Erskine Caldwell – La route au tabac – Roman traduit de l’américain – Belfond Vintage – ( un chef d’oeuvre sombre et splendide )

Un grand classique de la littérature non seulement américaine, mais mondiale, que  Belfond Vintage met à son catalogue, après Le Bâtard, Haute  tension à Palmetto.

Telles sont les première lignes du roman. On voit une scène qui pourrait s’imposer au début d’ un film. Lov, homme seul, épuisé par  la chaleur  et le trajet, chargé de son sac de navets, arrive dans la famille de sa femme Pearl, qui ne parle pas, dort sur un matelas à côté du lit, l’ignore, lui qui est tellement amoureux – et frustré. Il a tout essayé, jusqu’à l’attacher sur le lit pour qu’elle soit plus tendre, et cela n’a pas marché.

Il voudrait que Lester ait une explication avec Pearl, et que sa situation qu’on ne peut guère qualifier de conjugale change enfin. Les navets seraient une monnaie d’échange.

 » Lov ouvrit le sac, choisit un gros navet,  et, l’essuyant avec les mains,  il en mordit trois gros morceaux, l’un après l’autre. Dans la cour et sous la veranda, les femmes Lester  regardaient Lov manger. Ellie May sortit de derrière son azedarac  et vint s’asseoir sur une souche de pin, tout près de Lov.  Ada et la vieille grand-mère  étaient toujours sous la veranda, et elles regardaient  le navet, qui, à à chaque coup de dents, diminuait dans la main de Lov « .

Lov gagne sa vie au dépôt de charbon,  les autres enfants Lester ont rejoint les filatures et ils ne donnent plus signe de vie à leur famille. Ada, la mère, épuisée, voudrait du tabac pour calmer ses maux d’estomac provoqués par la faim. Ellie May, jolie fille obsédée par le sexe, est affligée d’un bec-de-lièvre. Son père fait souvent le projet de  l’emmener à la ville pour la faire opérer, mais  cela reste à l’état d’idée vague. Comme d’ailleurs  son obsession : cultiver la terre et refaire pousser le coton, mais il n’a plus rien, et quand il se rend à la ville pour obtenir du crédit, la réponse est inévitablement  négative. Pourtant il y pense toujours. Même sa voiture est devenue une épave. Dude, le fils qui reste, est un simple d’esprit.  Quant à la grand-mère, rudoyée, rejetée  par  toute la famille, elle s’enveloppe de loques  et souffre de la faim, du manque de tabac aussi. Pourtant il fut un temps où la route au tabac proche apportait la prospérité.

Ce jour-là,  la faim est la plus forte, et Lov est dépouillé de son sac de navets, dévoré crus par la famille.

Un jour, quelqu’un  arrive. Bessie,  prédicatrice  d’une religion dont elle est la seule adepte, vient rendre visite à la famille, et elle fait des avances à Dude. Le mariage se conclut à la ville proche très rapidement, et Bessie l’a obtenu en faisant miroiter la forte assurance-vie qu’elle vient de toucher à la mort de son ancien mari. La somme est immédiatement dilapidée dans l’achat d’une voiture toute neuve, qui ne reste pas huit jours dans cet état … et c’est le seul moment drôle – ou plutôt caustique de ce roman terrible dont on pourrait trouver un équivalent chez Emile Zola ou Guy de Maupassant. Rien ne vient éclairer ces ténèbres, aucune lueur, aucune compassion si ce n’est celle que le lecteur finit par éprouver pour ces victimes d’une crise qui les dépasse.

On se doute que le roman ne peut pas bien se terminer. Celle  qui s’en sort, c’est Pearl, qui quitte Lov et va tenter sa chance à la ville, comme ses frères et soeurs. Dude, Ellie May, peut-être.

Le génie du romancier est de donner de la beauté au sordide, par la force, la sobriété de son écriture et d’en faire une oeuvre d’art. Un livre comme un témoin pour que les victimes ne soient pas oubliées. De par le monde, il existe des conditions de survie, ou de non-vie aussi tragiques que  celles-là. Mais il n’y a pas de Mère Teresa partout et à toutes les époques !  Ainsi le roman atteint l’universel.

