L.P. Hartley – Le Messager ( The Go-Between ) – Roman traduit de l’anglais – Editions Belfond -Vintage ( grand roman et grand film – extraits du film )

 

 

Un film mémorable,  qui donnait à voir la campagne anglaise idéale par un bel été qui semblait sans fin, un titre simple qu’on pouvait répéter  comme un  » mantra « . .. Il raconte l’irruption de la passion, de la fatalité dans ce tendre décor. Il développe le thème d’une   » éducation sentimentale  »  chez un jeune garçon de  treize ans, le  » go-between « qui voit cet amour avec ses yeux innocents.

 » Go-Between « entre deux mondes aussi, le sien assez simple mais bien convenable, celui de sa mère qui l’élève, et celui de son ami de collège, Marc, qui l’a invité à passer des vacances dans le très aristocratique manoir de sa famille.

Le gentleman d’environ soixante ans se souvient, au début du roman, dans le  » prologue  » : il retrouve une boite à trésors, contenant les souvenirs de cet été qui fut crucial dans sa vie, et aussi son  » Journal de l’année 1900 « , relié, qui lui avait été offert par sa mère. Il y  a relaté certains  faits et événements de cette année dont il se promettait beaucoup. Il les revit …

Enfant seul, très réfléchi et intelligent, réfléchissant aux phénomènes de la pensée, il avait été exposé  aux moqueries de trois de ses camarades au collège. Mais ces garçons ont été punis par eux-mêmes, certains événements étant survenus … Léon a gagné la considération de ses condisciples qui supposent qu’il leur a jeté un sort. Sa vie au collège s’en est trouvée considérablement pacifiée par la suite.

Son ami Marc souhaite qu’il vienne passer le mois de  juillet au manoir de Brandham Court, berceau de sa famille. Sa mère donne son accord, et le voilà reçu dans la vaste famille des Maudsley.

Léon attire la sympathie – mais on se moque gentiment de lui, car ses vêtements sont trop chauds pour ce mois de juillet aux températures exceptionnelles,  » puissantes «   :

 » Marc et moi nous avons été photographiés ensemble  … Je porte un col d’Eton  et un noeud carré,  un veston Norfolk coupé très haut sur la poitrine, consciencieusement boutonné – on distingue  les boutons de cuir,  ronds comme des balles – enfin, une ceinture, plus serrée qu’il n’était nécessaire. Ma culotte était ajustée sous le genou par une bande d’étoffe  fermée par une boucle. Mais ce détail n’apparait pas sur la photographie car il est caché par d’épais bas noirs …  Pour compléter l’ensemble, je portais  une paire de bottines noires  » …

Mrs Maudsley, la maîtresse de maison, remarque évidemment qu’il  a trop chaud – de même la si belle miss Marian, soeur de Marc son ami, et de Denis.  Marian trouve la solution, et lui pose avec délicatesse les bonnes questions. Bien sûr, la mère de Léon a oublié de mettre ses vêtements d’été dans sa valise,  évidemment ce serait trop long de les envoyer par la poste. il se trouve que l’anniversaire de Léon, né sous le signe du lion, est tout proche, le 27 juillet. Marian propose de lui offrir des vêtements d’été pour son anniversaire, bonne occasion de sortie à Norwich. Il le comprend plus tard : c’est cette journée qui a tout changé. Voilà Léon habillé en jeune homme vert très élégant.  Il a aperçu Marian rejoindre un homme à Norwich, et c’est plus tard aussi qu’il s’apercevra que ce n’est pas une coïncidence.

Des sorties sont organisées chaque jour chez les Maudsley, pique-niques, promenades, et un jour, bain de rivière  qui le surprend beaucoup. Il aperçoit ce jour-là le fermier voisin, Ted Burgess,  qui l’impressionne beaucoup.

La maladie de Marc, une rougeole intempestive, lui donne beaucoup de liberté, et Léon découvre  seul les environs du manoir, jusqu’à retourner à la ferme de Ted Burgess, qui y vit seul. Le fermier l’apprivoise, l’autorise à glisser le long des bottes de paille, ce qui fait la joie du petit garçon.  Léon ne peut refuser de transmettre une lettre de Ted Burgess à miss Marian, ,et bien sûr une autre lettre de miss Marian au beau fermier.  Le jeune garçon se rend bien compte que quelque chose se passe, et il pose des questions sur les relations entre homme et femme à Ted Burgess qu’il pense  accessible. Mais le jeune homme  élude la question.

Léon connait son heure de gloire lors de la compétition de cricket,  et reçoit les félicitations générales. Il est décidément la vedette de cette journée  exceptionnelle, car il chante à merveille, accompagné par Marian.

Peu à peu, Léon est gêné par la mission qui lui est confiée, d’autant que le bruit de la rupture des fiançailles entre Marian et lord Trimingham prend forme.

Inconsciemment,  Léon est attiré par Marian  et il se rend compte que sa situation devient difficile. Il ne veut  trahir personne :

 » Mais en Marian, j’avais eu foi.  Contre elle, j’étais  sans défense. Elle était ma fée- marraine : elle avait la bienveillance magique d’une fée, la bonté naturelle  d’une mère « …

C’est pourtant à cause de lui, Léon,  que la situation se dramatise.

