Lisa Ballantyne – Au loup – roman policier traduit de l’anglais – Belfond Noir

Comment se fait-il qu’Angela, treize ans, ait pu autant changer ? Elle était une bonne élève, sérieuse, sociable, et la voilà qui ne travaille plus. Elle en arrive à se bagarrer avec  une de ses camarades,  au point de lui arracher des cheveux.  Sa mère, Donna,  est convoquée par M. Pickering, le principal, qui lui annonce la sanction : Angela sera exclue pendant une semaine. Il a demandé si tout allait bien à la maison, et Donna a assuré que la séparation s’était bien passée, ce qui était tout le contraire de la réalité.

De plus, Angela avale des quantités de bonbons, ce qui agace aussi sa mère. Elle avertit sa fille qu’elle  prend du volume, et est moins jolie. Et si c’était ce que veut Angela ? Grossir, s’enrober d’une protection ? Cela ne suffit pas, et Angela fait une tentative de suicide, avec une forte quantité de comprimés. Et Donna est obligée de mettre au courant le père éloigné, Stephen le policier, qui s’est mis à détester Donna. De son  côté, elle boit un verre, une bouteille, pour se réconforter…

Dans une autre famille, celle de Marina, Dick, et leurs deux jeunes enfants, la soirée s’annonce bien :

 » C’était un vendredi comme les autres. Marina rinçait des  crevettes fraîches sous l’eau pendant qu’à l’étage, Nick donnait le bain aux enfants. Un rioja avait été mis à décanter et la cuisine embaumait l’ail. La fameuse paella de Marina mijotait sur la gazinière, le riz s’imprégnait  du suc des tomates et des oignons.  Les vendredis, Marina  rentrait du travail  aux alentours de 18 heures et, plutôt que de sortir,  ils aimaient rester chez eux pour pouvoir discuter et se détendre une fois les enfants couchés.  C’était leur moment préféré de la semaine. Nick avait nourri les petits, juste avant le retour de Marina… A présent, ils prenaient leur bain ensemble : Ava, quatre ans, faisait des gâteaux avec la mousse du savon et Nick devait faire semblant de les manger. »

Après sa tentative de suicide, Angela a été  hospitalisée, et elle a révélé à sa mère que son professeur d’art dramatique l’a agressée sexuellement. Et tout s’enchaîne, malheureusement pour Nick, le professeur de théâtre si sympathique, acteur connu par ailleurs.

C »st terrible aussi pour sa famille, car Marina ne demande qu’à croire son mari qui lui assure qu’il n’a rien fait de tel. Mais si c’était vrai ? Le doute s’installe chez elle.

L’enquête suit son cours, dramatiquement, car en attendant les résultats des tests,  Nick n’a plus le droit de voir ses enfants,  d’aller les chercher en classe. Il ne doit avoir aucun contact avec eux et la situation se dramatise encore quand  il est privé de son activité d’enseignant. En peu de temps, il est mis au ban de la société, alors qu’il ne comprend pas  et qu’il proteste de son innocence.

Du côté d’Angela, d’autres surprises attendent sa mère… L’adolescente avait un petit ami, et de plus, elle est enceinte.  Qui est le malheureux papa ?

Le dicton selon lequel  » il n’y a pas de fumée sans feu  » est faux, évidemment. Mais qui trompe qui ? Qui joue un rôle jusqu’à l’extrême, jusqu’à la révélation stupéfiante ?

Excellent suspense dans un ou même deux huis-clos  familiaux, une histoire qui peut se produire, hélas.

Lisa Ballantyne mène le jeu, et le lecteur est conquis/e.

Lisa Ballantyne – Au loup- Roman traduit de l’anglais   » Little  liar  »  par Carla Lavaste – Editions Belfond NOIR – 342 pages  – 20 Euros

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Lisa Ballantyne – Le piège de la mémoire – roman ( suspense ) – traduit de l’anglais – Editions Belfond

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Un magnifique suspense, un roman  multiple, très riche, par ses rapports à l’enfance, l’amour ou la  méchanceté – en famille, ou ailleurs, la fameuse  » résilience  « ,  le bien, le mal, l’amour maternel, l’amour paternel – et un road-movie sur  les routes de Grande-Bretagne depuis le Nord extrême jusqu’au Sud.

La construction habile, impeccable, fait alterner les périodes, celle  qui se situe  en décembre 2013,  et les journées  de la fin 1985.