Erskine Caldwell – La route au tabac – Roman traduit de l’américain par  Maurice-Edar Coindreau – Editions Belfond- Vintage –  223 pages-  17 Euros

 

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Josephine Johnson – Novembre – Roman ( Etats-Unis ) – Editions Belfond Vintage

Voici un grand livre, pas seulement un très bon roman, qui a une portée universelle et prend place dans la littérature de tous les temps, tous les pays.

L’auteur, Josephine Johnson, avait seulement vingt quatre ans lorsque  le chef d’oeuvre, qu’elle publia en  1934, obtint le  prestigieux Prix Pulitzer en 1935 : elle reste  la plus jeune lauréate pour un livre d’une grande maturité, qui n’évoque pas seulement les tragédies de la Grande Dépression, comme ses confrères John Steinbeck, William Faulkner,  mais parle à tout être humain des coups du sort, d’injustice, d’épreuves,   de fatalité et de beauté.

Souvenez-vous,  pour Scarlett d' » Autant en emporte le vent « , la terre de Tara était la seule chose qui comptait, la terre solide où elle revenait dans les tourmentes de sa vie,  » the red earth of Georgia « …
Chez Josephine Johnson, même la terre trahit.

Arnold Harmarne a cinquante sept ans au début du récit  et il a été élevé à la campagne, qu’il a quittée à seize ans :  » pour s’en aller à Bone, se créant là-bas une situation dans les fabriques de bois de construction.  Grâce à son sens de l’économie, il avait fait une ascension lente et dure, comme un chêne ou un frêne qui pousse avec effort mais dont le bois a bien plus de valeur que celui du peuplier qui s’élance de deux pieds en une saison.

Maintenant il était rabattu à la racine. Ce doit être une étrange expérience pour un homme que de travailler des années durant pour obtenir la sécurité et la paix et de voir en quelques mois le tout réduit à zéro; d’éprouver ce sentiment singulier de vide et de noir que donne le fait de n’être plus utile nulle part. Tout lui était venu lentement, et reparti d’un seul coup, aussi était-il devenu méfiant envers la terre elle-même.

Nous emportions nos lits dans le chariot. Notre voiture était vendue ainsi que la plus grande partie du mobilier. « 

La famille garde ce qu’on ne peut enlever : les souvenirs, et aussi les livres – ajoute l’auteur – parce qu’il y en avait trop à vendre,  » que la planète en était déjà encombrée « .

Elle retourne dans les collines du Middle West, là où se trouve le domaine, maison et terres, collines et vergers :

 » La maison était ancienne, et construite non pas de  poutres, mais de planches, de haut en bas,  à la manière des granges. Elle était recouverte de jasmin et de vigne vierge rouge enchevêtrés en lourdes masses au-dessus du porche.Le raisin sauvage noir  mûrissait sur la margelle du puits, et sur la pompe, il y avait un plant de vigne cultivée …   Ce premier printemps où tout nous paraissait nouveau, je le revois sous deux aspects  différents : l’un voilé de crainte et d’angoisse, partout où se trouvait Père, et comme sous un brouillard gris. Ce brouillard n’était pas toujours visible, mais toujours là; et cependant il se mêlait un autre sentiment à celui-ci,  notre amour pour le pays lui-même, changeant et beau à toute heure et de mille aspects divers « .

Leur Mère voit les pentes  chargées de pommiers anciens  qui semblent forts et beaux. Elle se représente les efforts à faire  pour la cueillette, mais elle en est simplement  heureuse. Sa fille, la narratrice,  Merle, sa petite soeur qui a dix ans, prennent cette vie nouvelle pour une grande aventure, observent les oiseaux, des animaux inconnus,  se réjouissent de trouver des pelouses de myosotis ou de pensées sauvages. Pourtant Margot comprend  que non seulement la  terre, mais la maison, sont grevés d’hypothèques, ce qui mine son père et lui donne une inquiétude  permanente. Quand sa mère le découvre également, alors qu’elle se croyait à l’abri, elle  garde simplement au fond d’elle  :   » une espèce de paix intérieure. Je pense que c’était la foi « ,  dit sa fille.

