Barbara Pym – Comme une gazelle apprivoisée – Roman traduit de l’anglais – Belfond Vintage

Thé,  sympathie, charmantes intrigues entre de délicieux personnages dans l’ambiance d’une petite ville de la campagne anglaise, vers les années 1950.

Il y est question aussi de jardinage, évidemment ! de recettes de cuisine, de tricots, et surtout des vicaires, archidiacres, etc,  de la paroisse anglicane dont les soeurs Bede, Harriett, et Belinda sont des membres actives. On prépare une kermesse : elles en sont ! Elles reçoivent l’archidiacre, marié à Agatha, elle-même fille d’archevêque, ses amis, dont un érudit et un évêque africain.

Les soeurs Bede poussent leur passion des vicaires et autres jusqu’à avoir choisi de s’installer- une très jolie maison confortable –  près du presbytère. Elles veulent être aux petits soins pour ces messieurs. Et Barbara Pym raconte ces intrigues innocentes, ô combien ! avec tendresse et ironie, son ton inimitable, que personnellement j’apprécie infiniment  :

Les relations évoluent. Le comte Bianco,  » costume gris clair, panama, rose à la boutonnière « , offre des boutures et des graines à ces dames, et de temps à autre, il renouvelle sa demande en mariage à l’élégante Harriet. De son côté, Belinda, le jour où à la cuisine,  elle tente de faire ressembler  sa pâte à raviolis à une   » fine peau de chamois étirée », elle reçoit à l’improviste  la visite de l’évêque africain qui  lui dit souhaiter qu’elle devienne sa femme. Surprise, essayant ses mains enfarinées sur son tablier, elle se montre honorée,  mais refuse quand même. Qu’importe, l’évêque repartira en Afrique avec une autre demoiselle.

Le roman se termine par le mariage du vicaire Mr Donne avec l’une de ses paroissiennes, évidemment. Courtes allocutions, remise d’un cadeau, et annonce de la venue d’un nouveau vicaire pour le remplacer : un jeune vicaire, de type italien, en convalescence après une grave maladie. Et voilà ces dames reparties pour des projets de poulets à mijoter pour des invitations à déjeuner,  des gâteaux, confitures – et chaussettes – à apporter au presbytère.

Une lecture tout en douceur, qui fait souvent sourire, ponctuée de citations littéraires du meilleur effet.

Barbara Pym, à la forte personnalité, indépendante, fit des études à Oxford et était passionnée par l’anthropologie et l’ethnologie. Fille de pasteur, elle ne  s’est jamais mariée, trouvant le bonheur et le succès en dehors du mariage.  Elle a publié beaucoup, et on peut trouver ses romans en éditions de poche diverses.

Barbara Pym – Comme une gazelle apprivoisée – Roman traduit de l’anglais par Bernard Turle – Editions Belfond Vintage – 336 pages – 18 Euros

( Tous droits réservés, etc, copyright )

 

Barbara Pym – Des femmes remarquables – Roman traduit de l’anglais – Editions Belfond Vintage

Les éditions Belfond ont l’excellente idée de poursuivre la réédition des romans de Barbara Pym, d’autant que Des femmes remarquables  (   » Excellent women  » ) est l’un de ses meilleurs titres.

Mildred Lathbury, jeune femme charmante d’une trentaine d’années, vit à Londres, dans les années 1950 –  où l’on connait encore les tickets de rationnement – de la façon la plus convenable qui soit.

Fille d’un pasteur, elle  a vécu avec lui jusqu’à son décès, puis s’est installée dans un appartement dont elle partage la salle de bains avec les locataires de l’étage du dessous. Elle vit toujours dans l’ambiance du presbytère car elle a gardé les meubles, et  elle consacre tous ses après-midis à l’accompagnement de dames âgées et isolées, sans oublier ses visites au pasteur local,  le révérend Julian Mallory et  sa soeur Winifred, ses participations au fleurissement de l’église, les réunions diverses, ventes et thés de charité.

Un jour, dans un lieu improbable, le local des poubelles, elle rencontre la nouvelle locataire, Mrs Napier, femme élégante, pleine d’allure, énergique. C’est ainsi qu’elles font connaissance et conviennent de  l’utilisation commune de la salle de bains.