Il ne s’en remettra pas.

Le roman ajoute une suite et fin au film ( mais  je l’avais peut-être oubliée ) : bien des années après, Léon revient sur ses pas et revoit Marian, qui  s’est mariée, a connu des deuils, des épreuves. Elle est toujours inconsciente du mal qu’elle a fait pendant cet été exceptionne,l  malgré elle, et …Léon est toujours amoureux !

L. P; Hartley –  Le Messager ( The Go-Between  ) – Traduit de l’anglais par  Denis Morrens et Andrée Martinerie – Editions Belfond Vintage –  402 pages – 18 Euros

( Andrée Martinerie est par ailleurs une excellente romancière :  » Les autres jours « …

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Rachel Ingalls – Mrs Caliban – Roman traduit de l’anglais – Belfond Vintage (  » fantastique  » )

Rachel Ingalls vient de nous quitter, le 6 mars  2019- mais elle a eu la joie de voir  son roman paraitre en France,  grâce à Belfond Vintage, précisément début mars 2019.

Peut-être un jour pleine justice sera rendue à cette grande romancière discrète, si bien que l’on pourra évoquer  » Mrs Caliban  » comme on le fait pour  » Mrs Dalloway « .

Dorothy Caliban reste à la maison en belle banlieue où elle s’occupe de ses tâches ménagères habituelles, tout  en écoutant la radio, une de ses activités favorites. Elle pense à ses deux enfants, morts l’un après l’autre, à la chambre d’amis qu’elle a aménagée, mais qui reste vide.  Elle ne se pose plus de questions à propos de son mari qui vient de partir à son travail sans lui avoir donné un petit baiser d’adieu, mais en lui disant qu’il ne sait pas à quelle heure il rentrera ce soir…  elle a déjà entendu cela.

Elle se rend au supermarché où elle rencontre sa meilleure amie, Estelle, la divorcée si gaie. Puis elle rentre, met la radio qui diffuse un message mettant en garde les habitants contre une créature, un monstre marin, comme une immense grenouille, qui s’est échappé de l’Institut d’études géographiques, après avoir tué deux chercheurs. Il est qualifié de : hautement dangereux.

Elle préparait la cuisine pour le soir quand :

Mrs  Caliban n’est pas effrayée, ni surprise.  On pourrait même parler de coup de foudre de l’amitié, de rencontre entre deux esprits sensibles pouvant se comprendre.

Elle reçoit fort aimablement la créature – grenouille aux mains vertes – d’ailleurs tout est vert chez lui –  et lui propose à dîner. Il avale avec appétit le plat de spaghettis et il se confie.

Pourquoi a-t-il quitté l’Institut ? Il lui explique qu’il ne pouvait plus supporter d’être l’objet d’expérimentations sadiques, y compris sexuelles, imaginées par les deux scientifiques, et qu’il s’est révolté. Très grand, très fort, il les a blessés, et ils en sont morts. Puis  il s’est enfui.

Ce qu’il voudrait, c’est partir et retrouver son élément aquatique, mais comment faire ? Mrs Caliban envisage calmement toutes les possibilités. Tout d’abord, elle et lui sortent la nuit en voiture, faisant attention à ne pas être repérés. Larry peut rejoindre la mer, et ensemble, ils nagent. Il a besoin de l’élément marin, de liberté.

Leurs relations évoluent et ils deviennent naturellement amis-amants. La chambre d’amis lui convient, et il suffit d’être prudent quand le mari est présent.

Mais les événements se précipitent quand un des enfants d’Estelle a un accident. Dorothy ne s’attendait pas à de pareilles révélations, brutales. Celui qui ne la déçoit pas, à qui elle s’attache, c’est Larry.  Il faut lui aménager une sortie, en veillant à ce qu’il  ne  se fasse pas prendre …  reverra-t-elle Larry, qui a changé sa vie ?

Rachell Ingalls développe cette histoire extraordinaire d’une façon tellement simple, nette, qu’elle parait évidente. Le fantastique s’impose naturellement, comme chez Haruki Murakani.

La créature étrange et sensible a su révéler à elle-même Mrs Caliban, la sortir de ses habitudes, et la  femme au foyer si seule  a le courage d’affronter une nouvelle vie.

Virginia Woolf est allée se perdre dans l’eau …  Mrs Caliban en sort régénérée !

 

 

Rachel Ingalls – Mrs Caliban – Roman traduit de l’anglais par Céline Leroy – Editions Belfond Vintage – 144 pages – 16 Euros

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Betty Smith – La Joie du matin – roman traduit de l’américain – Belfond Vintage

 

Une histoire délicate et délicieuse, racontée avec un humour gentil, celle de la première année d’un jeune couple, Carl, vingt ans, encore étudiant en droit, et Annie, tout juste dix huit ans, depuis le jour de leur mariage, extrêmement simple, comme on voit, car ils se marient à l’insu de leurs familles, qui n’approuvent pas, mais eux savent ce qu’ils font, et ils sont sûrs d’eux :

Ils sont beaux tous les deux. Carl a un physique de sportif intellectuel désinvolte ( tout pour lui !) et Annie se présente comme une adorable jeune fille à qui on donne une quinzaine d’années seulement.