Tous les ans, il faut trouver l’argent pour payer les hypothèques …

Pendant dix ans, le temps du récit, la famille se répartit les tâches, et vit pratiquement en autarcie.

On trait les vaches, et on vend le lait à la ville voisine … on vend aussi les oeufs, la volaille, les porcs  et les lapins. Il y a tout ce qu’il faut pour du pain, et  le gâteau d’anniversaire.

On n’achète que peu de choses : les fameuses rondelles pour  fermer les bocaux de légumes ou de fruits. Tout pousse, et il leur arrive de passer des nuits afin que les abondantes récoltes de cerises  soient  transformées en conserves. Le climat est rude mais  ils savourent  les épinards, et les fraises.

Vu de l’extérieur, cela semble une parfaite répartition, et une véritable organisation. Le père a embauché un aide, qui le quitte pour travailler sur le chantier d’une route. Son remplaçant est Grant Koven, un des fils du fermier voisin. Pour salaire, il a les repas et une participation aux ventes des récoltes.

Ils ont aussi deux fermiers voisins, les Rothman au  Nord qui ont une meilleure terre, les Ramsey, plus au Sud,  des Noirs moins bien lotis, avec cinq  enfants, dont deux adoptés. Tous s’entendent bien, se prêtent aide, secours, outils, se rendent service.

Karren, la fille aînée, à la beauté sauvage, est aussi une préoccupation pour son père.  Elle mène sa vie propre, et il lui arrive de partir au galop avec l’alezan parcourir la campagne … son père alors malgré sa fatigue veille jusqu’à son retour. Elle inquiète sa soeur Margot qui remarque à quel point son attitude trouble la famille …  Elle provoque un drame le jour de  l’anniversaire de son père, et on peut considérer qu’après ce jour, la vie sera compliquée. Cependant la paix revient quand Karren remplace  l’institutrice et est absente toute la journée.

Quelque chose ne va vraiment pas avec Karren, car Margot va à l’école voir  comment  se comporte sa soeur, et ce qu’elle constate l’effraie, au point qu’elle avertit ses parents que Karren est incapable d’enseigner, que les enfants ne peuvent rien apprendre avec elle.

Courageuse Margot, mais comment faire comprendre à Karren que la seule solution est de revenir à la ferme … Il le faut pourtant.

Un jeune  homme sympathique et séduisant, Grant,  et trois jeunes filles. On pourrait penser qu’il y aura  une rivalité amoureuse ? Pas du tout ! Les trois soeurs aiment Grant :  chacune son secret.

Même l’homme qui vient chaque année récolter   » les loyers « , les hypothèques, se montre  chaleureux et humain.

La tragédie vint du  ciel. Lors du printemps de la dixième année, la pluie se fit attendre. Les mois passèrent, et la chaleur envahit tout :

 » En juillet la moitié du maïs avait péri et crissait dans les champs comme du papier.  Les pâturages étaient carbonisés. Je tombai dans les bois un jour, la poussière des feuilles mortes s’envola en un nuage. Le lait tarissait dans les mamelles des vaches. Nous entendions dire que les prix montaient,  mais Père ne gagnait pas davantage  sur son lait et obtenait moins d’argent pour les vaches  qu’il vendait puisque les autres fermiers faisaient de même…  Les mares  n’étaient plus qu des trous béants, craquelés, lisses de boue séchée. J’entendais continuellement meugler les veaux dans les pâturages, ils avaient chaud et soif mais je ne pouvais leur donner à boire que le soir.

Il fallait aller puiser de l’eau à trois milles de là dans un étang, et les chevaux avaient des plaies, même après leur repos durant  le temps  où nous avions emprunté les mulets de Ramsey.  La chaleur était comme une main posée  sur le visage nuit et jour. Quand tout serait mort enfin,  je pensais que nous serions délivrés de l’espoir, mais l’espoir est une obsession qui ne meurt jamais.  Peut-être les mares vont-elles se remplir … Les pâturages d’automne  pourraient reprendre avec la pluie,  l’eau monterait dans les citernes…  Il y avait toujours cette horrible torture de l’espoir  qui ne mourrait qu’avec la vie.

