Julie Kubler – La Maison des égarées – Roman traduit de l’américain – Belfond

 

 » La Maison des égarées  » ou plutôt des protégées.  Ce très beau roman, inspiré de faits vrais  se déroulant au Texas au début du 20ème siècle, chez l’Eglise du Nazaréen, démontre qu’on peut faire de la bonne littérature avec de bons sentiments.

Julie Kubler explique dans sa Note :

 » Le Berachah  Industrial Home fut fondé le 14 mai 1903 par le révérend James Toney Upchurch et Maggie Mae Upchurch, et ferma ses portes le 1er janvier 1935. Alla Mae Upchurch et son pari, le révérend Frank Wiese, le rouvrirent comme orphelinat peu de temps après,  sans parvenir à le financer sur le long terme. L’orphelinat ferma définitivement en 194, mettant fin à près d’un demi-siècle d’efforts pour accueillir femmes et enfants.  Les Upchurch se retirèrent à Oak Cliff, où JT mourut en 1950, et Maggie Mae en 1963.

Environ trois mille jeunes femmes errantes et ostracisées, accompagnées de leurs bébés, passèrent par le foyer. Certaines juste pour rebondir,  d’autres pour y rester des années. »

Les Upchurch existent en tant que personnages, bons et dévoués à leurs protégées, toujours à la recherche de financements pour agrandir leur Maison et accueillir le plus possible.

Mattie et son fils Cap sont des personnes réelles, même si des éléments de leurs vies ont été modifiés, pour une autre vérité romanesque. Maudie et sa fille Docie sont devenues Lizzie et Docie,  toutes très liées, soeurs de coeur  se soutenant mutuellement.

Lizzie et son bébé Docie, en triste état,  se trouvaient dans une geôle, la jeune mère ayant été violée par le gardien de l’exploitation agricole où elle travaillait,  puis elle avait été droguée, obligée à se prostituer, rendue malade jusqu’à l’étape de l’enfermement. Arrivent deux femmes vêtues de blanc dont l’une dit : « Pauvre enfant  » en les touchant  avec douceur. Prévenues  par la femme du gardien, ces infirmières les conduisent à la Maison, où Lizzie entreprend une désintoxication, son bébé à ses côtés quand elle le réclame.  Mattie, elle, ne peut maintenir son petit Cap en vie.

Il y avait une Règle : ne pas recommencer. Mattie avait essayé de sauver May, qui n’avait pu rester et d’elle-même était allée se cacher dans une grange pour tenter de se délivrer toute seule  de la drogue, mais elle n’y était pas parvenue, et elle était repartie. Tant de jeunes filles se sentant en danger recherchent la protection de la Maison.

Dans ce roman polyphonique, la voix contemporaine est celle de Cate, bibliothécaire de profession, qui découvre dans un cimetière des pierres tombales, certaines toutes petites, qui l’intriguent. Elle-même se situe à un tournant de sa vie,  et elle se passionne pour l’histoire de Berachah, qu’elle lit aussi dans le Journal de l’établissement. Elle associe à ses recherches une  étudiante, Laurel, dont elle devine qu’elle vit de façon très précaire. Donc, à  son tour, elle sauve une jeune femme. Mais quelle est la nature de leurs sentiments ?

Il est réconfortant de savoir qu’il a existé une Maison d’accueil telle que celle-là, où les jeunes personnes en grande détresse étaient traitées avec une bonté qui se traduisait dans les faits.

Le contraste est immense avec la ville qui fonctionne comme un piège terrible, sans pitié  pour celles qui sont isolées : des proies.

Des sujets de réflexion sont proposés à la fin du récit, excellente idée. Ainsi : « 11- En fin de compte,  creuser l’histoire du Foyer de Berachah,  c’est aborder cent ans d’histoire des femmes dans un monde d’hommes. Quels changements constatez-vous aujourd’hui concernant le droit des femmes, la libération des  moeurs ? Qu’est-ce qui différencie les destins des femmes de Becharah et celui de Cate ? « 

Il ne m’a pas été  si facile de quitter cette belle histoire, car l’auteure sait rendre les personnes très attachantes. Sa délicatesse est remarquable au point que des mystères demeurent.

Julie Kibler – La Maison des égarées – traduit de l’anglais ( Etats-Unis ) par Laura Bourgeois -= »Home for erring and outcast girls  » – Editions Belfond – 512 pages- 22 Euros –  » Le Cercle « 

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