Dorothy Koomson – Signé A – Editions Belfond ( suspense en famille )

Ce très bon roman m’attendait depuis … novembre 2016 ! Mais il est intemporel, et passionnant, avec ses 600 pages qui retiennent l’attention sans discontinuer.

Certes, à l’origine du récit, il y a un meurtre,  resté mystérieux,  bien qu’il ne soit pas l’essentiel.

Joel, le mari de Saffron, a été assassiné, et son corps retrouvé au bord d’une route. L’assassin est resté inconnu. Saffron doit continuer à vivre avec un manque immense, protéger ses deux enfants, Phoebe, âgée de seulement quatorze ans, et Zane, dix ans. Le jour où on est venu lui annoncer le meurtre, Saffron tenait un bol de mûres, qui s’est écrasé sur le carrelage blanc laissant une trace indélébile, lui rappelant constamment le drame et le moment.

Saffron commence par mettre sa maison en sécurité. Elle accompagne ses enfants en classe, et continue à travailler.  » Tatie Betty  » est venue habiter avec eux, car un appartement a  été  prévu pour elle dans la grande maison et elle s’est fait renvoyer de plusieurs maisons de retraite ! Sa fantaisie et sa gentillesse font merveille.

Que peut faire Saffron  ? Joel était passionné de cuisine, et il mettait au point des recettes originales. Elle décide de continuer son travail le mieux qu’elle peut, et on comprend rapidement qu’elle a des problèmes avec la nourriture, préparant, mais ne mangeant pas. Avec Joel, elle avait un soutien.

C’est elle qui doit devenir un appui pour Phoebe, enceinte. Qui est le partenaire ? Un garçon de son âge, dont le père est un des enseignants – séduisant – de la jeune fille. Comme si cela ne suffisait pas, son employeur, pourtant un ami, la prévient qu’elle ne consacre plus assez de temps à son travail, qui la passionne pourtant. Elle fait des concessions, accepte d’être rétrogradée, mais en fait  effectue tout autant d’heures chez elle. La jeune mère de famille a  d’autres préoccupations, car elle reçoit une lettre, puis une autre, d’autres encore, toutes  » signé A « , revendiquant le meurtre de son mari. Evidemment, elle a peur, pour ses enfants, pour elle, d’autant qu’elle se rend compte que quelqu’un cherche à s’introduire chez elle.

Peu à peu, elle comprend la situation, devine qui est le ou- la- meurtrière. Il reste à la neutraliser car Phoebe craint une révélation.

Un beau portrait de femme, avec ses doutes, ses faiblesses, et surtout ses forces, sa persévérance au milieu des épreuves. On appelle cela aussi   » résilience « .

Dorothy Koomson- Signé A – Roman traduit de l’anglais par Muriel Levet – Editions Belfond – 608 pages – 22 Euros  ( Disponible en ebook ) – Paru en novembre 2016

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 » I have a dream  » – 52 icônes noires qui ont marqué l’Histoire – Album documentaire Casterman – ( Dès 8 ans et tout le monde )

Les  52 personnalités présentées dans ce bel album ont en commun d’être exceptionnelles, d’avoir un talent et des rêves, de les avoir réalisés, avec courage – et aussi d’être Noires.  » Be young, gifted and black  » …  déclare Nina Simone. Mais pas seulement !

Elles/ils sont évidemment des modèles,  des sources d’inspiration pour  les femmes et hommes de bonne volonté,  les enfants,  de l’humanité tout entière.

Pour chacun/e, une page illustrée de présentation avec une phrase significative mise en valeur. Leur nombre pourrait être plus important : à la lectrice/lecteur, d’ajouter selon ses affinités.

 

Ils sont des intellectuels, comme Alexandre Dumas père, des artistes, telle Josephine Baker, sportifs  :  Pelé, ou Wilma Rudolph,   » la Gazelle noire « , des politiques, ou des femmes travaillant qui un jour se sont imposées, comme Rosa Parks,  disant tout simplement :  » J’étais surtout fatiguée de devoir  toujours  céder » :

André Malraux l’a formulé autrement :  »  Dire non, les mains nues « .

Et ce n’est jamais fini !

Jamia Wilson, écrivain américaine, est directrice de la revue universitaire  » The Feminist « .

Andrea Pippins, illustratrice, designer, auteur :  » elle veut donner aux femmes la force de s’émanciper et réaliser leurs propres rêves « .

En fin de volume, les photographies sur une double page.

52 icônes noires qui ont marqué l’Histoire – Textes de Jamia Wilson – Illustrations d’Andrea Pippins  – Casterman – Album cartonné format 24 x 28 cm – 64 pages- 14, 95 Euros -( Dès  8 ans )

 

Harmony Verna – Les orphelins du bout du monde – Premier roman traduit de l’américain – Editions Belfond  » Le Cercle « 

 

 

 

Titre original : Daughter of Australia

 » 1898, dans l’Ouest australien

Ils s’avançaient dans le soleil.

Elle marchait d’un pas mécanique, trop petite pour voir bien loin; d’ailleurs, ses yeux s’ouvraient à peine. Elle n’avait pas eu besoin de s’habiller, car elle portait ses haillons de jour comme de nuit. Elle n’avait pas déjeuné, mais  elle ne remarquait plus les tiraillements de la faim.

