Balli Kaur Jaswal – Les incroyables aventures des Soeurs Shergill – Roman trad. de l’anglais ( Singapour ) – Editions Belfond – le Cercle

Elles sont si  attachantes, les trois soeurs Shergill, que je n’avais pas  envie de quitter  leurs aventures amusantes et émouvantes, racontées avec brio par une romancière qui connait à fond la situation des femmes en Inde, et en Grande-Bretagne. Elles affrontent parfois le pire, et elles s’en sortent, l’une ou l’autre, ou toutes les trois. J’ai ralenti la lecture, exprès. Quel humour, quel voyage au pays des traditions complexes, toujours vivantes, même pour des jeunes femmes très contemporaines.

Et leur mère, Sita ! De sa chambre d’hôpital à Londres, elle écrit sa lettre d’adieu à ses filles Rajni, Jezmeen et Shirina, pour leur demander d’effectuer à sa place le voyage ou plutôt le pélerinage en Inde qu’elle aurait tant voulu faire de son vivant. Elle a maintenant tout juste la force d’écrire son amour pour ses filles. Elle leur demande aussi de répandre ses cendres en Inde :

 » Voici une liste des endroits que j’aimerais que vous visitiez pour moi une fois que je ne serai plus de ce monde. Le voyage devrait  durer une semaine et vous mènera sur les routes de Delhi, d’Amritsar et j’en passe. Ensemble, vous devrez effectuer un seva pour venir en aide aux autres et pratiquer la modestie,  vous baigner dans un sarovar pour laver et purifier votre âme,  et marcher jusqu’aux sommets de la spiritualité pour rendre grâce au corps, notre enveloppe charnelle sur Terre.

Je souhaiterais aussi que vous répandiez mes cendres en Inde. J’ai également inclus dans l’itinéraire  … quelques lieux que je n’aurais jamais la chance de faire. Regardez le soleil depuis la Porte de l’Inde, partagez  un repas frugal …

Je voudrais que vous goûtiez aux petits plaisirs que la vie vous offre. S’il vous plait, faites le pour moi. Avec tout mon amour. Votre mère « .

Elles partent, chacune avec un bagage, ou plutôt un fardeau.

Raji, mariée, pense  s’évanouir lorsque son fils de dix-huit ans, lui annonce qu’il va se marier avec une femme de trente-six ans, sept ans de moins qu’elle, et qu’un bébé est en route. Mais elle doit répondre à un appel téléphonique de Jezmeen, au sujet de leur départ en avion.

Jezmeen  a  pris un travail temporaire de maquilleuse dans un grand magasin, car sa carrière à la télévision et au cinéma semble compromise, malgré sa vitalité, son talent et sa beauté, parce qu’ une vidéo très embarrassante circule  à une vitesse incroyable. On la voit, maladroite, causer la mort d’un malheureux animal dans un aquarium.

Les deux soeurs seront rejointes à l’aéroport  par Shirina arrivant de Melbourne, Australie, où elle s’est mariée   » à l’ancienne  »  avec le fils d’une riche famille,  avec l’inconvénient qu’ elle doit obéir à une belle-mère également à l’ancienne. Elle a tout le confort, mais malgré ses efforts, le bonheur n’est pas au rendez-vous. Elle serait  » une grande perdante au jeu du mariage «   dit une de ses soeurs, et de fait, elle a changé, avec une mine fatiguée, et des kilos en plus.

A Delhi, elles sont confrontées à la chaleur extrême, la pollution, le tohu-bohu dans les rues, et jusqu’à l’hôtel qui est encore en travaux, mais représente quand même un repos. Quelques textos, une mise au point avec un abonnement pour leur portable, et elles abordent un autre monde, le deuxième jour de l’itinéraire tracé par leur mère. Elles retrouvent une autre foule, disciplinée, au gurdwara  de Bangla sahib, et elles participent à la cuisine du curry végétal, épluchant des kilos de légumes,  car le sikhisme préconise de nourrir tous ceux qui viennent. Sirina pétrit la pâte pour les  » rotis « , comme si  elle l’avait toujours fait. Elles observent, étonnées, les bains de purification.

Leur mère demande aussi  de ne pas boire d’alcool, d’aller chercher des vêtements chez un tailleur dont elle leur indique l’adresse,  » pratique et de bon goût « . Leur mère se méfie des débardeurs très courts de  Jezmeen.