Pas d’argent, et leur premier abri est une chambre meublée chez une dame plutôt sympathique qui leur a préparé un gâteau de mariage. Pour eux deux c’est la première fois, et ensemble … Tout se passe  très bien. Carl doit poursuivre ses études de droit car il a de l’ambition, mais en attendant il doit chercher encore plus de  » petits boulots « , en ajouter à ceux qu’il pratique déjà. Annie joue très bien les maîtresses de maison, et fait connaissance des boutiques du quartier, où elle noue immédiatement des sympathies.

Elle a un grand besoin de lire, et aussi d’écrire. Timidement, elle se rend à l’université pour se joindre aux étudiantes et trouve le chemin du cours de littérature, qu’elle suit, passionnée, depuis le couloir. Puis elle se rend  dans un endroit magique, la bibliothèque :

 »  Elle traversa les pièces l’une après l’autre, parcourut tous les couloirs, passa devant des piles de livres. Elle se délectait de la présence de ces milliers de livres. Elle aimait les livres.  Elle  les aimait avec ses sens et avec son intellect. Elle aimait leur odeur et leur aspect; la sensation de les tenir en mains; ils semblaient murmurer tandis qu’elle tournait les pages. Tout ce qui existe au monde se trouve là, dans ces livres, pensa-t-elle…. Quand elle reconnut  » David Copperfield  » dans le rayon   » D « , elle sourit au livre et dit :  » Hello, David ! « . Puis elle se retourna, confuse, dans l’espoir que personne ne l’avait entendue. Elle avait pour la première fois lu ce livre à l’âge de douze ans … Elle décida aussitôt de le sortir du rayon, et de le relire,  pour voir si elle l’aimait toujours, six ans après. Du rayon  » B « , elle sortit  » Babbitt « . Elle avait lu  » Grande Rue  » et avait été impressionnée par cette nouvelle façon d’écrire; elle se réjouit d’avance de lire ce livre.

Le troisième livre contenait le texte d’une pièce en un acte. Annie avait vu beaucoup de vaudevilles. Elle les connaissait sous le nom de  » Satires « . Mais elle n’avait jamais lu de pièces. Naturellement, il y avait les pièces de Shakespeare; mais elle  les considérait comme de la poésie « .

Voilà Annie immédiatement dans son élément. Elle décide de faire comme les étudiantes, et tout d’abord, avec ses quelques économies, en adopte la tenue, change de coiffure.  La fois d’après, elle se mêle à eux dans la salle … puis elle écrit une courte pièce. Elle se fait remarquer, en bien ! De son côté, David doit rencontrer le Doyen et lui expliquer sa nouvelle situation d’étudiant marié qui a des besoins d’argent.  Officiellement, le Doyen exprime des réserves, mais en tant qu’homme –  il confie qu’il a été étudiant  et jeune marié aussi – il apporte son aide  à David, lui donne de bonnes adresses.

Le Doyen est surpris et charmé  par les initiatives d’Annie,   » votre meilleur atout « , dit-il à Carl.  Annie peut vraiment participer aux cours, remettre ses pièces et nouvelles, qui sont notées, appréciées avec les autres.

Un conte de fées ? Les mères respectives mises devant le fait accompli écrivent pour exprimer leur réprobation. La famille de Carl va même jusqu’à lui demander de rembourser l’allocation régulière qu’elle lui versait,  et qui prend fin. Elle demande aussi  le remboursement de la montre offerte !

Carl devient veilleur de nuit, tombe de sommeil, mais ne lâche pas son but. Il doit apprendre aussi à composer avec le caractère charmant, mais parfois impétueux d’Annie : il y a des heurts, des malentendus, des petites disputes, des découvertes,  mais une entente profonde qui tient bon malgré les difficultés matérielles, la fatigue et parfois le manque de nourriture. Ils ont faim, et en arrivent à cuire pour eux l’os qu’on leur donne pour le chien qu’ils ont recueilli  ( le chien des étudiants qui l’ont laissé pendant les vacances ).

Pour le lecteur extérieur, il est  passionnant de suivre une année  universitaire vue du dedans, au jour le jour, dans les années 1920.

Est-ce ainsi que se forme un écrivain  ? Annie peut passer la nuit à écrire, tandis que Carl travaille  à l’extérieur. Elle se fait toutes sortes de nouveaux amis,  autant de personnalités et de caractères qui prennent place dans son imaginaire.

Voilà une vie à deux qui se façonne peu à peu, sous des yeux qui ne peuvent qu’être attendris. Des bons sentiments, des personnes qui s’entr’aident, voilà aussi pour contribuer au  plaisir d’ une lecture positive, faisant du bien.

La Joie du matin paru  pour la première fois aux Etats-Unis en 1963 et en France chez Stock en 1964, a été adapté au cinéma dès 1965 par Alex Segal avec dans les rôles principaux Richard Chamberlain et Yvette Mimieux.