Merle, seule, ne semblait pas se douter de la chaleur.  Elle travaillait aux champs avec Père et Grant, elle était bronzée d’un brun foncé mordoré. Je remarquai qu’elle devenait plus silencieuse en ce temps-là « .

Un jour, de gros nuages survinrent, et on sortit tous les récipients. Mais ils s’effilochèrent, passèrent en ne laissant tomber que quelques gouttes.

Le pire se produisit : le feu envahit les terres qui étaient au plus sec, et il y eut pire encore … il semblait que la tragédie ne finirait pas.

Dans la construction habile de son roman, la narratrice va jusqu’au bout du drame  injuste. Il convient de revenir alors aux premières pages, au  » prologue  » qui prend tout son sens. La narratrice réfléchit:

« Ce fut une longue année que la dernière, et plus pleine de signification que ne l’avaient été les dix précédentes. Il y eut des nuits où je sentais que nous avancions vers une heure terrible et sans espoir mais, lorsque cette heure arriva, elle fut hachée et confuse parce que nous en étions trop près, et ne ne compris même pas bien qu’elle était venue.

Aujourd’hui je puis regarder en arrière et voir les  jours écoulés comme le fait celui qui contemple de loin le passé ; ils ont plus de forme et de sens qu’autrefois. Mais rien n’est jamais fini, on ne laisse rien derrière soi sans retour « .

Une beauté d’écriture qui sert admirablement la profondeur de la réflexion. Le lecteur accompagne la famille courageuse, et ses voisins. On aimerait tellement que quelque chose se produise pour les délivrer de leurs malheurs !

Ce que disait Fellini à Georges Simenon, au cours d’une conversation entre amis, pourrait convenir à ce récit :

 » Lorsqu’on referme un de vos récits,  même s’il finit mal, et en général il finit mal, on y a puisé une énergie nouvelle. Je crois que l’art, c’est ça, la possibilité de transformer l’échec en victoire, la tristesse en bonheur. L’art, c’est le miracle « 

( Dans : L’Express,  4 novembre 1993 )

Josephine Johnson – Novembre – Roman traduit de l’anglais ( Etats-Unis ) par Odette Micheli – Editions Belfond Vintage –  192 pages – 14 Euros

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Elizabeth George – Une avalanche de conséquences – Traduit de l’anglais ( Etats-Unis ) – Presses de la Cité – ( un grand roman policier en cours de lecture )

 

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Les lecteurs d’Elizabeth George avaient laissé le sergent Barbara Havers à son retour de Florence.  La revoici, faisant toujours équipe  avec le distingué inspecteur Thomas Linley, à Scotland Yard.

Sa façon très personnelle mais efficace de régler une affaire délicate  a  attiré l’attention de la Supérieure Hiérarchique,  qui la tient à l’oeil, avec dans un tiroir une mutation pré-signée pour un joli coin  bien au Nord.

Mais le destin travaille pour Barbara Havers  car elle croise la route d’une  femme écrivain féministe qui l’intéresse personnellement. Elle assiste  à  une conférence, et est surprise par les manières de la femme qui accompagne l’auteur. Cette assistante se montre en effet très possessive, au point de reprendre la carte que Clare Abbott l’auteur  a remise à Barbara Havers. Or, Clare Abbott  est tout simplement intéressée par le Tshirt très vintage que porte la policière en civil ce jour-là.

Et il se trouve que Clare Abbott est découverte inanimée, et même plus,  dans sa chambre d’hôtel, chambre séparée par une double porte de celle de l’étrange Caroline Goldacre …

Quelque temps après, une autre femme est victime de ce qui semble bien une tentative d’assassinat par empoisonnement.

Barbara Havers veut l’enquête  !  Thomas Linley se fait aussi  admonester par la Supérieure hiérarchique, qui a été sa maîtresse …   il faut  préciser qu’il a beaucoup de mal à se remettre de la mort de sa femme, et  il entretient aussi une liaison suivie avec une jeune femme qui travaille dans un zoo.