A l’horizon, la boule de feu diffusait déjà des vagues de chaleur à  la surface du lac sombre de la plaine. Les animaux nocturnes fuyaient la lumière, glissaient sous les pierres,  se terraient pour dormir. Les autres se réveillaient, vifs,  jaillissaient des fourrés, des tanières   …

… Le sol de terre cuite, rouge,  s’émiettait. L’air étouffant du matin pesait sur tout …  Ils arrivèrent à hauteur d’un eucalyptus solitaire qui se dressait sur la terre aride, ses feuilles étroites grises de poussière. L’arbre projetait  un peu d’ombre vers lequel il la guida d’un pas chancelant. Il la fit asseoir en retirant sa main de la sienne.  Les yeux vitreux, il décrocha de sa ceinture la gourde cabossée et la posa par terre, à côté d’elle.  Et puis il se détourna, fit un pas, puis deux … Sa silhouette se fit de plus en plus  petite et ne fut plus  qu’un point sombre. Ensuite, plus rien.  Il s’évanouit dans l’air vibrant de chaleur …

… La frayeur l’envahissait, frisson cruel sur sa peau …  Les  appels de l’enfant, dans la nuit désertique,  n’avaient pas plus d’effet qu’un bourdonnement d’insecte « .

Ainsi commence, de façon très forte, ce splendide premier roman qui peut plonger dans la cruauté,  pour rendre encore plus sensibles la bonté, la tendresse.

Car celui qui va découvrir la petite fille est un pauvre homme mutilé dans la mine, qui gagne difficilement sa vie en faisant des livraisons avec son chariot, bravant lui aussi la  chaleur. Ghan aperçoit quelque chose au pied de l’eucalyptus, et quand il va voir, il se rend compte que la toute petite fille  est inconsciente, brûlée par le soleil. Tout doucement, il la pose dans son chariot avec l’aide de Neely. Là où ils se rendent il n’y a plus d’hôpital, mais un médecin qui tente de la sauver, tout en précisant qu’il ne voudra pas la garder. Ghan qui ne sait ni lire ni écrire, et ne connait pas la haine,  repart en emportant les mots que Mirabelle la cuisinière a su lui dire : « Vous lui avez sauvé la vie, à cette petite « . Une énergie nouvelle monta en lui « .

La femme du médecin, Elsa, voudrait adopter la petite fille qui ne prononce pas un mot, et elle est prête à lui donner toute sa tendresse, ce que son mari refuse. Un jour, alors qu’on l’a habillée si joliment, robe neuve et souliers vernis,  l’enfant est emportée   par un homme en uniforme, tandis qu’elle entend les cris d’Elsa. Elle part avec un prénom,  le nom  de la ville qu’elle quitte, Leonora.

On la conduit dans un orphelinat tenu par un bon prêtre, le père McIntyre venu d’Irlande où sa famille a été massacrée, images terribles qu’il ne peut oublier. Il entoure d’affection les enfants qui lui sont confiés. James, jeune Irlandais lui aussi devient le protecteur de la petite fille si fragile et tous les deux grandissent ensemble. Avec lui, elle peut parler.

Le père McIntyre voudrait protéger  » ses  » enfants le plus longtemps possible  malgré le manque d’argent. Il vient un moment où il ne peut plus résister aux pressions. Il accepte de confier Leonora aux riches époux Fairfield car elle est exactement la petite fille qu’ils souhaitent adopter et ils  l’emmènent aux Etats-Unis où ils la présentent comme l’enfant de la soeur décédée de Mrs Fairfield. Quant à son mari,  il est plein de bonnes intentions, mais il est accaparé par la gestion de sa fortune. Toujours plus ! Mais pourquoi Mrs Fairfield se montre-t-elle si sévère, tout en comblant Leonora qui  est bien habillée, reçoit la meilleure éducation ?

Quant à James, il a toujours voulu retrouver sa famille irlandaise et c’est ce qui se produit, quand elle vient tenter l’aventure en Australie. James met de côté ses rêves d’Irlande et travaille dur dans leur ferme. Et le père MacIntyre,  privé des enfants qu’il préférait ? Il connait un destin semblable à celui des prêtres de Georges Bernanos.

Leonora arrive à l’âge où l’on voudrait la marier, de préférence avec un riche prétendant. Peu à peu, elle s’affirme  vis à vis de sa mère adoptive surtout quand la guerre amène à l’hôpital des combattants blessés, car elle se propose comme infirmière et réussit très bien. Le mariage se fait  avec Alex, riche, entreprenant, séduisant qui va partir pour l’Australie diriger la mine des Fairfield. Elle a eu le temps de ressentir sa brutalité et reste sur ses gardes. Pourtant elle est  heureuse de retrouver les paysages australiens qui lui rappellent la campagne, le bord de mer près de l’orphelinat.

Leonora  se fait une vie où elle s’intéresse aux personnes qui travaillent à la mine, et elle met tout en oeuvre pour les protéger des duretés de son mari, particulièrement quand il veut séparer les enfants Aborigènes de leurs parents. Quand elle découvre  les pauvres cahutes dans lesquelles les familles ne sont  pas à l’abri des intempéries, elle se bat pour leur sécurité et leur santé. Ils manquent même d’eau potable, et la typhoïde fait des ravages. En tant qu’infirmière, elle intervient contre son mari qui ne veut rien voir, et elle parvient à ses fins.

Les circonstances font que James accompagné d’un ami vient chercher du travail, et Alex  leur confie des responsabilités. Dans ce vaste continent, tout est possible, la réussite côtoie la misère, et la bonté affronte les cruautés.

Harmony Verna  mène avec brio sa grande fresque, où tous les sentiments peuvent se confronter, dans une nature  qu’elle décrit parfaitement  avec sa dureté et  sa richesse.

