Hannah Richell – Les Secrets de Cloudesley – Roman – Editions Belfond – Le Cercle – (  » esprit de Noël  » et bons sentiments ! )

Maggie Oberon, jeune artiste,  tente de refaire – déjà – sa vie en Australie,  loin de la Grande-Bretagne où elle a vécu ce qu’elle estime être  un drame, une histoire sentimentale qui a mal évolué entre  elle et deux frères. Elle se croit responsable. Elle a donc fui loin du lieu de ses coupables exploits, selon elle. En fait, elle exagère, et il sera facile de s’en rendre compte lors de la révélation du prétendu drame. Mais pour elle, le mal est fait.

Elle reçoit un appel téléphonique qui l’informe que sa grand-mère, Lilian Oberon, se trouve  à l’hôpital, et qu’elle veut absolument retrouver sa maison, son manoir de Cloudesley.

Maggie aime  pardessus tout sa grand mère et elle fait immédiatement le long voyage. Sa grand mère est très affaiblie mais elle va mieux dès qu’elle voit sa petite-fille à son chevet.

Maggie a connu un manoir qui a été, il n’y a pas si longtemps,  splendide, luxueux, selon la volonté de son propriétaire,  Charles Oberon, le défunt mari de Lilian. Elle est sidérée par son délabrement, que ce soit le parc, ou les pièces qui furent belles, raffinées, tandis que des factures s’amoncellent sous la poussière.

Elle organise la vie de sa grand-mère dans un espace restreint, avec tout le confort qu’exige son état, alarmant. Où trouver l’argent pour les réparations indispensables ? Si elle ne  le trouve pas, il faudra vendre, et  ce n’est pas possible d’imposer cela à Lilian.

Comment se fait-il que le manoir soit dans cet état ?

Parallèlement, le récit fait revivre la jeunesse de Lilian, sa  rencontre avec celui qui devait devenir son mari, Charles Oberon, grâce à un accident, lorsqu’elle circulait à bicyclette. Il veut évidement moralement réparer, autant que matériellement. Il trouve des prétextes pour la revoir, lui offrir des cadeaux, puis il la demande en mariage.  La situation semble claire. Elle est une jeune fille bien élevée, jolie, et pauvre. Il est un homme d’affaires aisé, un amateur d’art, de belles choses, déjà veuf, et père d’un petit garçon,  Albie.

Lilian est émerveillée par le manoir, où elle doit organiser des réceptions faisant honneur à son époux, sur ordre. Elle participe aux thés, kermesses, garden-parties, matches de cricket,  tout la vie sociale telle qu’on la connait par les romans d’Agatha Christie, Barbara Pym, et  même Daphné du Maurier en raison de l’atmosphère étrange de Cloudesley. Mais derrière les portes fermées, Lilian vit une tragédie car Charles se révèle un mari violent, insultant,  qui n’hésite pas à la frapper alors qu’elle attend un bébé. Elle perd son enfant, et reporte toute son affection sur l’attachant petit Albie.

Elle était résignée à son sort, sauvant les apparences, quand la passion survient en la personne d’un peintre déjà renommé, Jack, à qui Charles a confié la mission de décorer entièrement une pièce essentielle de la maison.  Jack accepte à la condition que personne ne puisse entrer dans cette pièce pendant la durée de son travail.

Une belle histoire, passion, douceur, tendresse, se noue entre Lilian et Jack, à l’insu de toute la maisonnée, croient-ils.

Quand Jack voit les traces des coups sur le corps de Lilian, il la pousse à quitter ce mari dangereux, qui s’en prend aussi à  Albie.   Mais Lilian ne peut accepter, car elle est tenue vis à vis de Charles. Elle a une soeur qui doit séjourner en maison de santé, et c’est Charles qui assume les frais très importants. Que deviendrait cette soeur ? Il n’y a pas de solution. Elle ne peut abandonner non plus Albie, déstabilisé par le comportement de son père. Il a besoin de sa protection.

Elle prend la décision de rester, mais  ce choix difficile n’évite pas  le drame.

Plus tard, bien plus tard, après le départ de Jack, Albie a une famille, de son côté, qu’il néglige, même sa fille Maggie. La seule sécurité de Maggie, c’est sa grand-mère, Lilian.

C’est pourquoi Maggie accourt, dès que Lilian a besoin d’elle, et elle agit avec la même loyauté envers Lilian que Lilian a montrée pour Albie, son père si difficile et complexe.