Ce que leur mère n’avait pas prévu, c’est que Jezmeen se joindrait  à une manifestation pour les droits des femmes, et se retrouverait au poste de police. Elle  fait une rencontre qui changera sa vie …

Quant à Sirina, elle s’est rendue  à l’adresse indiquée sur la petite carte que son mari lui avait glissée à l’aéroport de Melbourne. Et là, elle ne peut pas obéir à ses exigences.

Toutes les trois, elles remplissent leur mission, se familiarisent avec l’Inde,  ainsi que leur mère l’a écrit :

« Certes, vous êtes britanniques,   mais toutes les générations de notre famille ont vécu en Inde. Vous l’avez dans le sang – la langue, la nourriture,  l’histoire,  tout ça ne s’est pas effacé juste parce que vous avez grandi ailleurs « .

La nourriture ? Elles s’entendent pour souhaiter  un changement aux plats indiens qu’elles apprécient,  des vrais  » smoothies  » et même des  hamburgers.

Entre deux cultures, entre rires et émotions, avec un zeste de fantaisie, un voyage inoubliable pour le lecteur/ la lectrice, quand la révélation des secrets de famille renforce  les liens et que la tendresse l’emporte.

Balli Kaur Jaswal – Les incroyables aventures des soeurs Shergill – Traduit de l’anglais ( Singapour ) par Laura Vaz –  » The unlikely adventures of the Shergill Sisters  » – Editions Belfond – 384 pages- 21, 90 Euros – Collection  » Le Cercle « 

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Renée Rosen – Park Avenue Summer – Roman traduit de l’américain – Editions Belfond  » Le Cercle « 

Sous une forme romanesque très agréable, un épisode important de la vie d’ Helen  Gurley Brown, dans les années 1965, à New York.

Renée  Rosen a la bonne idée d’imaginer qu’une jeune fille, Alice, quitte la maison familiale de l’Ohio pour réaliser son rêve, devenir photographe à New York. De toutes façons, sa vie ne lui convenait plus, car sa mère, son idéal féminin, qui aimait elle-même tant New York, était morte, que son père s’était remarié, et que même si sa belle-maman se montrait sous son jour le plus agréable, elle préférait aller plus loin, ailleurs. De plus, elle subissait les contre-coups d’une rupture sentimentale.

New York  ! Elle marche le long des rues, lève les yeux, s’imprègne de son atmosphère trépidante, se perd dans le métro … et rend visite à une amie de sa mère qui vit dans un somptueux immeuble. Parmi ses nombreuses relations, cette amie compte Helen Gurley Brown,  la femme qui a fait scandale avec son livre Sex and the single girl ( tout un programme !  ). Il ne manquait plus qu’une revue pour prolonger l’influence – bénéfique  – d’Helen Gurley Brown sur les jeunes femmes. Il lui est proposé de devenir rédactrice en chef de la revue Cosmopolitan, en la transformant.

Et cette nouvelle rédactrice en chef a besoin d’une assistante :

Alice est sous le charme d’Helen Gurley Brown, femme généreuse, ouverte aux autres, tout en féminité et séduction, qui commence par faire de son bureau un véritable boudoir, imprimés  panthère et  couleur rose ; un écrin où elle travaille intensément. Et Helen se montre très protectrice vis à vis d’Alice, qui apprend à ses côtés que le titre de rédactrice en chef  impose en réalité de se montrer diplomate avec les responsables de la Hearst Corporation. La réciproque n’est pas vraie. Ces messieurs ne voudraient pas que la revue change, et Helen a des idées très affirmées. Elle veut des articles pratiques mais sexy,  pleins d’humour, utiles pour une jeune femme qui veut mener sa vie libre, et indépendante, une de celles qu’elle appelle  » ses filles « . Les jeunes femmes qui apprécient son livre.

Alice poursuit son rêve de photographe, tout  en se trouvant confrontée à une réalité, car elle a encore beaucoup à apprendre. New York est synonyme d’excellence. Donc, elle range sa déception, et continue à apprendre :

 » Si j’avais déjà effectué de longues journées de travail, ce n’était rien comparé à ces premières semaines du mois de mai. Soir et week-end, je restai aux côtés d’Helen,  refusant des invitations à des fêtes, des sorties cinéma  avec les filles et une soirée ou  deux avec Erik. Je renonçai même  à voir une exposition consacrée à Dorothea Lange avec Christopher. Celle-ci s’achevait le lendemain, et j’avais laissé filer l’occasion d’admirer ses photographies sur la crise économique des années 1930.