On pense aussi à une  » Love Story  » aussi touchante  mais qui finit bien.

 

Betty Smith – La Joie du Matin  – Roman traduit de l’américain par Gisèle Bernier – Belfond Vintage  –  448 pages – 17, 50 Euros  –

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Penelope Mortimer – Le mangeur de citrouille – Roman traduit de l’anglais – Belfond Vintage

 

Nervous breakdown,  dépression nerveuse, qui  débute chez Mrs Armitage  par une violente crise de larmes  alors qu’elle se trouve au rayon  « linge de table, serviettes de toilette  » etc, du magasin Harrod’s, Londres, ce qui convient beaucoup mieux pour sécher les larmes et s’effondrer que le rayon   » porcelaines « . On voit là l’humour assez caustique de l’auteur, Mrs Penelope Mortimer.

Mrs Armitage est évacuée du rayon » linge » avec beaucoup de douceur et de considération, et nous la retrouvons chez le psychiatre où elle débute une série d’entretiens  réguliers. Il lui dit, à chaque séance :  » nous faisons des progrès, nous avançons,  prenez vos comprimés « .  Des progrès ?  Elle doute.

Il lui fait la même remarque que son entourage : – mais pourquoi avez-vous six enfants, pourquoi voulez-vous tant d’enfants  ?  – Que peut-elle répondre ? Elle les a, ses six enfants, elle les aime, de même qu’elle a divorcé de deux maris, qu’elle est veuve, et qu’actuellement elle est mariée à Jack, qui a les deux derniers enfants à son actif et a accepté tous les autres. Il travaille assidûment comme scénariste et   améliore constamment les conditions de vie confortables de la famille.

Mrs Armitage revient sur sa première rencontre avec le père de Jack. Il lui demande :   » Je suppose que vous savez ce que vous faites. Qu’en pensent les enfants ? » …

Il entend à peine les réponses et continue : – »  Vous êtes courageuse …  Il met tout en oeuvre pour s’emparer de ce qu’il peut avoir  : une jolie femme sachant cuisiner,  des enfants tout faits, un mobilier important.   Il exigera beaucoup de choses de vous « …

Nul doute que le couple est uni, mais il connait de graves perturbations, quand  Philpot, la jeune fille qui s’occupe des enfants,   » se trouve à la portée   » de Jack et qu’il ne résiste pas. Mais cette histoire lui inspire le scenario qui lui permet d’accéder au succès et à la notoriété.

Les séquences alternent, séjour chez  les Armitage d’une amie de leur fille,  réunions amicales, vie sociale, avances d’un Mr Simpkin dont elle ne veut pas. Son père meurt, et c’est aussi l’occasion d’une conversation entre mère et fille, sa mère lui reprochant d’aimer les enfants et de se réjouir car elle attend le septième !

C »est la même incompréhension de la part du psychiatre, qu’elle finit par quitter en tenant ce solide raisonnement : il lui explique qu’il a besoin de trois semaines de vacances, et elle lui fait observer que si elle peut se passer de lui pendant  ce temps-là, cela signifie que  leur relation est terminée.

A l’ annonce de la nouvelle grossesse, Jack a une réaction violente. En fait, il explose, il lui dit ce qu’il a sur le coeur, car il estime que les enfants  les ont privés de soirées partagées à deux seulement, qu’ils leur ont consacré trop de temps. De  plus, il a accepté des travaux alimentaires.  La tension est à un point tel que Mrs Armitage se réfugie chez un ex-mari qui la reçoit très bien. Mais Jack tient à elle, et elle consent à  faire ce qu’il demande :

 » Non seulement ils ont mis fin ( pour employer leurs propres termes ) à ma grossesse, mais encore ils m’ont stérilisée de façon à ce que je n’aie plus jamais à craindre d’avoir des enfants. J’ai consenti à tout.  Je croyais en Jack, et, de plus, je commençais, très timidement, à croire en moi-même. J’avais l’impression de tâter mon visage très timidement dans l’obscurité « .

Son corps lui devient étranger  par la douleur nouvelle qu’elle ressent, physique autant que morale.  Et elle connaitra d’autres perturbations au point de s’enfuir  une fois encore. Il semblerait alors que  le récit pourrait se terminer par un dénouement à la Hitchcock, mais ses enfants – qu’on lui reproche tant, la relient à la vie.

Pourquoi   » Le mangeur de citrouille   »  ? On ne trouvera aucune recette, mais en exergue, une strophe d’une petite chanson :

«  Pierre, le mangeur de citrouille / Ne pouvait nourrir son épouse./ Dans une citrouille il la mit. /  Et dès lors fort bien la nourrit ».

De ce voyage au fond d’elle-même, de cette confrontation entre sa sensibilité, son intelligence, sa perspicacité  et les réactions de son entourage, qu’elle ne peut occulter, Mrs Armitage sort, différente, apaisée peut-être. Un témoignage émouvant sur une certaine condition féminine.