Ses orphelins amis  d’enfance gagnent le coeur du lecteur/de la lectrice et l’on voudrait tellement que la belle histoire d’amour et de fidélité connaisse une  » happy end  » ! Ils le méritent vraiment ! Et Ghan, l’homme qui reste bon tout au long de sa vie misérable, que devient-il ?

Magnifique roman  » page-turner « .

Harmony Verna – Les orphelins du  but du monde – Roman traduit de l’américain par Florence Hertz – Editions Belfond  – 571 pages- 22, 90 Euros – Collection ‘ » Le Cercle « 

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Beatriz Williams – Les lumières de Cape Cod – Roman traduit de l’américain – Editions Belfond  » Le Cercle « 

 

Toute la famille Hardcastle se réunit l’été dans la demeure familiale vaste et  chic de Cape Cod – et cette année-là, 1966, est cruciale, car le père de Frank voit arriver la consécration pour son fils, la Présidence. On se réunit afin de suivre à la télévision la cérémonie de remise de la Médaille d’Honneur. Elle sera suivie du grand dîner des donateurs, et  tout le monde compte sur Tiny   » l’élue de l’élu  »  élégante, ravissante, afin que son charme opère à la fois sur les représentants de la presse, la famille, les riches invités.

Mais, juste le soir de la retransmission, une enveloppe arrive par la poste, et quand Tiny  l’ouvre, elle y trouve des photos d’elle, et un message très clair car c’est du chantage sinon les photos seront diffusées. Elle est si bien élevée qu’elle parvient à faire bonne figure, après avoir caché l’enveloppe dans un tiroir de sa commode.. Quelles sont ces photos ? Pourquoi seraient-elles compromettantes, puisque Tilly est parfaite ?

Au repas de famille, les bonnes manières craquent un peu, car voilà Caspian de retour du Vietnam, une jambe en moins, toujours aussi séduisant.  Le repas tourne mal car certains n’aiment pas les guerriers et le disent de façon très directe.

N’importe, la vie mondaine continue, Frank offre à sa femme un très joli collier qui met en valeur sa robe décolletée, sa silhouette fine de danseuse. Baisers tendres.

Tiny s’aperçoit tout de  même  des apartés de son mari avec sa ravissante assistante qui de surcroit a accès  à l’intimité de la maison familiale pour préparer la réception des donateurs. Quand Tiny fait part de ses doutes sur la fidélité de son époux à son beau-père, celui-ci la traite avec désinvolture, et la jeune femme, de plus en plus, se rend compte qu’elle est utilisée depuis sa naissance, d’abord par sa mère qui l’a élevée, elle la plus douce, docile  des trois filles, pour devenir LA Première dame, puis  par son beau-père qui exige d’elle la parfaite obéissance  et l’aveuglement, bref le sacrifice de sa personnalité pour le plus grand bien de la famille

Mais Tiny a vécu une passion en 1964,  avant son mariage qui a bien failli ne pas avoir lieu.  C’est Caspian qu’elle aime, qu’elle a retrouvé  dans sa modeste chambre,  alors qu’il allait partir pour le Vietnam. Quel est le lien avec la danse, avec les photographies ?

Tiny retrouve celle qu’elle a été en 1964 et elle est prête à laisser tomber son mariage, les ambitions de la famille. Elle ne peut deviner les pouvoirs de son beau-père, la vie secrète de son mari dont il sait tout, qu’elle  finit par surprendre et sur laquelle elle ne veut pas fermer les yeux. Et la voilà entrainée dans un engrenage machiavélique et dramatique pour que surtout elle ne dise rien, qu’elle continue à être la poupée – qu’on va droguer … pour plus de facilité.

Suspense au déroulement parfait, superbement maitrisé. Quelle sera l’issue ?  Frank président et sa femme à ses côtés ? Ou bien Tiny et Caspian  vont-ils pouvoir vivre un amour authentique ?

Roman à clés,  même très discrètes et habilement suggérées, seulement suggérées, car c’est un roman !

Et les photos ?

 » Les lumières du Cape Cod »   font partie d’une trilogie familiale : il convient de préciser que ce roman contient une histoire qui se lit séparément. C’est d’ailleurs ce que j’ai fait, ne connaissant pas cette série, mais il donne envie de découvrir les destins, les personnalités affirmées des femmes de la famille.

Beatriz Williams – Les lumières de Cape Code – Roman traduit de l’américain  par Julia Taylor – Editions Belfond -400 pages- 21 Euros –  » Le Cercle « 

 

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Abbi Waxman- Les coeurs brisés ont la main verte – Premier roman traduit de l’américain – Editions Belfond  » Le Cercle « 

Un  roman optimiste plein de sensibilité  qui court et virevolte sur un thème original.

Le point de départ est pourtant  une épreuve de la vie que connait  Lili, graphiste à la trentaine active, mère de deux enfants, Annabel et Clare, par ailleurs soeur de la très dynamique Rachel.

Un matin, son mari et elle ont une courte dispute, alors qu’ils s’entendent fort bien, que leur famille est heureuse dans leur belle maison de Los Angeles. Dan part travailler… et il a un accident de voiture où il trouve la mort. Lili doit affronter le deuil mêlé d’ une certaine culpabilité, et elle éprouve des regrets pour les mots échangés avec son mari ce matin-là, rien de très grave mais ce n’est pas ce qu’elle souhaitait.

Les jours ont passé, Lili continue son travail d’illustratrice, et voilà que son entreprise lui propose d’illustrer un livre sur les fruits et  légumes. Elle lui demande de suivre des cours d’horticulture le samedi matin, des travaux pratiques qui lui permettront d’être réellement sur le terrain et de bien connaitre le thème.