Je pensais à ça quand le responsable de production me donna les épreuves finales du mois de juillet, sans plus aucune coquille ou erreur grammaticale à corriger et sans plus rien à changer aux photos ou aux légendes. Le magazine était prêt à être  imprimé. Du moins le pensions-nous « .

La confrontation entre la rédactrice en chef intrépide et les responsables frileux de toutes sortes est épique. Alice voit Helen lutter pour imposer son idée de magazine, prendre des risques, mettre son titre en jeu, et imposer sa créativité, son féminisme. On voit comment se prépare un numéro, plusieurs numéros en même temps, du magazine.

Et Helen gagne : en font preuve les ventes de Cosmopolitan  qui bondissent. Les jeunes femmes apprécient et ce sont elles,  » ses filles  » qui décident du succès, pas les vieux messieurs timorés des bureaux. Helen veut en couverture la photographie d’une jeune femme souriante, gaie, qu’on devine heureuse, elle veut des titres d’articles accrocheurs, même  s’ils choquent. Helen a raison.

Le nouveau Cosmopolitan a trouvé sa formule – et elle plait toujours dans ses diverses éditions à travers le monde. La  » Cosmo Girl « , cette nouvelle génération de femmes qui en entraine bien d’autres,  fait son chemin. Cuisine, oui, mais sexy, mode, bien sûr, mais jolie – et toujours ce mot : sexy. Travail bien sûr, pour l’indépendance. Mariage, oui, aussi, ou une vie épanouie autrement.

Helen Gurley Brown a fait ses preuves,  une fois de plus. Elle a gagné son challenge. Et elle assure  avec générosité, altruisme, la suite de la carrière de son assistante qui va pouvoir se consacrer à l’art qu’elle aime, la photographie.

Peut-être était-elle une fée ?

Renée Rosen-  Park Avenue Summer – Roman traduit de l’américain par Valérie Bourgeois – Editions Belfond –  416 pages – 21, 90 Euros –  » Le Cercle « 

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Hannah Richell – Les Secrets de Cloudesley – Roman – Editions Belfond – Le Cercle – (  » esprit de Noël  » et bons sentiments ! )

Maggie Oberon, jeune artiste,  tente de refaire – déjà – sa vie en Australie,  loin de la Grande-Bretagne où elle a vécu ce qu’elle estime être  un drame, une histoire sentimentale qui a mal évolué entre  elle et deux frères. Elle se croit responsable. Elle a donc fui loin du lieu de ses coupables exploits, selon elle. En fait, elle exagère, et il sera facile de s’en rendre compte lors de la révélation du prétendu drame. Mais pour elle, le mal est fait.

Elle reçoit un appel téléphonique qui l’informe que sa grand-mère, Lilian Oberon, se trouve  à l’hôpital, et qu’elle veut absolument retrouver sa maison, son manoir de Cloudesley.

Maggie aime  pardessus tout sa grand mère et elle fait immédiatement le long voyage. Sa grand mère est très affaiblie mais elle va mieux dès qu’elle voit sa petite-fille à son chevet.

Maggie a connu un manoir qui a été, il n’y a pas si longtemps,  splendide, luxueux, selon la volonté de son propriétaire,  Charles Oberon, le défunt mari de Lilian. Elle est sidérée par son délabrement, que ce soit le parc, ou les pièces qui furent belles, raffinées, tandis que des factures s’amoncellent sous la poussière.

Elle organise la vie de sa grand-mère dans un espace restreint, avec tout le confort qu’exige son état, alarmant. Où trouver l’argent pour les réparations indispensables ? Si elle ne  le trouve pas, il faudra vendre, et  ce n’est pas possible d’imposer cela à Lilian.

Comment se fait-il que le manoir soit dans cet état ?

