personne « . Ce qui l’attriste – mais elle a la franchise de le révéler – c’est de voir ses chers grand-parents décliner … Aussi  elle prend avec elle le recueil de souvenirs de guerre rédigés par Allen à l’intention de ses enfants et petits-enfants, et, le soir, elle en relit quelques pages, pour se consoler.

Elle les protège  ensemble, ou chacun à son tour, quand sa grand-mère perd la mémoire, lorsque  son grand-père connait quelques petites difficultés … fallait-il pousser la franchise jusqu’à tout révéler ? Il s’agit de leur intimité.

Petits déjeuners ensemble dans la cabine des grand-parents, promenades et repos sur le pont, repas à côté de voisins qu’elle n’apprécie pas toujours, spectacles animés d’une façon qui ne lui plait pas du tout, petits moments dans la piscine …  il lui arrive de ne pas dormir tant elle prend ses responsabilités à coeur.  Elle s’évade seulement le temps d’une excursion avec plongée.

Cette semaine passée dans un contexte absolument nouveau  a l’avantage de lui changer les idées, car sa vie personnelle à cette époque n’est pas tout à fait ce qu’elle voudrait. Période hors du temps précieuse pour elle, pour ses grand-parents aussi, car la croisière est certainement leur dernier voyage. Sans elle, ils n’auraient pas pu la faire.

Un récit doux-amer, entre humour  et mélancolie, délicatement illustré, comme un reportage détaillé, dans une très jolie présentation fort soignée, gardes jaune soleil, tranchefile d’un bleu …Caraïbe!

IMG_0006

Lucy Knisley – Ligne de flottaison –  Carnet de bord de ma croisière senior – Traduit de l’anglais ( Etats-Unis ) par Anatole Pons – Editions Steinkis – Relié format 18 x 24  cm -168 pages – 20 Euros

IMG_0004cliquer pour mieux lire

( Tous droits réservés etc – copyright )

 

 

Erskine Caldwell – Haute tension à Palmetto – Roman traduit de l’américain – Editions Belfond Vintage

IMGLes Editions Belfond rééditent dans leur remarquable collection  » Vintage  » un roman très fort de l’un des écrivains prestigieux du Sud, frère en littérature de William Faulkner, John Steinbeck, et aussi de Tennessee Williams.

 » Unité de lieu, de temps « ,  souligne dans sa préface  Yves Berger,  romancier  :  » Le Sud  » ( Prix Fémina,  où il décrit de jeunes passions dans le Sud de la France ), grand connaisseur  des Etats-Unis et de la littérature du Sud. On peut lire un extrait sur la couverture, verso.

Unité d’action  aussi :  le drame se déroule autour de Vernona, personnage central,  en sept jours à Palmetto,  petite ville de 548 habitants, écrasée de chaleur en cette fin septembre, du vendredi après-midi au jeudi soir :

 » On distinguait encore, à l’horizon, une dernière trace de rouge. Ils sortirent de Palmetto et se dirigèrent à l’ouest vers la rase campagne, dépassant les bouquets de palmiers nains  qui poussaient le long de la route.  On avait appelé la ville Palmetto à cause de ces arbres et de leurs feuilles en éventail. Ils poussaient à l’état sauvage  sur tout le plat pays jusqu’à la côte « .

Il y a déjà  tout juste une semaine que la nouvelle institutrice, Vernona, est arrivée, et cette très jolie jeune fille seule de vingt-deux ans, brune  explosive, mais ingénue,  attire l’attention. Elle a pris pension chez Blanche qui la place sous sa protection, en principe, et lui donne des conseils en pensant à son propre intérêt et à la bonne tenue de sa maison.

Une semaine de présence …   Floyd, écolier de seize ans, se déclare passionnément amoureux d’elle, et veut l’épouser. Elle consent assez imprudemment un baiser… Suit Jack Cash, qui a pour habitude de venir saluer chez Blanche chacune des nouvelles institutrices, quinze en quinze ans… et lui apporte, sous l’oeil attendri de l’hôtesse, un bouquet de violettes cueilli près de chez lui. Un peu bizarre… Elle l’éconduit, de même que le fermier veuf qui lui offre une soirée au cinéma et finit par l’emmener près de sa ferme, car il voudrait la prendre à l’essai pendant une semaine…

Elle aimerait le séduisant Milledge Mandrum, politicien influent – qui lui fait livrer deux kilos de  chocolats, mais recule devant l’épouse jalouse… Et elle en évite d’autres, à peu près un par jour, qui viennent la relancer  jusque sur la veranda de Blanche, et dans sa chambre.

Vernona pleure souvent, voudrait se consacrer à son métier d’institutrice afin de ne pas connaitre la vie de sa soeur… Mais elle sert innocemment de révélateur à toutes sortes de pulsions,  de frustrations, de violence qui n’ont jamais été canalisées, éduquées et finissent par se libérer.

Qui sera la victime de la tragédie qu’on pressent inévitable ? La Belle inconsciente ou les personnages qui l’observent et veulent se servir d’elle ?

Pourtant, cette galerie d’hommes bizarres, et de femmes qui ne le sont pas moins, a parfois quelque chose de très drôle, et même réjouissant dans le genre humour noir. Cette forme de récit féroce autant que cynique a fait scandale lors de la sortie du livre en 1951 à sa parution aux Etats-Unis.

IMG_0002

Erskine Caldwell décrit sans état d’âme des personnages éloignés de toutes préoccupations morales, mais soucieux de petits calculs mesquins, et jamais  il ne juge ni ne prend parti. D’où la puissance du récit.

Né en 1903, issu de ce Sud qu’il connait si bien,  il a exercé les métiers les plus divers, machiniste de théâtre, marin, footballeur professionnel, cultivateur, garçon de café, journaliste. Il a tiré  parti de ses expériences pour son oeuvre,  la plus censurée, dit-on, aux Etats-Unis : 30 romans dont La Route au tabac, Bagarre de juillet, Le Petit Arpent du Bon Dieu, –150 nouvelles, 15 volumes de reportages et d’essais  – plus de 80 millions d’exemplaires  dans 43 langues. Il est mort en 1987 à Paradise Valley, en Arizona.

Erskine Caldwell –  Haute tension à Palmetto – Préface d’Yves Berger ( voir extrait au dos du livre ) – Traduit de l’américain par  Anne Villelaur – Editions Belfond – 304 pages – 15 Euros – Collection Belfond Vintage

IMG_0001

( Tous droits réservés, etc – copyright )