Mais qui est Caroline Goldacre, sa famille,  car un de ses deux fils s’est suicidé tout au début du roman … et un autre est bizarre …

Je suis parvenue à la moitié environ de ce gros livre qui compte  615 pages … avec envie de faire durer le plaisir. Elizabeth George a une façon très plaisante, précise,  d’agiter ses personnages,  avec une note de légèreté et d’humour appréciables.

Et je n’ai aucune idée de – qui a pu commettre les forfaits …l’étrange et instable   Caroline peut-être,  qui semble la coupable  désignée. Mais ce serait trop facile !

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Un roman graphique très émouvant – Lucy Knisley – Ligne de flottaison – Carnet de bord de ma croisière senior – Editions Steinkis

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 » Ligne de flottaison : ligne qui sépare la  partie immergée  de la coque du bateau de celle  qui est émergée « 

Lucy, qui a trente ans environ, vit à New-York, et est très attachée à ses grand-parents. Elle  a autour d’elle une nombreuse famille. Quand Phyllis et Allen, qui sont vraiment très âgés et vivent  en maison de retraite dans le Connecticut décident de se joindre à une croisière dans les Caraïbes, la famille est en émoi. C’est qu’ils ne sont pas si mobiles, et souffrent de divers maux de l’âge. Est-ce bien raisonnable ?

De toutes façons, la croisière au soleil est programmée. Lucy suggère de  les accompagner pendant  ce périple, ce qui rassure tout le monde.

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Lucy prend très au sérieux ce qui se révèle un véritable travail d’  » aide à la personne « . Ce qui l’attriste – mais elle a la franchise de le révéler – c’est de voir ses chers grand-parents décliner … Aussi  elle prend avec elle le recueil de souvenirs de guerre rédigés par Allen à l’intention de ses enfants et petits-enfants, et, le soir, elle en relit quelques pages, pour se consoler.

Elle les protège  ensemble, ou chacun à son tour, quand sa grand-mère perd la mémoire, lorsque  son grand-père connait quelques petites difficultés … fallait-il pousser la franchise jusqu’à tout révéler ? Il s’agit de leur intimité.

Petits déjeuners ensemble dans la cabine des grand-parents, promenades et repos sur le pont, repas à côté de voisins qu’elle n’apprécie pas toujours, spectacles animés d’une façon qui ne lui plait pas du tout, petits moments dans la piscine …  il lui arrive de ne pas dormir tant elle prend ses responsabilités à coeur.  Elle s’évade seulement le temps d’une excursion avec plongée.

Cette semaine passée dans un contexte absolument nouveau  a l’avantage de lui changer les idées, car sa vie personnelle à cette époque n’est pas tout à fait ce qu’elle voudrait. Période hors du temps précieuse pour elle, pour ses grand-parents aussi, car la croisière est certainement leur dernier voyage. Sans elle, ils n’auraient pas pu la faire.

Un récit doux-amer, entre humour  et mélancolie, délicatement illustré, comme un reportage détaillé, dans une très jolie présentation fort soignée, gardes jaune soleil, tranchefile d’un bleu …Caraïbe!

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Lucy Knisley – Ligne de flottaison –  Carnet de bord de ma croisière senior – Traduit de l’anglais ( Etats-Unis ) par Anatole Pons – Editions Steinkis – Relié format 18 x 24  cm -168 pages – 20 Euros

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Erskine Caldwell – Haute tension à Palmetto – Roman traduit de l’américain – Editions Belfond Vintage

IMGLes Editions Belfond rééditent dans leur remarquable collection  » Vintage  » un roman très fort de l’un des écrivains prestigieux du Sud, frère en littérature de William Faulkner, John Steinbeck, et aussi de Tennessee Williams.

 » Unité de lieu, de temps « ,  souligne dans sa préface  Yves Berger,  romancier  :  » Le Sud  » ( Prix Fémina,  où il décrit de jeunes passions dans le Sud de la France ), grand connaisseur  des Etats-Unis et de la littérature du Sud. On peut lire un extrait sur la couverture, verso.