Parallèlement, le récit fait revivre la jeunesse de Lilian, sa  rencontre avec celui qui devait devenir son mari, Charles Oberon, grâce à un accident, lorsqu’elle circulait à bicyclette. Il veut évidement moralement réparer, autant que matériellement. Il trouve des prétextes pour la revoir, lui offrir des cadeaux, puis il la demande en mariage.  La situation semble claire. Elle est une jeune fille bien élevée, jolie, et pauvre. Il est un homme d’affaires aisé, un amateur d’art, de belles choses, déjà veuf, et père d’un petit garçon,  Albie.

Lilian est émerveillée par le manoir, où elle doit organiser des réceptions faisant honneur à son époux, sur ordre. Elle participe aux thés, kermesses, garden-parties, matches de cricket,  tout la vie sociale telle qu’on la connait par les romans d’Agatha Christie, Barbara Pym, et  même Daphné du Maurier en raison de l’atmosphère étrange de Cloudesley. Mais derrière les portes fermées, Lilian vit une tragédie car Charles se révèle un mari violent, insultant,  qui n’hésite pas à la frapper alors qu’elle attend un bébé. Elle perd son enfant, et reporte toute son affection sur l’attachant petit Albie.

Elle était résignée à son sort, sauvant les apparences, quand la passion survient en la personne d’un peintre déjà renommé, Jack, à qui Charles a confié la mission de décorer entièrement une pièce essentielle de la maison.  Jack accepte à la condition que personne ne puisse entrer dans cette pièce pendant la durée de son travail.

Une belle histoire, passion, douceur, tendresse, se noue entre Lilian et Jack, à l’insu de toute la maisonnée, croient-ils.

Quand Jack voit les traces des coups sur le corps de Lilian, il la pousse à quitter ce mari dangereux, qui s’en prend aussi à  Albie.   Mais Lilian ne peut accepter, car elle est tenue vis à vis de Charles. Elle a une soeur qui doit séjourner en maison de santé, et c’est Charles qui assume les frais très importants. Que deviendrait cette soeur ? Il n’y a pas de solution. Elle ne peut abandonner non plus Albie, déstabilisé par le comportement de son père. Il a besoin de sa protection.

Elle prend la décision de rester, mais  ce choix difficile n’évite pas  le drame.

Plus tard, bien plus tard, après le départ de Jack, Albie a une famille, de son côté, qu’il néglige, même sa fille Maggie. La seule sécurité de Maggie, c’est sa grand-mère, Lilian.

C’est pourquoi Maggie accourt, dès que Lilian a besoin d’elle, et elle agit avec la même loyauté envers Lilian que Lilian a montrée pour Albie, son père si difficile et complexe.

Il y aura une  » Happy end  »  après tant d’épreuves.  Maggie fait une découverte qui permettra de garder et réparer Cloudesley !

Des bons sentiments, un suspense bien mené, et un  » british style  » toujours attrayant.

En fin de volume, des  » pistes de discussion  » à base de questions  à propos des personnages,  des situations vécues. Original.

Hannah  Richell – Les secrets de Cloudesley – Roman traduit de l’anglais par Julia Taylor – Editions Belfond – 368 pages- 20 Euros –  » Le Cercle « 

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AJ Pearce – Chère Mrs Bird – Premier roman traduit de l’anglais – Le Cercle Belfond

Un premier roman très construit,  pourtant  empreint de spontanéité,  de charme, de fraîcheur, tout pimpant  malgré l’époque : Londres, 1940, quand les bombardements tentent de détruire la ville, de tuer. La vie continue grâce au courage,  au sens du devoir – et de l’humour de ses habitants. Tout le monde est prêt à se rendre  dans les abris souterrains,  et à reprendre  les activités quand les avions de mort repartent – jusqu’à la prochaine fois.

Emmy fait partie de ces femmes qui se sont engagées d’une façon ou d’une autre pour participer à l’effort de guerre. Plusieurs nuits par semaine, elle tient le standard d’une   caserne de pompiers, réconfortant, envoyant les secours,  entendant parfois le pire, sachant que les hommes exposent leurs vies pour sauver  les civils.