Extrait :

 

Penelope Mortimer – Le mangeur de citrouille  – Roman traduit de  l’anglais par Jacques Papy – Belfond – 258 pages – 16 Euros – Collection  » Vintage « 

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Erskine Caldwell – La route au tabac – Roman traduit de l’américain – Belfond Vintage – ( un chef d’oeuvre sombre et splendide )

Un grand classique de la littérature non seulement américaine, mais mondiale, que  Belfond Vintage met à son catalogue, après Le Bâtard, Haute  tension à Palmetto.

Telles sont les première lignes du roman. On voit une scène qui pourrait s’imposer au début d’ un film. Lov, homme seul, épuisé par  la chaleur  et le trajet, chargé de son sac de navets, arrive dans la famille de sa femme Pearl, qui ne parle pas, dort sur un matelas à côté du lit, l’ignore, lui qui est tellement amoureux – et frustré. Il a tout essayé, jusqu’à l’attacher sur le lit pour qu’elle soit plus tendre, et cela n’a pas marché.

Il voudrait que Lester ait une explication avec Pearl, et que sa situation qu’on ne peut guère qualifier de conjugale change enfin. Les navets seraient une monnaie d’échange.

 » Lov ouvrit le sac, choisit un gros navet,  et, l’essuyant avec les mains,  il en mordit trois gros morceaux, l’un après l’autre. Dans la cour et sous la veranda, les femmes Lester  regardaient Lov manger. Ellie May sortit de derrière son azedarac  et vint s’asseoir sur une souche de pin, tout près de Lov.  Ada et la vieille grand-mère  étaient toujours sous la veranda, et elles regardaient  le navet, qui, à à chaque coup de dents, diminuait dans la main de Lov « .

Lov gagne sa vie au dépôt de charbon,  les autres enfants Lester ont rejoint les filatures et ils ne donnent plus signe de vie à leur famille. Ada, la mère, épuisée, voudrait du tabac pour calmer ses maux d’estomac provoqués par la faim. Ellie May, jolie fille obsédée par le sexe, est affligée d’un bec-de-lièvre. Son père fait souvent le projet de  l’emmener à la ville pour la faire opérer, mais  cela reste à l’état d’idée vague. Comme d’ailleurs  son obsession : cultiver la terre et refaire pousser le coton, mais il n’a plus rien, et quand il se rend à la ville pour obtenir du crédit, la réponse est inévitablement  négative. Pourtant il y pense toujours. Même sa voiture est devenue une épave. Dude, le fils qui reste, est un simple d’esprit.  Quant à la grand-mère, rudoyée, rejetée  par  toute la famille, elle s’enveloppe de loques  et souffre de la faim, du manque de tabac aussi. Pourtant il fut un temps où la route au tabac proche apportait la prospérité.

Ce jour-là,  la faim est la plus forte, et Lov est dépouillé de son sac de navets, dévoré crus par la famille.

Un jour, quelqu’un  arrive. Bessie,  prédicatrice  d’une religion dont elle est la seule adepte, vient rendre visite à la famille, et elle fait des avances à Dude. Le mariage se conclut à la ville proche très rapidement, et Bessie l’a obtenu en faisant miroiter la forte assurance-vie qu’elle vient de toucher à la mort de son ancien mari. La somme est immédiatement dilapidée dans l’achat d’une voiture toute neuve, qui ne reste pas huit jours dans cet état … et c’est le seul moment drôle – ou plutôt caustique de ce roman terrible dont on pourrait trouver un équivalent chez Emile Zola ou Guy de Maupassant. Rien ne vient éclairer ces ténèbres, aucune lueur, aucune compassion si ce n’est celle que le lecteur finit par éprouver pour ces victimes d’une crise qui les dépasse.

On se doute que le roman ne peut pas bien se terminer. Celle  qui s’en sort, c’est Pearl, qui quitte Lov et va tenter sa chance à la ville, comme ses frères et soeurs. Dude, Ellie May, peut-être.

Le génie du romancier est de donner de la beauté au sordide, par la force, la sobriété de son écriture et d’en faire une oeuvre d’art. Un livre comme un témoin pour que les victimes ne soient pas oubliées. De par le monde, il existe des conditions de survie, ou de non-vie aussi tragiques que  celles-là. Mais il n’y a pas de Mère Teresa partout et à toutes les époques !  Ainsi le roman atteint l’universel.

Erskine Caldwell – La route au tabac – Roman traduit de l’américain par  Maurice-Edar Coindreau – Editions Belfond- Vintage –  223 pages-  17 Euros

 

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Josephine Johnson – Novembre – Roman ( Etats-Unis ) – Editions Belfond Vintage

Voici un grand livre, pas seulement un très bon roman, qui a une portée universelle et prend place dans la littérature de tous les temps, tous les pays.

L’auteur, Josephine Johnson, avait seulement vingt quatre ans lorsque  le chef d’oeuvre, qu’elle publia en  1934, obtint le  prestigieux Prix Pulitzer en 1935 : elle reste  la plus jeune lauréate pour un livre d’une grande maturité, qui n’évoque pas seulement les tragédies de la Grande Dépression, comme ses confrères John Steinbeck, William Faulkner,  mais parle à tout être humain des coups du sort, d’injustice, d’épreuves,   de fatalité et de beauté.