Elle rejoint le petit groupe des  apprentis jardiniers, accompagnée de sa soeur et de ses enfants.  Edward le moniteur est fort sympathique. C’est  le rêve, cette initiation à l’horticulture car tout, absolument tout, est fourni gratuitement, plantes, graines, conseils.  On est au début de l’été,  et une fois les plantations  mises en place, il n’y a plus qu’à attendre que ça pousse.

Lili sympathise avec  les autres élèves, chacun avec sa différence et ses motivations. Ils s’intéressent les uns aux autres, et des liens d’amitié se forment. Edward décidément plein de ressources et d’initiatives, propose à Lili de lui aménager son jardin où tout est à faire. Et le groupe arrive, avec  un chargement de plantes qui vont transformer son petit espace.

Par ailleurs, sa vie professionnelle est remise en cause et elle doit réfléchir, mettre en oeuvre d’autres projets.

Sur le plan personnel, l’éclaircie s’annonce …

Extrait :

( entre sourire et émotion avec beaucoup de tendresse  ):

 » Mon café à la main, je vais dans ma chambre pour me changer. Je n’ai rien changé dans cette chambre depuis la mort de Dan, et son côté du lit est maintenant celui de Frank. Le vieux chien est étalé à sa place quand je pénètre dans la pièce  … Sa patte s’agite pendant qu’il rêve, je le laisse donc tranquille.  Dan et moi l’avons adopté tout petit, nous avons  tout traversé ensemble, la cohabitation, le mariage, la naissance des filles, et maintenant le deuil.  Il est ce que j’appelle un chien de gouttière de Los Angeles, mais à majorité labrador. Il est fauve, grassouillet et lent. J’aspire à devenir comme lui : naturellement zen.  Sa  philosophie : aime des gens sympas,  mange autant que tu peux,  fais la sieste aussi souvent que possible, sois patient et dis oui à tout. 

Je suspens ma tenue de travail et enfile mes vrais vêtements : un jogging, un Tee-shirt d’Halloween  qui me fait paraître miraculeusement trois kilos de moins  et des chaussons-chaussettes.  Quand j’ouvre la porte de la chambre pour  sortir,  Frank lève la tête et se laisse tomber à bas du lit avec un  » boum » qui fait trembler le parquet, suivi par une pause le temps de se demander s’il a survécu à l’impact , et si ses pattes fonctionnent encore.  Comme moi tous les matins au réveil. Il me suit jusqu’à la cuisine, à moitié endormi « 

Sont intercalées des pages de conseils pleins d’humour  pour réussir les plantations maison :

Abbi Waxman – Les coeurs brisés ont  la main verte – Premier roman  -Traduit de l’américain par Julia Taylor – Editions Belfond -367 pages – 21, 50 Euros – Collection Le Cercle Belfond )

 

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Heather Young – Un été près du lac – Premier roman, traduit de l’américain – Belfond – Collection  » Le cercle Belfond « 

Un jour de 1999, Justine décide de quitter Patrick, son compagnon. Pendant que ses deux filles, Angela et Melanie, sont en classe, vite, elle rassemble des vêtements et objets indispensables,  les porte dans sa voiture, puis  elle passe à la sortie de l’école récupérer  ses filles …  elles laissent derrière elles  San Diego, Californie, pour rejoindre la maison du lac dans le Minnesota  :

 » Elle n’avait pas prévu  de le quitter. Pourquoi ferait-elle une chose pareille ?  Il était tout ce qu’elle attendait d’un homme, tout ce que Francis, le père de ses filles, n’avait jamais été. Fidèle. Fiable.  Rentré tous les soirs à 17 h 30. Avec lui, elle se sentait en sécurité. Surtout depuis le cambriolage « .

Sa mère, Maurie, qui est toujours en déplacement et mène une existence fantaisiste, vient  de lui téléphoner : sa grand-tante Lucy est morte et lui a laissé  la maison de famille  près du lac, et à elle, Maurie, les bijoux de sa mère dont sa bague de fiançailles.

Justine prend la précaution de ne laisser aucune trace, et pendant les dix jours de  route, elle paie en argent liquide les motels, les repas, les achats de vêtements puisqu’elles vont vers le froid.  Elle a seulement téléphoné à l’avocat qui la reçoit plus tard sur place pour lui confirmer que la maison est à elle,  avec un peu d’argent.

En arrivant, elles ont vu le lac noyé dans la brume, sa surface déjà prise sous une couche de glace grise. Elles ont vu le lodge tenu comme dans le temps par les frères Miller,  et c’est Matthew Miller qui les attend sur la route pour leur remettre  les clés de la maison jaune. Aussi usée à l’extérieur qu’à l’intérieur, la maison ancienne, bien froide aussi. Justine la découvre comme ses filles et  les réconforte, trouve comment faire du feu, voit que les lits ont été préparés. Bien plus, Matthew, qui pourrait sembler inquiétant, bourru, vient leur apporter  des provisions, et se révèle protecteur.

Elle pense aux trois soeurs, Lucy, Lilith, qui est partie avant elle, restées ensemble avec leur mère, Emily, la toute petite, dont la disparition à six ans un jour d’été n’a jamais été élucidée …  Justine  a laissé son emploi chez un médecin à San Diego, et même avec l’héritage, elle doit envisager de trouver un travail dans la région. Tout d’abord, elle inscrit ses filles à l’école la plus proche. Du point de vue d’Angela et Melanie, le contraste est rude, surtout à cette saison. De toutes façons, la directrice de son école l’avait prévenue que Melanie connaissait des difficultés, et il semblerait que la petite fille soit secrètement soulagée de partir.