Et le matin, elle dort un peu ou pas, et va prendre son travail qui, pour le moment, la confine en tant que secrétaire dans une étude notariale. Mais  un jour :

 » Quand j’ai vu cette annonce dans le journal,  j’ai cru que mon coeur allait exploser. Jusqu’ici, la journée avait été plutôt agréable, malgré la Lutwaffe  qui nous avait cassé les pieds en nous empêchant d’arriver à l’heure au travail, et puis j’avais réussi à mettre la main sur un oignon, excellente nouvelle pour le pot-au-feu. Mais la vue de l’annonce m’a mise en joie. Il  était trois heures un quart,  par un de ces mornes après-midis de décembre quand la nuit tombe avant que le jour ne se décide à se lever, et même avec deux  gilets et un pardessus,  il n’y avait pas moyen de se réchauffer. Assise à l’étage du bus numéro 24,  je pouvais voir la buée qui sortait de ma bouche …  J’avais déjà lu toutes les  nouvelles du  » London Evening Chronicle « . Soudain je l’ai aperçue :

–  » RECHERCHE ASSISTANTE : Poste d’assistante à temps partiel aux éditions du  » London  Evening Chronicle  » . Profil capable, enthousiaste, travailleuse avec 60 mpm vitesse de frapp/110 mpm sténo. Adresser courrier rapidement à Mrs Bird, Launceton Press Ltd, Broadstone House, Londres EC4  »  

De ma vie je n’avais rien vu d’aussi fabuleux. »

C’est exactement ce qu’elle veut, et c’est aussi exactement ce qu’elle est.

Donc, enthousiaste, elle écrit, et reçoit une lettre en réponse de Mrs Bird : elle  est nommée au poste d’Assistante à temps partiel. Le jour dit, elle se présente au siège du journal, et rencontre Mrs Bird, une forte dame impressionnante entourée de petits chiens. Emmy lui dit combien elle est fière et honorée de devenir correspondante de guerre… mais le malentendu se dissipe, et il fait mal.

Car cette adresse est le siège de  plusieurs journaux, et celui qui recrute, c’est le  » Woman’s Friend « , une revue destinée aux femmes,  dans laquelle existe  une rubrique de  » Courrier des Lectrices « , assurée  par Mrs Bird. Le rôle d’Emmy est clair :  elle fera le tri des lettres des lectrices demandant des conseils suivant les consignes extrêmement strictes de Mrs Bird. Il y a une morale  à observer, et des lettres auxquelles on ne répond pas. Pour les autres, la jeune fille prépare les réponses,  qu’elle soumet à Mrs Bird pour publication.

Emmy fait la connaissance de ses divers collègues, prend facilement le rythme de la maison, et se dit que ce sont ses débuts, et qu’elle pourra progresser.

Elle se dit aussi qu’en temps de guerre,  les lectrices ont vraiment besoin de réponses et de réconfort. Certaines  demandent de l’aide, et font confiance à  Mrs Bird. Emmy prend une grave décision, et elle transmet à Mrs Bird des lettres et des réponses qu’elle pourra publier les yeux fermés. Puis elle soustrait, timidement d’abord,  puis de façon de plus en plus sûre, certaines lettres importantes, auxquelles elle répond personnellement – en imitant la signature de Mrs Bird ! Ainsi, elle fait son devoir, estime-t-elle. Evidemment, elle prend un immense risque en ce qui la concerne, parce que ce sont ses lettres qui paraissent dans la revue !

Sa vie personnelle subit les contrecoups, car son fiancé s’éclipse, et elle n’en éprouve aucun regret. Elle continue à rendre visite à ses parents, à concilier son travail à la caserne des sapeurs-pompiers,  à vivre, malgré le temps de guerre si oppressant et dangereux, en compagnie de sa colocataire et amie. Elle fait connaissance d’un magnifique  jeune homme, engagé et courageux.

Un soir, tout le groupe doit se retrouver au   » Café de Paris « … sous les feux des bombardements.

Et ce soir-là, le drame se produit.

Au journal, le stratagème d’Emmy est découvert par une Mrs Bird furibonde … c’est que les lectrices se sont habituées au changement de ton du Courrier des Lectrices, écrivent pour remercier et recommandent le service à d’autres jeunes filles ou jeunes femmes. Les chiffres de vente de la revue montent, ce qui fait très plaisir à Lord Everton, le grand directeur.

Que va-t-il se passer pour Emmy ?

Une fascinante  façon de vivre avec Emmy  la courageuse et ses amies une période où tant de femmes ont eu un rôle essentiel, et ont fait marcher le pays elles aussi avec courage, joie de vivre, dans l’espoir.