Souvenez-vous,  pour Scarlett d' » Autant en emporte le vent « , la terre de Tara était la seule chose qui comptait, la terre solide où elle revenait dans les tourmentes de sa vie,  » the red earth of Georgia « …
Chez Josephine Johnson, même la terre trahit.

Arnold Harmarne a cinquante sept ans au début du récit  et il a été élevé à la campagne, qu’il a quittée à seize ans :  » pour s’en aller à Bone, se créant là-bas une situation dans les fabriques de bois de construction.  Grâce à son sens de l’économie, il avait fait une ascension lente et dure, comme un chêne ou un frêne qui pousse avec effort mais dont le bois a bien plus de valeur que celui du peuplier qui s’élance de deux pieds en une saison.

Maintenant il était rabattu à la racine. Ce doit être une étrange expérience pour un homme que de travailler des années durant pour obtenir la sécurité et la paix et de voir en quelques mois le tout réduit à zéro; d’éprouver ce sentiment singulier de vide et de noir que donne le fait de n’être plus utile nulle part. Tout lui était venu lentement, et reparti d’un seul coup, aussi était-il devenu méfiant envers la terre elle-même.

Nous emportions nos lits dans le chariot. Notre voiture était vendue ainsi que la plus grande partie du mobilier. « 

La famille garde ce qu’on ne peut enlever : les souvenirs, et aussi les livres – ajoute l’auteur – parce qu’il y en avait trop à vendre,  » que la planète en était déjà encombrée « .

Elle retourne dans les collines du Middle West, là où se trouve le domaine, maison et terres, collines et vergers :

 » La maison était ancienne, et construite non pas de  poutres, mais de planches, de haut en bas,  à la manière des granges. Elle était recouverte de jasmin et de vigne vierge rouge enchevêtrés en lourdes masses au-dessus du porche.Le raisin sauvage noir  mûrissait sur la margelle du puits, et sur la pompe, il y avait un plant de vigne cultivée …   Ce premier printemps où tout nous paraissait nouveau, je le revois sous deux aspects  différents : l’un voilé de crainte et d’angoisse, partout où se trouvait Père, et comme sous un brouillard gris. Ce brouillard n’était pas toujours visible, mais toujours là; et cependant il se mêlait un autre sentiment à celui-ci,  notre amour pour le pays lui-même, changeant et beau à toute heure et de mille aspects divers « .

Leur Mère voit les pentes  chargées de pommiers anciens  qui semblent forts et beaux. Elle se représente les efforts à faire  pour la cueillette, mais elle en est simplement  heureuse. Sa fille, la narratrice,  Merle, sa petite soeur qui a dix ans, prennent cette vie nouvelle pour une grande aventure, observent les oiseaux, des animaux inconnus,  se réjouissent de trouver des pelouses de myosotis ou de pensées sauvages. Pourtant Margot comprend  que non seulement la  terre, mais la maison, sont grevés d’hypothèques, ce qui mine son père et lui donne une inquiétude  permanente. Quand sa mère le découvre également, alors qu’elle se croyait à l’abri, elle  garde simplement au fond d’elle  :   » une espèce de paix intérieure. Je pense que c’était la foi « ,  dit sa fille.

Tous les ans, il faut trouver l’argent pour payer les hypothèques …

Pendant dix ans, le temps du récit, la famille se répartit les tâches, et vit pratiquement en autarcie.

On trait les vaches, et on vend le lait à la ville voisine … on vend aussi les oeufs, la volaille, les porcs  et les lapins. Il y a tout ce qu’il faut pour du pain, et  le gâteau d’anniversaire.

On n’achète que peu de choses : les fameuses rondelles pour  fermer les bocaux de légumes ou de fruits. Tout pousse, et il leur arrive de passer des nuits afin que les abondantes récoltes de cerises  soient  transformées en conserves. Le climat est rude mais  ils savourent  les épinards, et les fraises.

Vu de l’extérieur, cela semble une parfaite répartition, et une véritable organisation. Le père a embauché un aide, qui le quitte pour travailler sur le chantier d’une route. Son remplaçant est Grant Koven, un des fils du fermier voisin. Pour salaire, il a les repas et une participation aux ventes des récoltes.

Ils ont aussi deux fermiers voisins, les Rothman au  Nord qui ont une meilleure terre, les Ramsey, plus au Sud,  des Noirs moins bien lotis, avec cinq  enfants, dont deux adoptés. Tous s’entendent bien, se prêtent aide, secours, outils, se rendent service.

Karren, la fille aînée, à la beauté sauvage, est aussi une préoccupation pour son père.  Elle mène sa vie propre, et il lui arrive de partir au galop avec l’alezan parcourir la campagne … son père alors malgré sa fatigue veille jusqu’à son retour. Elle inquiète sa soeur Margot qui remarque à quel point son attitude trouble la famille …  Elle provoque un drame le jour de  l’anniversaire de son père, et on peut considérer qu’après ce jour, la vie sera compliquée. Cependant la paix revient quand Karren remplace  l’institutrice et est absente toute la journée.