Il y aura une  » Happy end  »  après tant d’épreuves.  Maggie fait une découverte qui permettra de garder et réparer Cloudesley !

Des bons sentiments, un suspense bien mené, et un  » british style  » toujours attrayant.

En fin de volume, des  » pistes de discussion  » à base de questions  à propos des personnages,  des situations vécues. Original.

Hannah  Richell – Les secrets de Cloudesley – Roman traduit de l’anglais par Julia Taylor – Editions Belfond – 368 pages- 20 Euros –  » Le Cercle « 

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Aga Lesiewicz – Regarde- moi – Roman – thriller traduit de l’anglais ( GB )- Editions Belfond Noir

Après A perdre haleine ( Belfond Noir ), voici le deuxième  » urban thriller  » par la très énergique, efficace Aga Lesiewicz  – que je retrouve avec grand plaisir et intérêt.

Ils ont en points communs de dérouler un suspense dramatique à Londres, de donner la parole à une  jeune femme active  contemporaine, qui doit affronter des dangers redoutables dont elle voit les effets, sans comprendre pourquoi elle est devenue une cible.  Dans A perdre haleine, l’héroïne aime pratiquer son jogging dans des parcs londoniens fort agréables, qui le deviennent moins quand s’y produisent des meurtres. Elle vit dans une maison, et sort son chien.

Voici Regarde-moi,  voici  Kris, artiste photographe passionnée par son métier. Elle a toutes les chances avec elle : Anton, street-arter à succès séduisant en diable qui voyage beaucoup, des amis et amies, un magnifique loft ensoleillé donné par sa tante qui lui a aussi légué une sorte d’ange gardien, Vero qui peut l’accueillir dans son cottage en lui cuisinant de bonnes choses, un emploi du temps qu’elle aménage  à son gré, des clients qui lui donnent des missions passionnantes  – et deux chats, Pixel et Voxel.

Elle avait deux chats, car Voxel a été asphyxié lors d’une fuite de gaz chez elle, la suite des événements bizarres qui tout à coup se produisent – et elle prend peur car ils sont répétés.

Cela a commencé  par un message inquiétant :

La pièce jointe montre des photos. Il y en aura d’autres.

Elle avait terminé une mission, photographier des jouets en bois, et elle avait obtenu le résultat souhaité sans que ses deux chats ne se mettent à jouer avec pour les cacher !  Lorsqu’elle l’a envoyé à sa cliente  la plus importante, celle-ci l’a appelée, très gênée,  pour lui montrer ce qui était parvenu sur son ordinateur : une scène de sexe d’ailleurs bien photographiée chez elle avec Anton, qu’elle avait réussi à convaincre alors qu’il ne le souhaitait pas. Et elle perd cette cliente qui assurait une bonne partie de ses revenus.

Qui a pu pirater ainsi son ordinateur ? Elle a de plus en plus l’impression d’être sous l’oeil et  la caméra de quelqu’un,  mais qui  ? Un temps, elle soupçonne le voisin d’en face.

Lorsqu’elle était  jeune photographe, elle était associée avec son amie Erin pour un projet important  » Zirconium « , qui avait attiré l’attention,  mais en plein succès,  Kris a rencontré Anton, et leurs carrières se sont séparées, Erin devenant une photographe de mode en vue.

Il arrive à Kris de regretter   » Zirconium  » et le jour où leur ancien professeur lui écrit pour lui demander si elle accepte d’envoyer des photographies d’art pour  une exposition qu’il projette, elle est enchantée. Quand  elle traverse tout Londres dans la chaleur d’août, elle est euphorique et pleine d’espoir mais elle découvre avec crainte et stupeur qu’ il n’y a rien à cette adresse … Elle fait d’ailleurs des kilomètres dans une capitale en pleine mutation,  en voiture, en taxi quand elle est pompette ( souvent ), à bicyclette, en bus, à pied et plutôt en courant,  une façon aussi pour le lecteur de découvrir un Londres qui n’est plus celui  de Sherlock Holmès.

Le pire se produit, car Anton tombe d’un immeuble où il faisait des repérages pour son street art. Il venait de  la demander en mariage !

Un thriller haletant où il se passe toujours  quelque chose, jusqu’au dénouement tragique et incroyable.

