Catherine Nay – Souvenirs, souvenirs… – Editions Laffont

Le premier  volume des Souvenirs de la grande journaliste, témoin de notre Histoire contemporaine qu’est Catherine Nay  : passionnant !

Elle se raconte elle-même, fille au milieu d’une nichée de cinq enfants, deux garçons avant, deux après, des jumeaux, une famille unie, cultivée, qui vit à Périgueux :

 » C’était le temps de l’insouciance, mot que l’on ne prononçait pas non plus puisqu’elle était aussi naturelle que l’air que l’on respirait.

A Périgueux, jusqu’à la fin des années 1960, les portes des maisons n’étaient jamais fermées à clef durant la journée, les voitures non plus la nuit. Je n’ai pas le souvenir d’un cambriolage dans le quartier ni d’un conflit de voisinage. Les soirs d’été, les enfants jouaient au jokari dans la rue qui n’était guère passante. Tout le monde se parlait. Sans être familières, les relations y étaient paisibles et cordiales. On échangeait un panier de framboises du jardin contre un bouquet de roses multicolores…

Mon père, ma mère et ma grand-mère formaient une trinité  protectrice et aimante. Leur éducation était suffisamment stricte et souple pour inculquer les usages sans entraver la liberté,  assez chaleureuse et  attentive pour prévenir toute idée de rupture « .

L’épreuve survient quand l’un des jumeaux meurt à 23 ans dans un accident de voiture. Son père fait face  mais il est profondément atteint, comme toute la famille,  évidemment, et quelque chose chez lui a disparu. Elle-même en reste bouleversée.

Elle décide de devenir journaliste, à Paris, et elle connait d’heureux débuts, comme stagiaire à l’Express.  Puis, elle y fait carrière ( très bien rémunérée ). C’était alors le journal de Jean-Jacques Servan-Shreiber, de Françoise Giroud, et de quelques autres, dont Georges Suffert, Claude Imbert. Elle y rencontre Michelle Cotta, qui devient son amie pour la vie. Elle est une des voix d’Europe 1.  Catherine Nay s’adapte, parcourt le monde,  est constamment disponible, travaille beaucoup.

Gaulliste affirmée, Catherine Nay s’occupe de la droite, Michelle Cotta, de la gauche. Et elle précise : contrairement à ce qui a été dit, c’est Jean-Jacques Servan-Shreiber qui a voulu que des femmes  traitent de la politique, et non Françoise Giroud !

Son amour pour la vie, c’est Albin Chalandon, qu’elle rencontre un peu avant 1968. Elle a  22 ans,  lui, 47. Un de ceux que l’on nomme  » les barons du gaullisme « . Il lui raconte sa Résistance, quand tout jeune, il courait des risques à la tête de cinq cents hommes. Puis il entre dans Paris avec la 2ème DB. Le Général le nomme secrétaire général de l’UNR, parti qu’il a lancé en 1958. C’est le début d’une carrière bien remplie, en tant que ministre – divers ministères, homme d’affaires.

Catherine Nay raconte avec délices ses rencontres avec les autres barons du gaullisme, les femmes et hommes qui font l’actualité, et l’actualité elle-même.

Ainsi mai 1968 ? Elle est à Paris, marche… observe, et fait part de ses réflexions notamment sur Daniel Cohn – Bendit, à propos de la fameuse photo face à un CRS :  « tête à claques « . Mais elle se montre objective vis à vis des rumeurs de pédophilie.  La grande professionnelle qu’elle est écarte les rumeurs !

Elle assiste, émue, à une conférence de presse du Général de Gaulle, à l’investiture du président Pompidou, elle est invitée dans l’intimité des personnes  » dont on parle « .

Ses nombreux portraits sont brillants, très évocateurs.  Elle écrit avec son intelligence, son humour, son sens de l’observation, avec prudence, et parfois impertinence, quand elle le peut.

Une écriture féminine  très agréable. Seule une femme journaliste pouvait recevoir certaines confidences,  notamment de Françoise Giroud, ou être invitée avec des consoeurs, à l’essayage chez Chanel, à 9 heures du matin,  d’une égérie qui fut toute puissante, et se montra à elles en combinaison de soie et dentelle.

Mais quand elle rencontre Mitterrand en compagnie de sa petite fille, père attentif lui essayant des chaussures dans un magasin avec vitrine donnant sur la  rue,  et à une autre occasion, elle garde le fameux  » secret  » , y compris dans le livre qu’elle lui consacre. Il semble qu’il ait apprécié.

Oui, passionnant, car c’est notre Histoire qu’elle relate – fait revivre. Le premier tome s’arrête à l’élection de Jacques Chirac.

Catherine Nay –  Souvenirs, souvenirs…  – Editions Laffont  – 352 pages- 21, 50 Euros ( octobre 2019 )

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