Quelque chose ne va vraiment pas avec Karren, car Margot va à l’école voir  comment  se comporte sa soeur, et ce qu’elle constate l’effraie, au point qu’elle avertit ses parents que Karren est incapable d’enseigner, que les enfants ne peuvent rien apprendre avec elle.

Courageuse Margot, mais comment faire comprendre à Karren que la seule solution est de revenir à la ferme … Il le faut pourtant.

Un jeune  homme sympathique et séduisant, Grant,  et trois jeunes filles. On pourrait penser qu’il y aura  une rivalité amoureuse ? Pas du tout ! Les trois soeurs aiment Grant :  chacune son secret.

Même l’homme qui vient chaque année récolter   » les loyers « , les hypothèques, se montre  chaleureux et humain.

La tragédie vint du  ciel. Lors du printemps de la dixième année, la pluie se fit attendre. Les mois passèrent, et la chaleur envahit tout :

 » En juillet la moitié du maïs avait péri et crissait dans les champs comme du papier.  Les pâturages étaient carbonisés. Je tombai dans les bois un jour, la poussière des feuilles mortes s’envola en un nuage. Le lait tarissait dans les mamelles des vaches. Nous entendions dire que les prix montaient,  mais Père ne gagnait pas davantage  sur son lait et obtenait moins d’argent pour les vaches  qu’il vendait puisque les autres fermiers faisaient de même…  Les mares  n’étaient plus qu des trous béants, craquelés, lisses de boue séchée. J’entendais continuellement meugler les veaux dans les pâturages, ils avaient chaud et soif mais je ne pouvais leur donner à boire que le soir.

Il fallait aller puiser de l’eau à trois milles de là dans un étang, et les chevaux avaient des plaies, même après leur repos durant  le temps  où nous avions emprunté les mulets de Ramsey.  La chaleur était comme une main posée  sur le visage nuit et jour. Quand tout serait mort enfin,  je pensais que nous serions délivrés de l’espoir, mais l’espoir est une obsession qui ne meurt jamais.  Peut-être les mares vont-elles se remplir … Les pâturages d’automne  pourraient reprendre avec la pluie,  l’eau monterait dans les citernes…  Il y avait toujours cette horrible torture de l’espoir  qui ne mourrait qu’avec la vie.

Merle, seule, ne semblait pas se douter de la chaleur.  Elle travaillait aux champs avec Père et Grant, elle était bronzée d’un brun foncé mordoré. Je remarquai qu’elle devenait plus silencieuse en ce temps-là « .

Un jour, de gros nuages survinrent, et on sortit tous les récipients. Mais ils s’effilochèrent, passèrent en ne laissant tomber que quelques gouttes.

Le pire se produisit : le feu envahit les terres qui étaient au plus sec, et il y eut pire encore … il semblait que la tragédie ne finirait pas.

Dans la construction habile de son roman, la narratrice va jusqu’au bout du drame  injuste. Il convient de revenir alors aux premières pages, au  » prologue  » qui prend tout son sens. La narratrice réfléchit:

« Ce fut une longue année que la dernière, et plus pleine de signification que ne l’avaient été les dix précédentes. Il y eut des nuits où je sentais que nous avancions vers une heure terrible et sans espoir mais, lorsque cette heure arriva, elle fut hachée et confuse parce que nous en étions trop près, et ne ne compris même pas bien qu’elle était venue.

Aujourd’hui je puis regarder en arrière et voir les  jours écoulés comme le fait celui qui contemple de loin le passé ; ils ont plus de forme et de sens qu’autrefois. Mais rien n’est jamais fini, on ne laisse rien derrière soi sans retour « .

Une beauté d’écriture qui sert admirablement la profondeur de la réflexion. Le lecteur accompagne la famille courageuse, et ses voisins. On aimerait tellement que quelque chose se produise pour les délivrer de leurs malheurs !

Ce que disait Fellini à Georges Simenon, au cours d’une conversation entre amis, pourrait convenir à ce récit :

 » Lorsqu’on referme un de vos récits,  même s’il finit mal, et en général il finit mal, on y a puisé une énergie nouvelle. Je crois que l’art, c’est ça, la possibilité de transformer l’échec en victoire, la tristesse en bonheur. L’art, c’est le miracle « 

( Dans : L’Express,  4 novembre 1993 )

Josephine Johnson – Novembre – Roman traduit de l’anglais ( Etats-Unis ) par Odette Micheli – Editions Belfond Vintage –  192 pages – 14 Euros

( Tous droits réservés – copyright- etc )

 

 

 

 

 

 

 

Thornton Wilder – Mr. North – Roman traduit de l’américain – Editions Belfond Vintage

 

Un grand roman  de moeurs réédité parmi les chefs d’oeuvre de la collection  » Vintage  » publiée par Belfond.

Il procure un  parfait dépaysement en 500 pages qui se tournent trop vite.  Nous  voici transportés dans l’Amérique chic, et même ultra-chic d’une station balnéaire qui a ses codes de bonne conduite, ses  mystères, et ses scandales évidemment étouffés, au cours de l’été 1926.