Restée seule, elle fait l’inventaire, évidemment émue, et découvre des carnets noirs écrits par Lucy à son intention. Lucy a vu les années passer  et elle a tenu à transmettre ses souvenirs et ses révélations à sa nièce.

Et c’est ainsi que le récit se déroule en deux temps, alternant les chapitres de  1935, quand Lucy se raconte à la première personne, et de 1999, puisque Justine  tente de reconstruire un foyer pour ses filles et elle. Elle veut leur préparer des cookies qui font toujours plaisir,  mais elle s’aperçoit au dernier moment que le four ne fonctionne pas ! Néanmoins, la maison se réchauffe et un rythme de vie s’installe. Elles partent toutes les trois en voiture le matin, et pendant que ses filles sont en classe, Justine se rend à la bibliothèque qui porte le nom de sa tante Lucy  car elle  y a travaillé et a laissé ses livres  … cherche un emploi, se met dans l’ambiance en déjeunant dans un petit restaurant de l’endroit, puis récupère ses filles.

Elle découvre par les carnets de Lucy la vie de sa famille en cet été de 1935, quand il faisait si beau. Lucy et Lilith nageaient, se rendaient au lodge rencontrer les jeunes venus en villégiature avec leurs parents, comme tous les ans.  Et elles parcouraient la forêt entourant le lac, avec leur vie bien à elles. Elles avaient aménagé  l’intérieur de l’Arbre de Cent ans  en cachette conçue comme un abri.  La petite Emily  suivait comme elle pouvait, et préférait souvent rester  avec leur mère. Quant au père, il se montrait de plus en plus intransigeant au fur et à mesure que ses filles devenaient jeunes filles, particulièrement Lilith, qui, selon lui, ne devait pas avoir d’amoureux.

Les frères Miller  sont de bons camarades, Matthew veillant sur son jeune frère Abe, un peu simple d’esprit.

Mais à la fin de l’été, quand  les familles préparent leur départ, et que se met en place la fête habituelle, les événements prennent un tour inhabituel, étrange.

Emily a trouvé une portée de chatons dans la forêt et veut bien repartir en ville, mais avec son chaton préféré, ce que sa mère refuse. Emily tente alors de s’enfuir …  on la retrouve,  toute menue, toute fragile, mais une nuit, elle disparait pour de bon, et jamais on ne la reverra, sa mère restant pétrifiée de douleur, et quant à son père …

1999 :  Justine s’aperçoit que Melanie a une véritable fascination pour Emily, dont elle voit les photos. La directrice de l’école lui fait part de son inquiétude car les dessins de Melanie sont révélateurs de violences, mais pourquoi ? Sa fille ne lui dit rien. A l’école aussi, une fête se prépare, et la professeur de chant lui dit que Mélanie est très douée.

Et voilà  que Patrick  arrive, toujours soucieux de se rendre utile, à sa  façon que d’instinct,  Justine avait estimée exagérée.

Heather Young  fait monter le suspense  parallèlement, à plus de soixante années d’intervalle, faisant preuve d’une maîtrise de grande romancière. On lit une chronique familiale, d’un été à un hiver, d’une génération de femmes à une autre, et tout à coup, les drames incroyables surgissent pour Lucy, Lilith,  Emily en 1935,  et pour Justine, en cet hiver 1999,  à Noël.

Je peux dire que je n’ai  rien vu venir, et que, toute prise par la douceur, poétique et précise, de l’ écriture, l’atmosphère bien rendue du lac fascinant et de ses environs, j’ai eu un choc, double  ! Tout s’explique, les réticences de Justine vis à vis de  Patrick,  le secret qui lie Lily et Lilith, l’attirance de Melanie pour Emily. C’est incroyable. ( J’ai quand même mis quelques indices, très  discrets ! – ah, ce four ! et les dessins )

Ce roman m’avait été recommandé, recommandation   amplement justifiée  : un premier roman magistral, dans une nouvelle collection,   » Le cercle Belfond « .

Heather Young – Un été près du lac – Roman traduit de l’américain   » The Lost Girls  »  par  Carla Laveste – Editions Belfond – 384 pages – 21, 50 Euros – Collection  »  Le cercle Belfond « 

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Ann Petry – La Rue – roman traduit de l’américain par Martine Monod, Nicole et Philippe Soupault – Editions Belfond vintage – noir

A découvrir, ce roman extrêmement fort, très dur, sans aucun effet de style, mais qui laisse une impression durable. On n’oublie pas Lutie Johnson, cette jeune femme noire qui veut préserver son fils Bub de toute mauvaise influence en trouvant un meilleur travail, un meilleur appartement.

Lutie ne ressemble pas du tout à l’illustration de la couverture :   » Ses cheveux bien coiffés sur son front, sa peau douce et unie,  sa démarche gracieuse, sa longue  jupe noire flottante  » …

Au tout début du récit, elle lutte contre le vent froid de novembre qui l’empêche de lire un écriteau proposant un appartement de trois  pièces dans un immeuble  de la 116e Rue. Elle est réaliste :

 » Lutie se retourna et fit face au vent  pour considérer la rue : vieilles maisons aux fenêtres étroites,  qu’on devinait partagées en petites niches obscures. Rue si mal orientée qu’il ne devait jamais y avoir de soleil dans les appartements. Un four en été et une glacière en hiver.  » Prix raisonnable « , dans  cette rue noire et populeuse, ce devait être vingt huit dollars au moins, aux étages supérieurs.