C’est ainsi aussi que la passion fait irruption dans l’immeuble et dans la vie sage de Mildred. Car le  visiteur suivant est non pas encore Mr Napier, qui viendra plus tard, mais un collègue célibataire et ethnologue de l’épouse, le séduisant Everard Bone.

Puis le mari, Rockingham Napier, officier de marine qui était en Italie, prévient  par télégramme qu’il revient, et c’est Mildred qui reçoit le télégramme. La voilà tout affairée, car elle a déjà remarqué que la belle Mrs Napier n’était pas la ménagère idéale et qu’il vaut mieux que ce soit elle Mildred qui prépare le bon thé pour l’accueil. Mildred est souvent préposée aux tasses de thé, qui permettent de rompre le silence ou de reprendre des forces après une émotion. Mais pourtant, lors de leur première entrevue :

 »  ( Rockingham ) s’approcha de moi avec leur flasque de vin et je le laissa remplir mon verre.  Je commençais à entrevoir ce qui pouvait pousser les gens à boire pour masquer leur embarras, et  je repensais à maintes pénibles réunions paroissiales qui eussent pu s’améliorer, si d’aventure quelqu’un  avait ouvert une bouteille de vin. Mais il nous fallait, nous autres,  nous contenter des secours du thé, et je songeai que nous avions un certain mérite à nous en tirer aussi bien  avec cet inoffensif stimulant . »

Et des émotions, elle en connaitra d’autres. Car la passion surgit aussi au presbytère en la personne d’une dame veuve qui loue  au pasteur et à sa soeur un appartement  meublé resté libre à un autre étage. Mr Mallory, saisi d’un véritable vertige, va jusqu’à ajouter son tapis personnel, celui de son bureau, et un événement en entraînant un autre, à lui demander sa main.

Chacun se confie à  Mildred, car Winifred voyait en elle l’épouse idéale pour son frère …

Dans sa vie si bien rangée, il y a Dora, son amie d’enfance avec laquelle elle partage des vacances et des souvenirs. Elle va de temps en temps déjeuner avec William, le frère de Dora, qui lui aussi travaille à Londres dans un bureau. Dora la souhaitait comme fiancée possible pour son frère, mais l’attraction que pouvait exercer William s’est perdue dans ses manies de personnage pittoresque.

Le turbulent couple Napier invite Mildred à une séance de la Société d’anthropologie à laquelle appartiennent Helena Napier et Everard Bone. Barbara Pym y a travaillé et  son récit montre qu’elle en  a l’expérience.

Elle observe tout son monde qu’elle décrit à merveille avec son oeil d’ethnologue et son humour ingénu, particulièrement lors de la crise de couple chez les Napier, quand Everard prend la fuite.

Mildred se pose des questions : est-il préférable de rester célibataire ? ou de trouver une âme soeur, un époux ? Elle est sensible au charme masculin des nouveaux arrivés dans sa vie, analyse l’attitude de ses relations, et elle est appréciée, pas seulement pour ses tasses de thé !

Elle fait des efforts de coquetterie, s’offre un nouveau chapeau dont elle attend des compliments  … Mais on ne sait pas, quand le récit se termine, de quelle façon sa vie sera orientée, et si les ultimes bouleversements que connait son entourage, pasteur y compris, auront des répercussions sur sa façon de vivre.

Il est intéressant de consulter la biographie de Barbara Pym, femme de grand talent et de caractère, qui  ne s’est pas mariée, mais a vécu plusieurs liaisons dont  l’une avec un homme politique célèbre. Elle a donc réellement étudié les moeurs de la vie londonienne à  son époque, et a consacré sa vie à ses romans, nombreux, au style unique  si reconnaissable, gentiment ironique, si attachant. Sa soeur et elle ont partagé un cottage, et on la voit sur les photographies toujours souriante, avec des chats visiblement choyés.

Personnellement, j’avais commencé à la lire lors des premières rééditions en poche de ses tendres et savoureux romans, ou chez Christian Bourgois,  l’un suivant l’autre, tant leur charme est grand. Je ne connaissais pas celui-là, et je suis ravie de le découvrir.

Le dépaysement est assuré !

Barbara Pym – Des femmes remarquables – Roman traduit de l’anglais par Sabine Porte – Editions Belfond Vintage – 320 pages – 17 Euros

( Tous droits réservés, etc – copyright )