Certes, Kris est une vraie geek, mais même une personne aussi habile qu’elle peut être confrontée à des piratages dangereux. Elle en perd sa confiance en elle, sa joie de vivre :

 » Je n’arrive pas à  y croire. Je m’allonge sur mon oreiller et ferme les yeux. Je suis fatiguée. Et pas seulement parce qu’il est presque trois heures du matin. Je suis fatiguée parce que, comme un vêtement trop petit ou trop grand, ma vie ne me va plus. Ou est-ce le contraire ? Je ne suis plus en adéquation avec ma vie. C’est comme si quelqu’un d’autre que moi avait pris le contrôle  et me dirigeait là où je n’ai pas envie d’aller. .Je n’aime pas cette nouvelle direction. Je ne reconnais plus mes amis. Je ne me reconnais plus moi-même. Et chaque fois que j’essaie de remettre ma vie dans une position stable, elle glisse hors de contrôle à nouveau. Je suis fatiguée « .

Pour ne pas en arriver là, à sa façon, Aga Lesiewicz  incite à la prudence, et distille de bons conseils. C’était aussi le sens de A perdre haleine  pour le jogging.

Aga Lesiewicz – Regarde-moi – traduit de l’anglais par Julia Taylor – Editions Belfond Noir – 384 pages – 21 Euros

 

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Beatriz Williams – Les lumières de Cape Cod – Roman traduit de l’américain – Editions Belfond  » Le Cercle « 

 

Toute la famille Hardcastle se réunit l’été dans la demeure familiale vaste et  chic de Cape Cod – et cette année-là, 1966, est cruciale, car le père de Frank voit arriver la consécration pour son fils, la Présidence. On se réunit afin de suivre à la télévision la cérémonie de remise de la Médaille d’Honneur. Elle sera suivie du grand dîner des donateurs, et  tout le monde compte sur Tiny   » l’élue de l’élu  »  élégante, ravissante, afin que son charme opère à la fois sur les représentants de la presse, la famille, les riches invités.

Mais, juste le soir de la retransmission, une enveloppe arrive par la poste, et quand Tiny  l’ouvre, elle y trouve des photos d’elle, et un message très clair car c’est du chantage sinon les photos seront diffusées. Elle est si bien élevée qu’elle parvient à faire bonne figure, après avoir caché l’enveloppe dans un tiroir de sa commode.. Quelles sont ces photos ? Pourquoi seraient-elles compromettantes, puisque Tilly est parfaite ?

Au repas de famille, les bonnes manières craquent un peu, car voilà Caspian de retour du Vietnam, une jambe en moins, toujours aussi séduisant.  Le repas tourne mal car certains n’aiment pas les guerriers et le disent de façon très directe.

N’importe, la vie mondaine continue, Frank offre à sa femme un très joli collier qui met en valeur sa robe décolletée, sa silhouette fine de danseuse. Baisers tendres.

Tiny s’aperçoit tout de  même  des apartés de son mari avec sa ravissante assistante qui de surcroit a accès  à l’intimité de la maison familiale pour préparer la réception des donateurs. Quand Tiny fait part de ses doutes sur la fidélité de son époux à son beau-père, celui-ci la traite avec désinvolture, et la jeune femme, de plus en plus, se rend compte qu’elle est utilisée depuis sa naissance, d’abord par sa mère qui l’a élevée, elle la plus douce, docile  des trois filles, pour devenir LA Première dame, puis  par son beau-père qui exige d’elle la parfaite obéissance  et l’aveuglement, bref le sacrifice de sa personnalité pour le plus grand bien de la famille

Mais Tiny a vécu une passion en 1964,  avant son mariage qui a bien failli ne pas avoir lieu.  C’est Caspian qu’elle aime, qu’elle a retrouvé  dans sa modeste chambre,  alors qu’il allait partir pour le Vietnam. Quel est le lien avec la danse, avec les photographies ?

Tiny retrouve celle qu’elle a été en 1964 et elle est prête à laisser tomber son mariage, les ambitions de la famille. Elle ne peut deviner les pouvoirs de son beau-père, la vie secrète de son mari dont il sait tout, qu’elle  finit par surprendre et sur laquelle elle ne veut pas fermer les yeux. Et la voilà entrainée dans un engrenage machiavélique et dramatique pour que surtout elle ne dise rien, qu’elle continue à être la poupée – qu’on va droguer … pour plus de facilité.

Suspense au déroulement parfait, superbement maitrisé. Quelle sera l’issue ?  Frank président et sa femme à ses côtés ? Ou bien Tiny et Caspian  vont-ils pouvoir vivre un amour authentique ?

Roman à clés,  même très discrètes et habilement suggérées, seulement suggérées, car c’est un roman !

Et les photos ?