Unité d’action  aussi :  le drame se déroule autour de Vernona, personnage central,  en sept jours à Palmetto,  petite ville de 548 habitants, écrasée de chaleur en cette fin septembre, du vendredi après-midi au jeudi soir :

 » On distinguait encore, à l’horizon, une dernière trace de rouge. Ils sortirent de Palmetto et se dirigèrent à l’ouest vers la rase campagne, dépassant les bouquets de palmiers nains  qui poussaient le long de la route.  On avait appelé la ville Palmetto à cause de ces arbres et de leurs feuilles en éventail. Ils poussaient à l’état sauvage  sur tout le plat pays jusqu’à la côte « .

Il y a déjà  tout juste une semaine que la nouvelle institutrice, Vernona, est arrivée, et cette très jolie jeune fille seule de vingt-deux ans, brune  explosive, mais ingénue,  attire l’attention. Elle a pris pension chez Blanche qui la place sous sa protection, en principe, et lui donne des conseils en pensant à son propre intérêt et à la bonne tenue de sa maison.

Une semaine de présence …   Floyd, écolier de seize ans, se déclare passionnément amoureux d’elle, et veut l’épouser. Elle consent assez imprudemment un baiser… Suit Jack Cash, qui a pour habitude de venir saluer chez Blanche chacune des nouvelles institutrices, quinze en quinze ans… et lui apporte, sous l’oeil attendri de l’hôtesse, un bouquet de violettes cueilli près de chez lui. Un peu bizarre… Elle l’éconduit, de même que le fermier veuf qui lui offre une soirée au cinéma et finit par l’emmener près de sa ferme, car il voudrait la prendre à l’essai pendant une semaine…

Elle aimerait le séduisant Milledge Mandrum, politicien influent – qui lui fait livrer deux kilos de  chocolats, mais recule devant l’épouse jalouse… Et elle en évite d’autres, à peu près un par jour, qui viennent la relancer  jusque sur la veranda de Blanche, et dans sa chambre.

Vernona pleure souvent, voudrait se consacrer à son métier d’institutrice afin de ne pas connaitre la vie de sa soeur… Mais elle sert innocemment de révélateur à toutes sortes de pulsions,  de frustrations, de violence qui n’ont jamais été canalisées, éduquées et finissent par se libérer.

Qui sera la victime de la tragédie qu’on pressent inévitable ? La Belle inconsciente ou les personnages qui l’observent et veulent se servir d’elle ?

Pourtant, cette galerie d’hommes bizarres, et de femmes qui ne le sont pas moins, a parfois quelque chose de très drôle, et même réjouissant dans le genre humour noir. Cette forme de récit féroce autant que cynique a fait scandale lors de la sortie du livre en 1951 à sa parution aux Etats-Unis.

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Erskine Caldwell décrit sans état d’âme des personnages éloignés de toutes préoccupations morales, mais soucieux de petits calculs mesquins, et jamais  il ne juge ni ne prend parti. D’où la puissance du récit.

Né en 1903, issu de ce Sud qu’il connait si bien,  il a exercé les métiers les plus divers, machiniste de théâtre, marin, footballeur professionnel, cultivateur, garçon de café, journaliste. Il a tiré  parti de ses expériences pour son oeuvre,  la plus censurée, dit-on, aux Etats-Unis : 30 romans dont La Route au tabac, Bagarre de juillet, Le Petit Arpent du Bon Dieu, –150 nouvelles, 15 volumes de reportages et d’essais  – plus de 80 millions d’exemplaires  dans 43 langues. Il est mort en 1987 à Paradise Valley, en Arizona.

Erskine Caldwell –  Haute tension à Palmetto – Préface d’Yves Berger ( voir extrait au dos du livre ) – Traduit de l’américain par  Anne Villelaur – Editions Belfond – 304 pages – 15 Euros – Collection Belfond Vintage

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Christina Baker Kline – Le train des orphelins – Roman traduit de l’américain – Editions Belfond

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 » A travers les murs de sa chambre, Molly entend ses parents d’accueil parler d’elle dans le salon, juste derrière sa porte.   » Ce n’est pas ce qui était prévu, argumente Dina.  Si j’avais su que c’était une enfant à problèmes, je n’aurais jamais été d’accord.