Le vestibule serait petit et sombre. Elle haussa les épaules.  Trouver un appartement où elle vivrait seule  avec Bub avait plus d’importance qu’un vestibule sombre « .

Elle se décide, choisit d’ignorer la dame aimable à sa fenêtre du rez de chaussée qui a transformé son appartement en maison accueillante pour messieurs, et voudrait voir en elle une de ses pensionnaires, puisqu’elle a besoin d’argent  …  le concierge bizarre ajoute à l’ambiance glauque lors de la visite de l’appartement. Il ne comprend pas du tout qu’il ne l’intéresse pas et lui assure qu’il va repeindre tout l’appartement qui en a besoin.

Lutie était  allée jusqu’au bout de ce qu’elle pouvait supporter : son mari Jim fait partie des hommes qui ne trouvent pas de travail et passent leurs journées tant bien que mal. Elle avait choisi de prendre à la maison des enfants en pension, elle avait accueilli en même temps son père tandis qu’elle travaillait à l’extérieur et cela s’était mal passé en son absence si bien que les enfants lui avaient été retirés. Elle avait alors répondu à une annonce recherchant une femme de ménage pour une famille du Connecticut, et cela fonctionnait bien. Elle pouvait envoyer des chèques pour couvrir l’hypothèque, revenir à Harlem pendant des périodes de quatre jours, revoir Jim et Bub.

Mais on la prévient que pendant ses absences, son mari a installé une autre femme chez  elle. Lutie  quitte alors au plus vite   son bon travail – qui n’était pas sans inconvénients non plus – pour  » virer  » l’intruse,  son mari – qu’il se débrouille sans elle désormais ! -et partir avec son fils.

Femme de caractère ainsi qu’on le voit, avec quelques économies, elle se retrouve alors dans cette 116e Rue qui est tout ce qu’elle peut s’offrir, en espérant mieux. Tout en travaillant dans une blanchisserie, elle a pu terminer ses études pour passer des examens et entrer au Service social. Et elle est pleine d’enthousiasme !

Les difficultés ne sont pas résolues. Elle est absente toute la journée et il n’est  pas pensable que Bub reste seul dans l’appartement  en sortant de l’école. Mais il ne peut pas non plus errer dans la rue, même s’il écoute ses conseils. Le concierge croit s’attirer ses bonnes grâces – il n’est pas très psychologue ! – en fabriquant pour Bub un attirail de cireur de chaussures. Bub serait heureux  de rapporter un peu d’argent à la maison, mais Lutie se met en colère et casse tout. Son fils, petit cireur de chaussures ? Jamais. Ce serait le début de l’engrenage contre lequel elle lutte.

Un soir, Lutie décide de se changer les idées, de se faire belle pour aller passer un moment dans un café avec orchestre. Elle se met à chanter et  ce sera peut-être le tournant de sa vie.  Le directeur du Casino, Boots,   la remarque et lui propose de revenir pour faire un véritable essai comme chanteuse d’orchestre, avec contrat à la suite. Mais c’est encore un traquenard. Elle avait rêvé …   » Elle s’arrêta et tapa violemment du pied. Forte, être forte.  Il fallait être forte. Si forte que rien, la rue, les maisons, les gens,  ne pourrait l’ébranler  …  Peu à peu, elle tirait les conclusions de son échec ; elle échafaudait une philosophie qui l’aiderait à rebâtir ses espérances détruites.  La terre ne s’était pas ouverte sur ses pas, l’entraînant sous un monceau de pierres et de gravats. Et cependant, en écoutant Boots, elle avait senti le sol se dérober sous elle « .

Mais ce n’est pas son échec  ! On voit bien qu’elle est une femme droite, extraordinaire, et on lui souhaite la bonne vie  qu’elle mérite, avec son fils. Que peut-elle faire de mieux dans un milieu où prédominent la corruption, la misère, la saleté morale et physique alors qu’elle-même est lumineuse et droite, bonne mère,  jeune femme séduisante, qui chante avec talent.  On pense aussi au destin de Billie Holliday, si sensible et qui n’a pas eu sa résistance.

( Quelquefois, quand je vois qu’une histoire va vers une fin dramatique, j’anticipe un peu et je lis les dernières pages …  c’est ce que j’ai fait, et pourtant, les péripéties ultimes sont absolument incroyables, impossibles à prévoir ).

Ce magnifique roman vraiment noir a eu beaucoup de succès à sa parution en 1946 et est devenu rapidement un best-seller. Ce n’est pas un récit autobiographique, mais Ann Petry a mis dans son roman son expérience de la vie du Harlem d’alors qu’elle connaissait pour avoir travaillé dans le domaine social. Il attira  l’attention de Philippe Soupault qui le fit publier en France en 1948.

Ann Petry – La Rue – Roman traduit de l’américain  par Martine Monod, Nicole et Philippe Soupault – Editions Belfond  Vintage noir – 385 pages –  18 Euros

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John Grisham – L’informateur – Roman traduit de l’anglais ( Etats-Unis ) – Editions JC Lattès

John Grisham : valeur sûre ! on est sûr de suivre une excellente intrigue, avec le soulagement d’une bonne issue, quand les méchants perdent, que les bons ont  la satisfaction du devoir accompli, et  reçoivent quelquefois une récompense en plus.

Pour les lecteurs français, une plongée dans le système judiciaire des  Etats-Unis.