 

Mr North, ainsi se nomme le jeune narrateur en qui Thornton Wilder a mis beaucoup de lui-même, puisqu’il a utilisé son Journal  transposé  en forme de roman  – le dosage entre le romanesque et la réalité  restant son secret.

Donc le narrateur  est fatigué d’exercer sa profession d’enseignant, même temporaire, en attendant mieux, ou autre chose. Il donne sa démission, achète une voiture d’occasion à un ami, qui tient la route juste le temps d’arriver à Newport, où il la revend, et il acquiert une bicyclette. La jolie station balnéaire lui plait tout autant que huit ans auparavant, quand il faisait son service militaire chez les garde-côtes.

Comme l’auteur, Theophilus North a déjà beaucoup voyagé, d’abord avec ses parents entre la Californie et la Chine, puis il  a parcouru, en étudiant,  l’Europe, la France.  Sa culture est grande, ses curiosités multiples, autant que ses vocations successives. Il a rêvé d’être un saint, tout simplement,  puis un anthropologue, ou sociologue, également  détective  » stupéfiant « , puis  un  » stupéfiant comédien « ,  magicien,  amoureux,  aventurier, homme libre.

A Newport, il va pouvoir jouer tous ces rôles à la fois. C’est l’été, et il a l’idée de donner des leçons de tennis, puis sa bonne éducation, son agréable physique, sa culture inspirent confiance, et on lui demande de  faire la lecture, de donner aussi  des  leçons de littérature, de français, d’allemand, d’italien, à des élèves de tous âges.

Ainsi il pénètre dans les familles les plus fermées de Newport, et il rend de multiples services. Mais jamais il n’accepte d’invitation à  déjeuner ou dîner.

Par exemple, il se rend compte qu’un véritable complot familial se trame autour d’un vieux monsieur très riche, au point que ce  monsieur  est convaincu qu’il souffre d’une grave maladie et il vit reclus chez lui. Mr North et lui échangent beaucoup sur la littérature, et peu à peu le jeune homme parvient à le convaincre que le  médecin fourni par la famille ne lui fait pas de bien, mais qu’il peut sortir, marcher sans danger, et remettre un peu d’ordre dans son entourage. Ce n’est pas sans risque pour Mr North qui est menacé,  mais il a déjà su se concilier les policiers de la région, évidemment en toute discrétion. Ce sont des relations utiles.

Chaque chapitre contient une intrigue, et elles   différent  toutes  les unes des autres. Bien sûr, Mr North apporte à chaque fois sa solution.

Ainsi il est averti qu’une jeune fille de vingt six ans,  Diana   » qui a déjà usé pas mal de souliers de bal  » s’apprête à s’enfuir avec un jeune homme pourtant fort convenable. Il faut absolument empêcher ce scandale. Comment le sait-on ? La famille a fouillé dans son linge et trouvé une lettre. Mr North agit avec la plus grande diplomatie, rencontre les amoureux et parvient à persuader la fugitive de retourner  au cours de la même nuit dans  la maison familiale. Les apparences sont sauves. Tant pis pour ce qui était peut-être son grand amour, Diana doit retrouver son père autoritaire qui la prive de liberté, mais sa réputation est sauve.

Il y a plus amusant, quand Mr North découvre ce qui est un atelier de contrefaçons de manuscrits  » authentiques  » en appartement. Il décourage les malfaisants d’une façon tout à fait astucieuse.

Il  noue une  liaison avec une femme très élégante, qui en tant que journaliste, écrit avec esprit sur les habitants de Newport chez qui elle n’est pas reçue, car elle fait partie du  » demi-monde », il   vole au secours d’une jeune femme cloîtrée chez elle car elle attend un bébé et est supposée être fragile, tandis que son mari la trompe. Evidemment elle en souffre, et Mr North s’en aperçoit.  Il lui  lit Shakespeare,  et elle découvre les joies de la lecture, demande des livres, reprend goût à la vie. Mr North fait bien davantage, car il persuade le mari de demander pardon à sa femme et de  lui rester fidèle.

Une maison est supposée être hantée, au point que sa propriétaire la quitte tous les jours en fin d’après-midi car elle  y a trop peur la nuit. Mr North fait circuler des bruits contraires, très positifs, par exemple un miracle s’y est produit. Et cela marche. On accourt !

Il  délivre une jeune veuve très jolie, maman d’un petit garçon,  d’un poids douloureux, et  elle aussi retrouve  la paix. Le magicien qu’est Mr North organise son remariage avec un diplomate de ses amis … Coup double !

Mr North a bien soin de faire remarquer que son prénom, Theophilus, est la traduction en grec du prénom de Mozart, Amadeus – aimé de Dieu.

Délicieuse lecture, animée  par un style fort élégant : Mr North est très cultivé et spirituel.

 

Thornton Wilder – Mr North – (  titre original : Theophilus North ) – Roman traduit de l’américain par Eric Chédaille – Editions Belfond Vintage –  512 pages –  18  Euros

 

site  de  l’auteur : http://www.thorntonwilder.com    ( autres romans en livres de poche )

sites des éditions : http://www.belfond-vintage.fr

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