Et … vous ne levez pas le nez des pages si captivantes – parce qu’il faut absolument connaître le dénouement – ce que réserve son destin  à Emmy !

AJ Pearce – Chère Mrs Bird – Roman traduit de l’anglais  par Roxane Azimi – Editions Belfond Le Cercle – 359  pages – 21 Euros

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Beatriz Williams – Les lumières de Cape Cod – Roman traduit de l’américain – Editions Belfond  » Le Cercle « 

 

Toute la famille Hardcastle se réunit l’été dans la demeure familiale vaste et  chic de Cape Cod – et cette année-là, 1966, est cruciale, car le père de Frank voit arriver la consécration pour son fils, la Présidence. On se réunit afin de suivre à la télévision la cérémonie de remise de la Médaille d’Honneur. Elle sera suivie du grand dîner des donateurs, et  tout le monde compte sur Tiny   » l’élue de l’élu  »  élégante, ravissante, afin que son charme opère à la fois sur les représentants de la presse, la famille, les riches invités.

Mais, juste le soir de la retransmission, une enveloppe arrive par la poste, et quand Tiny  l’ouvre, elle y trouve des photos d’elle, et un message très clair car c’est du chantage sinon les photos seront diffusées. Elle est si bien élevée qu’elle parvient à faire bonne figure, après avoir caché l’enveloppe dans un tiroir de sa commode.. Quelles sont ces photos ? Pourquoi seraient-elles compromettantes, puisque Tilly est parfaite ?

Au repas de famille, les bonnes manières craquent un peu, car voilà Caspian de retour du Vietnam, une jambe en moins, toujours aussi séduisant.  Le repas tourne mal car certains n’aiment pas les guerriers et le disent de façon très directe.

N’importe, la vie mondaine continue, Frank offre à sa femme un très joli collier qui met en valeur sa robe décolletée, sa silhouette fine de danseuse. Baisers tendres.

Tiny s’aperçoit tout de  même  des apartés de son mari avec sa ravissante assistante qui de surcroit a accès  à l’intimité de la maison familiale pour préparer la réception des donateurs. Quand Tiny fait part de ses doutes sur la fidélité de son époux à son beau-père, celui-ci la traite avec désinvolture, et la jeune femme, de plus en plus, se rend compte qu’elle est utilisée depuis sa naissance, d’abord par sa mère qui l’a élevée, elle la plus douce, docile  des trois filles, pour devenir LA Première dame, puis  par son beau-père qui exige d’elle la parfaite obéissance  et l’aveuglement, bref le sacrifice de sa personnalité pour le plus grand bien de la famille

Mais Tiny a vécu une passion en 1964,  avant son mariage qui a bien failli ne pas avoir lieu.  C’est Caspian qu’elle aime, qu’elle a retrouvé  dans sa modeste chambre,  alors qu’il allait partir pour le Vietnam. Quel est le lien avec la danse, avec les photographies ?

Tiny retrouve celle qu’elle a été en 1964 et elle est prête à laisser tomber son mariage, les ambitions de la famille. Elle ne peut deviner les pouvoirs de son beau-père, la vie secrète de son mari dont il sait tout, qu’elle  finit par surprendre et sur laquelle elle ne veut pas fermer les yeux. Et la voilà entrainée dans un engrenage machiavélique et dramatique pour que surtout elle ne dise rien, qu’elle continue à être la poupée – qu’on va droguer … pour plus de facilité.

Suspense au déroulement parfait, superbement maitrisé. Quelle sera l’issue ?  Frank président et sa femme à ses côtés ? Ou bien Tiny et Caspian  vont-ils pouvoir vivre un amour authentique ?

Roman à clés,  même très discrètes et habilement suggérées, seulement suggérées, car c’est un roman !

Et les photos ?

 » Les lumières du Cape Cod »   font partie d’une trilogie familiale : il convient de préciser que ce roman contient une histoire qui se lit séparément. C’est d’ailleurs ce que j’ai fait, ne connaissant pas cette série, mais il donne envie de découvrir les destins, les personnalités affirmées des femmes de la famille.

Beatriz Williams – Les lumières de Cape Code – Roman traduit de l’américain  par Julia Taylor – Editions Belfond -400 pages- 21 Euros –  » Le Cercle « 

 

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