Ainsi, il existe un Service de l’Inspection judiciaire – BJC – Board on Judicial Conduct, composé d’avocats  membres d’une agence gouvernementale, donc fonctionnaires. Ils ont pour mission de vérifier le comportement des juges qui dérapent pour une raison ou une autre. Lacy, devenue célibataire, et Hugo, marié, père de famille, forment une bonne équipe et leur secteur est la Floride  :

«  Les coupes de budget avaient décimé les effectifs et le BJC n’avait plus que six enquêteurs. Six, pour un Etat de vingt millions d’habitants, avec mille juges dans six cents tribunaux gérant cinq cent mille affaires par an.  Lacy se félicitait que les magistrats, dans leur immense majorité,  soient honnêtes, consciencieux, épris de justice et d’équité,  car le petit nombre de pommes pourries l’occupait déjà cinquante heures par semaine « .

Ils ont rendez-vous avec un informateur, Greg Myers, qu’ils retrouvent dans son bateau qui a pour base le port : il ne donne pas son vrai nom et n’a pas de domicile non plus, mais les éléments qu’il leur confie sont d’une extrême gravité, et il sait qu’il prend des risques.

Comment se fait-il en effet que la juge Claudia Mc Dover donne systématiquement raison à une partie dans de nombreux procès avec en toile de fond un casino construit sur une réserve indienne, qui procure de gros gains à  certains, et en particulier  elle et son amie Phyllis ?  Par le jeu de sociétés – écran, elle  possède plusieurs appartements et une véritable fortune cachée. Les « appartements – fantômes  » existent dans les nouvelles résidences. Vêtue hors tribunal, ou non,  de façon luxueuse, elle et Phyllis parcourent le monde en jets privés.

Greg Myers les avertit qu’il y a danger. Deux innocents ont été assassinés à leur domicile et un autre innocent a été jugé coupable par la juge Mc Dover, qui ne discute pas les faux témoignages et l’a expédié dans le couloir de la mort.

Lacy rend visite au condamné, le tient au courant des rebondissements, pour lui redonner espoir et le convaincre de donner ses renseignements, car, dans la réserve, on préfère garder le silence. Une mafia impitoyable est à l’oeuvre.

Les deux enquêteurs courent des risques, et effectivement, l’un se retrouve à la morgue, et l’autre, à l’hôpital, gravement blessée. Mais Lacy continue, et trouve des bonnes volontés. Evidemment, à l’origine des fuites, il existe une  » taupe « , et il faut découvrir laquelle, ne serait-ce que pour la mettre à l’abri. Quand l’affaire prend des proportions, le FBI apporte sa protection et ses moyens.

Ce n’est qu’un court résumé des rebondissements qui surgissent à chaque page, garantissant le suspense bien construit, avec des personnalités fortes,  des dialogues  » costauds  »  et une note d’humour.

Un bon investissement, sain, et on apprend beaucoup …  » Bien mal acquis ne profite jamais  » !

John Grisham – L’informateur – Roman traduit de l’anglais ( Etats-Unis ) par Dominique Defert – 432 pages – 22, 90 Euros

( Tous droits réservés, etc – copyright )

 

 

 

 

Thornton Wilder – Mr. North – Roman traduit de l’américain – Editions Belfond Vintage

 

Un grand roman  de moeurs réédité parmi les chefs d’oeuvre de la collection  » Vintage  » publiée par Belfond.

Il procure un  parfait dépaysement en 500 pages qui se tournent trop vite.  Nous  voici transportés dans l’Amérique chic, et même ultra-chic d’une station balnéaire qui a ses codes de bonne conduite, ses  mystères, et ses scandales évidemment étouffés, au cours de l’été 1926.

 

Mr North, ainsi se nomme le jeune narrateur en qui Thornton Wilder a mis beaucoup de lui-même, puisqu’il a utilisé son Journal  transposé  en forme de roman  – le dosage entre le romanesque et la réalité  restant son secret.

Donc le narrateur  est fatigué d’exercer sa profession d’enseignant, même temporaire, en attendant mieux, ou autre chose. Il donne sa démission, achète une voiture d’occasion à un ami, qui tient la route juste le temps d’arriver à Newport, où il la revend, et il acquiert une bicyclette. La jolie station balnéaire lui plait tout autant que huit ans auparavant, quand il faisait son service militaire chez les garde-côtes.

Comme l’auteur, Theophilus North a déjà beaucoup voyagé, d’abord avec ses parents entre la Californie et la Chine, puis il  a parcouru, en étudiant,  l’Europe, la France.  Sa culture est grande, ses curiosités multiples, autant que ses vocations successives. Il a rêvé d’être un saint, tout simplement,  puis un anthropologue, ou sociologue, également  détective  » stupéfiant « , puis  un  » stupéfiant comédien « ,  magicien,  amoureux,  aventurier, homme libre.

A Newport, il va pouvoir jouer tous ces rôles à la fois. C’est l’été, et il a l’idée de donner des leçons de tennis, puis sa bonne éducation, son agréable physique, sa culture inspirent confiance, et on lui demande de  faire la lecture, de donner aussi  des  leçons de littérature, de français, d’allemand, d’italien, à des élèves de tous âges.

Ainsi il pénètre dans les familles les plus fermées de Newport, et il rend de multiples services. Mais jamais il n’accepte d’invitation à  déjeuner ou dîner.