  – Je sais, je sais « . La voix de Ralph est lasse.  C’est lui, Molly en est consciente, qui voulait   devenir parent d’accueil. Il y a longtemps, à l’époque de sa jeunesse, alors qu’il était un  » adolescent en souffrance  » – il n’en avait pas dit plus -, un assistant social de son école l’avait enrôlé dans le programme Big Brother. Et c’était lui, ce grand frère – ce mentor, comme il l’appelle – qui l’avait maintenu dans le droit chemin. Dina, au contraire, s’était montrée soupçonneuse à l’égard de Molly « .

Molly est arrivée dans ce foyer d’accueil après des épreuves.  Elle avait huit ans quand son père est mort dans un accident de voiture. Sa mère n’a pas supporté et a entamé une descente aux enfers d’où elle semble ne pas revenir.  A neuf ans, Molly a déjà fait l’essai d’ une autre famille, puis a été confiée à d’autres,  avec pour tout bien les trois pendentifs porte-bonheurs offerts par son père  à ses huit ans, juste avant… Son vrai trésor, c’est sa curiosité intellectuelle.

…  » c’est d’ailleurs la seule chose qui l’a empêchée de dérailler. Son look gothique lui permet d’emblée de  montrer qu’elle ne se sent pas tenue de suivre les conventions  et qu’elle est libre de se  comporter aussi bizarrement  qu’elle le souhaite, en toutes circonstances. Elle lit tout le temps –  dans les couloirs, à la cafétéria – essentiellement des romans mettant en scène des protagonistes tourmentés : Virgin suicides, l’Attrape-Coeurs, La Cloche de détresse.  Elle note également dans un petit carnet les mots dont elle apprécie tout particulièrement la sonorité « …

C’est son amour des livres,  sa prédilection pour  Jane Eyre, qui  a aggravé sa situation. Il y avait trois exemplaires de ce roman  à la bibliothèque, et après les avoir empruntés plusieurs fois, elle a cédé à l’envie – au besoin – d’avoir un exemplaire bien à elle  :  elle a choisi le plus abîmé des trois. Mais il était équipé d’une bande magnétique qui a donné l’alerte !

Il est question de l’envoyer dans un centre, mais  le pire est évité : Molly pourra effectuer  des heures d’intérêt général, chez une dame  très âgée qui souhaite faire ranger son grenier.

C’est ainsi que Molly, dix-sept ans, métisse, Indienne penobscot  par son père, se rend dans la belle maison de Vivian Daly, quatre-vingt-onze ans, qui immédiatement s’intéresse à  elle, à son allure, et lui confie que, venue d’Irlande avec ses parents, elle est devenue orpheline à peu près au même âge qu’elle et qu’elles ont au moins cela en commun :

New-York, 1929 – Récit de Vivian, qui relate l’arrivée de leur famille, l’extrême pauvreté, l’incendie qui ravage l’immeuble, son  père disparu dans les flammes, sa petite soeur morte de  ses brûlures, sa mère perdant la raison,elle-même confiée à une oeuvre, la Société d’aide aux enfants.

Nommée  » Niamh « , évaluée, elle se retrouve avec une vingtaine d’autres enfants, filles et garçons, dans un train à destination du Midwest sous le contrôle d’accompagnateurs qui leur indiquent ce qui les attend :

 » Les enfants, vous  voici à  bord  de ce qu’on appelle un train d’orphelins et vous avez de la  chance d’en faire partie.  Vous laissez derrière vous un lieu diabolique où règnent l’ignorance, la pauvreté, et le vice.  A la place, vous allez découvrir la noblesse de la vie à la campagne. ..  si votre comportement se révèle problématique, si vous vous  montrez incapables de suivre des règles de conduite  élémentaires, vous serez renvoyés là d’où vous venez,  laissés dans la rue où vous vous débrouillerez seuls « .