 » Les lumières du Cape Cod »   font partie d’une trilogie familiale : il convient de préciser que ce roman contient une histoire qui se lit séparément. C’est d’ailleurs ce que j’ai fait, ne connaissant pas cette série, mais il donne envie de découvrir les destins, les personnalités affirmées des femmes de la famille.

Beatriz Williams – Les lumières de Cape Code – Roman traduit de l’américain  par Julia Taylor – Editions Belfond -400 pages- 21 Euros –  » Le Cercle « 

 

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Abbi Waxman- Les coeurs brisés ont la main verte – Premier roman traduit de l’américain – Editions Belfond  » Le Cercle « 

Un  roman optimiste plein de sensibilité  qui court et virevolte sur un thème original.

Le point de départ est pourtant  une épreuve de la vie que connait  Lili, graphiste à la trentaine active, mère de deux enfants, Annabel et Clare, par ailleurs soeur de la très dynamique Rachel.

Un matin, son mari et elle ont une courte dispute, alors qu’ils s’entendent fort bien, que leur famille est heureuse dans leur belle maison de Los Angeles. Dan part travailler… et il a un accident de voiture où il trouve la mort. Lili doit affronter le deuil mêlé d’ une certaine culpabilité, et elle éprouve des regrets pour les mots échangés avec son mari ce matin-là, rien de très grave mais ce n’est pas ce qu’elle souhaitait.

Les jours ont passé, Lili continue son travail d’illustratrice, et voilà que son entreprise lui propose d’illustrer un livre sur les fruits et  légumes. Elle lui demande de suivre des cours d’horticulture le samedi matin, des travaux pratiques qui lui permettront d’être réellement sur le terrain et de bien connaitre le thème.

Elle rejoint le petit groupe des  apprentis jardiniers, accompagnée de sa soeur et de ses enfants.  Edward le moniteur est fort sympathique. C’est  le rêve, cette initiation à l’horticulture car tout, absolument tout, est fourni gratuitement, plantes, graines, conseils.  On est au début de l’été,  et une fois les plantations  mises en place, il n’y a plus qu’à attendre que ça pousse.

Lili sympathise avec  les autres élèves, chacun avec sa différence et ses motivations. Ils s’intéressent les uns aux autres, et des liens d’amitié se forment. Edward décidément plein de ressources et d’initiatives, propose à Lili de lui aménager son jardin où tout est à faire. Et le groupe arrive, avec  un chargement de plantes qui vont transformer son petit espace.

Par ailleurs, sa vie professionnelle est remise en cause et elle doit réfléchir, mettre en oeuvre d’autres projets.

Sur le plan personnel, l’éclaircie s’annonce …

Extrait :

( entre sourire et émotion avec beaucoup de tendresse  ):

 » Mon café à la main, je vais dans ma chambre pour me changer. Je n’ai rien changé dans cette chambre depuis la mort de Dan, et son côté du lit est maintenant celui de Frank. Le vieux chien est étalé à sa place quand je pénètre dans la pièce  … Sa patte s’agite pendant qu’il rêve, je le laisse donc tranquille.  Dan et moi l’avons adopté tout petit, nous avons  tout traversé ensemble, la cohabitation, le mariage, la naissance des filles, et maintenant le deuil.  Il est ce que j’appelle un chien de gouttière de Los Angeles, mais à majorité labrador. Il est fauve, grassouillet et lent. J’aspire à devenir comme lui : naturellement zen.  Sa  philosophie : aime des gens sympas,  mange autant que tu peux,  fais la sieste aussi souvent que possible, sois patient et dis oui à tout. 

Je suspens ma tenue de travail et enfile mes vrais vêtements : un jogging, un Tee-shirt d’Halloween  qui me fait paraître miraculeusement trois kilos de moins  et des chaussons-chaussettes.  Quand j’ouvre la porte de la chambre pour  sortir,  Frank lève la tête et se laisse tomber à bas du lit avec un  » boum » qui fait trembler le parquet, suivi par une pause le temps de se demander s’il a survécu à l’impact , et si ses pattes fonctionnent encore.  Comme moi tous les matins au réveil. Il me suit jusqu’à la cuisine, à moitié endormi « 

Sont intercalées des pages de conseils pleins d’humour  pour réussir les plantations maison :

Abbi Waxman – Les coeurs brisés ont  la main verte – Premier roman  -Traduit de l’américain par Julia Taylor – Editions Belfond -367 pages – 21, 50 Euros – Collection Le Cercle Belfond )

 

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