Une scène  forte au tout début situe l’action, en cette fin 2013,  en même temps que  les personnages principaux.
Margaret est enseignante à Londres, et après avoir terminé sa journée, elle reprend sa voiture pour rentrer à la maison, où l’attend sa famille, son  mari Ben et ses deux jeunes enfants. En tant que directrice adjointe de la Byron Academy, elle s’est occupée particulièrement d’un élève, Stephen, à qui elle veut donner toutes ses chances, alors qu’il est considéré comme difficile, et précisément, il vient de faire une bêtise. Soucieuse, elle tombe dans la neige qui commence à envahir le paysage, se blesse au genou,  puis  sa voiture est prise dans une file  :

 » Margaret ne vit pas ce qui heurta soudain sa voiture, mais elle sentit un choc brutal à l’arrière, et l’airbag se déploya violemment sur elle. Malgré son coup de frein brutal,  son véhicule vint emboutir  la jeep,  et le bruit de la tôle froissée  lui coupa le souffle. Le capot se souleva, puis tout devint noir    …   Après avoir essayé, sans succès d’ouvrir la portière côté conducteur, Margaret se  pencha  pour attraper son sac dont le contenu  s’était répandu  sur le plancher, mais, dans l’obscurité de l’habitacle, elle n’arriva pas à localiser son téléphone.  De même, elle ne réussit pas à  ouvrir la portière  passager, elle aussi endommagée par la collision. 

Derrière le capot,  on apercevait une lueur, comme si le moteur avait pris feu « .

Elle tente de casser la vitre, de ses poings, avec ses chaussures, mais n’y parvient pas et la peur la gagne.  Mais elle voit surgir la grande silhouette d’un homme qui se penche vers elle, et qui, après bien des tentatives,  casse la vitre avec sa main, et évidemment se blesse. Il la tire hors de la voiture juste avant l’explosion, et elle remarque  qu’il  la protège quand ils tombent sur le talus.  Elle a tout juste le temps de voir que le visage de l’inconnu est plein de cicatrices de brûlures, et qu’il est blessé à la tête. Puis les secours arrivent, et préviennent  Ben. L’inconnu est parti dans la nuit, et elle se promet de le retrouver afin de s’assurer qu’il est soigné, lui aussi.

Des années auparavant, il est question de  l’épouvantable famille  McLaughlin, à Glasgow.  Big George, le gentil géant, yeux bleus, cheveux noirs, a survécu après les coups donnés à l’école par une non moins  épouvantable religieuse et les passages à tabac de son père  – un monstre détesté autant que craint. Mais il ne sait toujours pas lire ni écrire. Il doit donc travailler dans l’entreprise familiale, un garage où se passent des choses inquiétantes. Son éclaircie dans  la vie, c’est son amour pour Kathleen, et Molly, la petite fille qu’ils ont eue ensemble  et qu’il a reconnue. Il a demandé Kathleen en mariage deux fois,  et elle n’a pas pas accepté, non pas parce qu’elle ne l’aime pas, bien au contraire mais son besoin de sécurité a été le plus fort. Elle a épousé un homme qui aime Molly, maintenant âgée de sept ans, comme sa fille.

George ne cesse de penser à Kathleen et à Molly.  Il pense que le moment est venu d’aller les chercher, toutes les deux, et de partir ensemble, puisqu’il a réussi à subtiliser un gros sac d’argent  trouvé dans le garage.  Cela ne se passe  pas comme il le souhaitait.  Kathleen l’aime toujours, mais elle reste avec John.  Georges veut voir sa fille, et il la rencontre sur le chemin de l’école alors qu’elle tente de se défendre contre d’autres petites filles qui se moquent d’elle  et de son oeil souffrant caché par un bandeau façon corsaire, elle  si charmante.

C’est très simple :  George  prend sa fille avec lui pour la protéger …  et ils partent en voiture ensemble. George lui explique la situation, dit à Molly qu’il est son vrai papa, mais l’enfant prend peur …  Et les voilà en route,  menant une vie de fuyards pourchassés par la police, car Kathleen a donné l’alarme. D’autres enlèvements d’enfants ont eu lieu dans la région.

Son plan est de retrouver dans le sud de l’Angleterre une  maison que sa mère lui a transmise.

Ils y parviendront, en nouant des liens très forts, le père protecteur, l’enfant courageuse, vive, qui s’adapte à la situation  …

Ce que George savait, c’est qu’ils étaient recherchés par les autorités … ce dont il ne pouvait se douter, c’est qu’un triste personnage, un journaliste médiocre nommé Angus,  allait les mettre en péril,  à force d’imprudences. Partout Angus provoque des catastrophes au point d’ alerter les frères de la tribu McLauglin, qui n’hésitent pas à tuer  ( attention, quelques scènes violentes )  en utilisant les  ressources de leur garage, l’essence, le béton.

La petite Molly voit une scène terrible, sur laquelle elle gardera le silence tout le reste de sa vie, et elle oubliera  …

Margaret-Molly subit une autre secousse, ce soir de décembre 2013, et peu à peu, elle reconstitue la scène de son enfance.  Elle a retrouvé à l’hôpital son sauveur, et elle lui rend visite en lui parlant alors qu’il a été mis dans le coma…

On ne lâche pas une page avant la scène finale, qui est si belle et émouvante.

Un beau travail, solide, de romancière …

Lisa Ballantyne  – Le piège de la mémoire – Roman traduit de l’anglais par Carla Lavaste – Editions Belfond –  441 pages – 21 euros

 

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