John Wainwright – Une Confession – roman  » noir  » traduit de l’anglais- Editions Sonatine

Le titre original anglais est :  » Cul-de-sac « . Georges Simenon  l’a apprécié, déclarant :

Il y a de cela ! John Wainright  a exercé au début de son parcours professionnel en tant qu’enquêteur, puis il s’est tourné vers la littérature policière  à laquelle il s’est entièrement consacré, publiant plus de quatre-vingt romans. En France plusieurs titres ont été édités  en Série Noire, Gallimard, et à la Librairie des Champs-Elysées, Le Masque.

 » Garde à vue « , ce terrible film où l’homme de loi,  Lino Ventura, essaie de faire avouer Michel Serrault, notable qui résiste aux interrogatoires musclés, est adapté de l’un de ses livres.

Donc, l’auteur évoque le milieu qu’il connait, et de plus, Une confession se situe dans le Nord de l’Angleterre, le Yorkshire où il est né.

Je ne me suis pas méfiée du tout, et j’ai abordé le roman comme un récit d’une crise de couple, d’une rupture dans une vie, comme sait si bien les raconter Georges Simenon, effectivement, ainsi dans  » La Fuite de Monsieur Monde « . John Duxbury, qui a la cinquantaine, et sa femme aussi environ, a consacré son énergie, ses forces à l’entreprise d’édition-imprimerie qu’il a fondée, et qu’il a su développer. Il a  instauré de bonnes relations confiantes entre tous. On travaille chez lui dans la  durée d’une existence professionnelle. Son fils, Harry, s’est rapidement intéressé à l’entreprise familiale, et John Duxbury sait  qu’elle sera en de bonnes mains, après lui. Son fils est heureusement marié.

Mais pas lui ! C’était le cas au début, mais leurs relations sont allées lentement, insidieusement, de l’amour au désamour. Jack en a pris son parti, et il ménage Maude, sa femme. Elle règne sur leur très belle maison, le parc qui l’entoure, signes de leur réussite. Le soir, il a pris l’habitude de rédiger son Journal, dans lequel il s’adresse à son fils :

 » Tu connais ta mère, Harry. De petits détails peuvent prendre chez elle une importance disproportionnée. Devenir chez elle d’importants événements. Des événements qui à leur tour vont muer en interminables récriminations. Je dois être prudent. Nous devons tous être prudents. Ca fait partie de nos vies. Depuis toujours. Il faut marcher sur des oeufs de manière à ne  jamais contrarier Maude.

Je ne me plains pas « …

Il a aussi l’habitude de déjeuner chaque midi dans un restaurant dont le patron est un ami. Mais il se produit un incident. Il propose à sa femme de sortir dîner en ville, et on a servi à Maude une tasse sur laquelle elle voit une infime  fêlure. Elle en fait un drame, un scandale. Tout le monde est gêné, à commencer par le patron et ami qui fait à John des signes de compréhension désolée. Le mal est fait cependant, et John n’ose plus revenir dans ce restaurant,  perdant une de ses petites joies.

Tout à son travail,  John n’a jamais pris de vacances. Il est temps ! C’est ce que lui fait remarquer Harry, qui parvient à le convaincre. Il réserve donc dans un hôtel confortable, en plein automne dans le Nord-Yorkshire. Chaudement habillés – Maude a tout ce qu’il faut – ce sera sain et parfait, dans un air vivifiant, et hors saison.

Les voilà donc sur place, appréciant le confort d’un hôtel qui a tout pour plaire. Un autre couple y passe des vacances,  mais le premier contact est désastreux. Le jeune homme, Raymond Foster,  veut persuader John qu’il ne doit pas fumer, etc, et il se montre assez  intrusif. Le ton monte.  La soirée du vendredi est agréable, car des habitants de la ville voisine viennent dîner, et ils apportent une ambiance chaleureuse.

Puis John et Maude vont se promener le long de la falaise. Certes, le sol est plutôt boueux,  donc glissant … mais en prenant des précautions …   Pourtant,  Maude glisse, et tombe dans le vide.

John reste stupéfait, regardant le trou, le vide, n’entendant que le silence. C’est ce qu’il dit à Harry, venu le rejoindre, qu’il répète à tous, et c’est aussi ce qu’il relate dans son Journal.

La police locale conclut à une mort accidentelle. Jack reste bouleversé, au point de ne plus avoir envie de retourner travailler dans son imprimerie, alors qu’il venait d’effectuer des démarches pour convaincre un important éditeur de lui confier ses livres à imprimer.

Mais … Voilà que Raymond Foster  se rend  à la police, trois jours après, pour faire  part de ce qu’il  a vu, – ou de ce qu’il croit avoir vu. Il se promenait avec sa femme au même endroit, et, avec leurs jumelles, il observait les mouettes. Sa femme et lui se passaient les jumelles, et il croit qu’il a vu Jack pousser sa femme. L’enquête est terminée, et on ne contrarie pas le coroner qui a conclu à l’accident. De plus, Raymond Foster est un  homme fragile et cela se voit.

Pourtant, l’inspecteur Harker se méfie, et décide de mener l’enquête, une enquête qui ne ménage personne, à la dure. Il va jusqu’à se rendre chez le médecin qui suit Raymond Foster,  mais le médecin résiste à ses pressions.

L’inspecteur Harker, célibataire,  n’a rien du Commissaire Maigret, qui est, lui,   » raccommodeur de destinées « , dit Simenon de son héros sympathique et humain.

Harker a l’idée, terrifiante, de rassembler autour de John ses proches,  et surtout son fils Harry.   Il l’annonce calmement :   » Je veux le démolir. Devant son fils « .

Quelle sera l’issue, puisque Harker a voulu arriver à la vérité ?

Si le Commissaire  Maigret avait trouvé la vérité, et il l’aurait trouvée, qu’en aurait-il fait ? Quelquefois, par humanité, il l’oubliait. Après la  » confession « , l’absolution !

( L’incident de la tasse légèrement fêlée, et du scandale qui a suivi m’a rappelé une anecdote relatée par un ami, maintenant veuf – mais rien à voir ! -. Lors d’un dîner en pays catalan avec sa femme,  elle a apostrophé le maitre d’hôtel, en lui disant  à très haute voix :  » Vos crèmes catalanes,  c’est de la m****e ! J’en fais et je m’y connais, donc les vôtres … « !

Un souvenir pareil fait que le veuf a beaucoup, beaucoup moins de chagrin, car cet incident n’était pas isolé; qui dira la détresse du mari en de pareilles circonstances ?  ).

John Wainwright – Une Confession – roman traduit de l’anglais « Cul-de-Sac  » par Laurence Romance – Editions Sonatine – 270 pages –  20 Euros

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