Par exemple, il se rend compte qu’un véritable complot familial se trame autour d’un vieux monsieur très riche, au point que ce  monsieur  est convaincu qu’il souffre d’une grave maladie et il vit reclus chez lui. Mr North et lui échangent beaucoup sur la littérature, et peu à peu le jeune homme parvient à le convaincre que le  médecin fourni par la famille ne lui fait pas de bien, mais qu’il peut sortir, marcher sans danger, et remettre un peu d’ordre dans son entourage. Ce n’est pas sans risque pour Mr North qui est menacé,  mais il a déjà su se concilier les policiers de la région, évidemment en toute discrétion. Ce sont des relations utiles.

Chaque chapitre contient une intrigue, et elles   différent  toutes  les unes des autres. Bien sûr, Mr North apporte à chaque fois sa solution.

Ainsi il est averti qu’une jeune fille de vingt six ans,  Diana   » qui a déjà usé pas mal de souliers de bal  » s’apprête à s’enfuir avec un jeune homme pourtant fort convenable. Il faut absolument empêcher ce scandale. Comment le sait-on ? La famille a fouillé dans son linge et trouvé une lettre. Mr North agit avec la plus grande diplomatie, rencontre les amoureux et parvient à persuader la fugitive de retourner  au cours de la même nuit dans  la maison familiale. Les apparences sont sauves. Tant pis pour ce qui était peut-être son grand amour, Diana doit retrouver son père autoritaire qui la prive de liberté, mais sa réputation est sauve.

Il y a plus amusant, quand Mr North découvre ce qui est un atelier de contrefaçons de manuscrits  » authentiques  » en appartement. Il décourage les malfaisants d’une façon tout à fait astucieuse.

Il  noue une  liaison avec une femme très élégante, qui en tant que journaliste, écrit avec esprit sur les habitants de Newport chez qui elle n’est pas reçue, car elle fait partie du  » demi-monde », il   vole au secours d’une jeune femme cloîtrée chez elle car elle attend un bébé et est supposée être fragile, tandis que son mari la trompe. Evidemment elle en souffre, et Mr North s’en aperçoit.  Il lui  lit Shakespeare,  et elle découvre les joies de la lecture, demande des livres, reprend goût à la vie. Mr North fait bien davantage, car il persuade le mari de demander pardon à sa femme et de  lui rester fidèle.

Une maison est supposée être hantée, au point que sa propriétaire la quitte tous les jours en fin d’après-midi car elle  y a trop peur la nuit. Mr North fait circuler des bruits contraires, très positifs, par exemple un miracle s’y est produit. Et cela marche. On accourt !

Il  délivre une jeune veuve très jolie, maman d’un petit garçon,  d’un poids douloureux, et  elle aussi retrouve  la paix. Le magicien qu’est Mr North organise son remariage avec un diplomate de ses amis … Coup double !

Mr North a bien soin de faire remarquer que son prénom, Theophilus, est la traduction en grec du prénom de Mozart, Amadeus – aimé de Dieu.

Délicieuse lecture, animée  par un style fort élégant : Mr North est très cultivé et spirituel.

 

Thornton Wilder – Mr North – (  titre original : Theophilus North ) – Roman traduit de l’américain par Eric Chédaille – Editions Belfond Vintage –  512 pages –  18  Euros

 

site  de  l’auteur : http://www.thorntonwilder.com    ( autres romans en livres de poche )

sites des éditions : http://www.belfond-vintage.fr

http://www.belfond.fr

( Tous droits réservés – copyright  )

 

 

 

Elizabeth George – Une avalanche de conséquences – Traduit de l’anglais ( Etats-Unis ) – Presses de la Cité – ( un grand roman policier en cours de lecture )

 

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Les lecteurs d’Elizabeth George avaient laissé le sergent Barbara Havers à son retour de Florence.  La revoici, faisant toujours équipe  avec le distingué inspecteur Thomas Linley, à Scotland Yard.

Sa façon très personnelle mais efficace de régler une affaire délicate  a  attiré l’attention de la Supérieure Hiérarchique,  qui la tient à l’oeil, avec dans un tiroir une mutation pré-signée pour un joli coin  bien au Nord.

Mais le destin travaille pour Barbara Havers  car elle croise la route d’une  femme écrivain féministe qui l’intéresse personnellement. Elle assiste  à  une conférence, et est surprise par les manières de la femme qui accompagne l’auteur. Cette assistante se montre en effet très possessive, au point de reprendre la carte que Clare Abbott l’auteur  a remise à Barbara Havers. Or, Clare Abbott  est tout simplement intéressée par le Tshirt très vintage que porte la policière en civil ce jour-là.

Et il se trouve que Clare Abbott est découverte inanimée, et même plus,  dans sa chambre d’hôtel, chambre séparée par une double porte de celle de l’étrange Caroline Goldacre …

Quelque temps après, une autre femme est victime de ce qui semble bien une tentative d’assassinat par empoisonnement.

Barbara Havers veut l’enquête  !  Thomas Linley se fait aussi  admonester par la Supérieure hiérarchique, qui a été sa maîtresse …   il faut  préciser qu’il a beaucoup de mal à se remettre de la mort de sa femme, et  il entretient aussi une liaison suivie avec une jeune femme qui travaille dans un zoo.

Mais qui est Caroline Goldacre, sa famille,  car un de ses deux fils s’est suicidé tout au début du roman … et un autre est bizarre …

Je suis parvenue à la moitié environ de ce gros livre qui compte  615 pages … avec envie de faire durer le plaisir. Elizabeth George a une façon très plaisante, précise,  d’agiter ses personnages,  avec une note de légèreté et d’humour appréciables.

Et je n’ai aucune idée de – qui a pu commettre les forfaits …l’étrange et instable   Caroline peut-être,  qui semble la coupable  désignée. Mais ce serait trop facile !

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