Lorsque le train s’arrête, lors de ce voyage éprouvant, des gens viennent choisir des enfants, le plus  souvent des fermiers qui souhaitent une main d’oeuvre gratuite. C’est ainsi que Dutchy, le jeune garçon avec qui elle a lié amitié, est  pris par un fermier qui lui tâte le bras, lui fait ouvrir la bouche… Carmine, le bébé dont elle s’est occupée, part dans une famille qui voudrait un petit enfant et semble assez gentille.  C’est au prochain arrêt que Niamh trouve preneur, chez des gens qui demandent d’abord si elle sait coudre. Elle s’appellera   » Dorothy  » et travaillera dur dans un atelier jusqu’à ce que les Byrne fasse de  mauvaises affaires.  On vient chercher Niamh-Dorothy  qui sera envoyée à la campagne – ce sera pire.

Sa chance, c’est la maîtresse d’école, Miss Larsen, qui la prend sous sa protection. Une nuit  où  la presque jeune fille a trop peur, elle fuit et va retrouver dans le froid extrême Miss Larsen   …

Comment Vivian devient la   femme avisée  d’un entrepreneur … comment elle retrouve Dutchy,  comment  Vivian et Molly se font confiance et lient  amitié …  c’est ce qu’on  découvre dans ce roman plein d’humanité, extrêmement bouleversant,  surprenant, à la Dickens. Happy end bienvenue toutefois, pour l’optimisme, avec un rien d’humour.

Car ces  » trains d’orphelins  » ont réellement existé entre  1854 et 1929, ces malheurs enfantins aussi, puisqu’il y a eu plus de 200 000 enfants convoyés, abandonnés  sans vrai contrôle à des familles qui ont le plus souvent vu en eux une possible exploitation sans frais.

Ce beau roman témoigne pour eux.

Christina Baker Kline – Le train des orphelins – Roman traduit de l’américain par  Carla Lavaste – Editions Belfond – 351 pages –  20,50 euros

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Humour – Bill Bryson – American rigolos – Chroniques d’un grand pays – Petite Bibliothèque Payot / Voyageurs

IMG Ce petit livre joyeux m’a été conseillé par la libraire – alors que je n’étais pas vraiment attirée par la couverture –  ni par la présentation de la 4 ème page de couverture – mais  si vous cherchez  à rire pendant plusieurs heures, comme je l’ai fait,  il est pour vous !

Il a d’autres avantages : en édition de poche,  il est maniable et léger. C’est un parfait compagnon de voyage.

Journaliste, voyageur, Bill Bryson  observe ses contemporains, et jour après jour, rédige ses chroniques pertinentes qui sont autant de documents sociologiques. Né aux Etats-Unis, il a vécu dans le Yorkshire en Grande-Bretagne pendant une vingtaine d’ années. Il a épousé une Anglaise et, parce qu’il voyage beaucoup, est revenu aux USA, New Hampshire, avec sa petite famille ( ils ont plusieurs enfants ).

Précisément, les voyages !  Ils font l’objet de plusieurs chapitres, notamment les déplacements en avion, qui ne sont plus ce qu’ils étaient quand il voyageait avec son père,  les autoroutes,  l’air trop climatisé, partout, les hôtels … Et  la vie quotidienne, la surabondance  dans les supermarchés, trop de sortes de yaourts, trop de tout … ( et nous y sommes, en France  ! ), la nourriture de façon générale,  ses difficultés avec son ordinateur et l’informatique, les films, les cinémas,  les procès si fréquents  …

Ses thèmes sont extrêmement variés, avec la  note d’émotion  quand il évoque le départ de son fils pour l’Université, le jardinage,  les préparatifs de Noël. Voici un extrait :IMG_0002 Bill Bryson – Américan rigolos – Chroniques d’un grand pays – Traduit de l’anglais ( Etats-Unis) par  Christiane et David Ellis –  Petite Bibliothèque Payot / Voyages – 384 pages – 9, 15 Euros IMG_0001 ( Tous droits réservés, etc – copyright )