La libération à Saint-Malo, le 6 août 1944- Témoignage de M. Raymond Masson, un des otages héroïques des allemands – extrait du livre  » « Eté 1944- l’Ouest en guerre « – Editions Ouest-France

Saint-Malo garde les traces des guerres, loin du folklore touristique. Les moments graves d’Histoire contemporaine ont marqué les habitants, et la ville elle-même.

Pour replacer dans le contexte, le Général Patton poursuivait son avancée avec les troupes alliées libératrices.  Von Aulock, en perdition, s’était planqué à Saint-Malo, et au lieu de se rendre dans l’honneur, les allemands en déroute faisaient le plus de mal possible.

Témoignage de Raymond Masson, Saint-Malo :

 » Le 6 août, un dimanche,  je suis allé me promener avec mon cousin sur les murs  ( dans les rues de la vieille ville, ou ses remparts ? ). Il faisait beau, et on ne pensait pas, malgré les ordres d’évacuation, que Saint-Malo serait bombardée. A ce moment-là, on a entendu un, puis deux,  en tout treize coups de canon. La flèche de la cathédrale est tombée. On est retournés aux abris. C’est là que les Allemands sont venus, l’après-midi,  chercher tous ceux qui étaient du sexe masculin.  Ils nous ont d’abord enfermés dans une pièce, sous la Tour Qui-en-Groigne.  On était 360, entassés comme des sardines. Au matin, ils ont renvoyé les plus vieux et les plus jeunes.  Ils nous ont conduit au Fort national et sont repartis aux château.  On a attendu. La vie s’est organisée. On dormait assis, on jouait avec ce qu’on pouvait.  Pour l’hygiène, on avait creusé quelques trous. On s’était arrangé  pour le ravitaillement et chacun avait un bout de pain,  un morceau de légume et un quart d’eau par jour. La nuit,  s’ils voyaient le bout incandescent d’une cigarette, les Allemands nous tiraient dessus depuis le château.

Le mercredi soir, j’ai entendu un bruit énorme et des cris.  Un obus venait de tomber sur le terre-plein du Fort national.  Il y a eu treize morts, qu’on a enterrés  sur place, et des blessés graves.

Vers une heure du matin,  j’ai eu pour la première fois,  tout d’un coup,  une peur terrible. Les obus incendiaires tombaient sur Saint-Malo, qui flambait. C’était un spectacle hallucinant.  J’ai vu le casino  disparaitre en vingt minutes « .

Il est resté,  au milieu des décombres, un très ancien immeuble à l’angle de la place Brevet et de la rue Saint-Sauveur. A son rez de chaussée et au premier étage, une librairie de livres anciens, qui,  ce que je déplore, n’entretient pas ce souvenir irremplaçable. L’accès à l’escalier intérieur par la rue est maintenant fermé. Sa rampe est un cordage de marine. Un autre escalier en colimaçon avec l’autre corde de marine restant existe dans le vieil immeuble, près de la cathédrale, qui fut le siège de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Saint-Malo.

Saint-Malo a été reconstruite, grâce à M. Guy La Chambre, qui fut son maire, et Ministre de la Marine.

Nos amis Canadiens ont offert la flèche nouvelle de la cathédrale, et les cloches sonnent !

Un jour, à un arrêt d’autobus, une dame m’a demandé  un renseignement, me disant avec un grand sourire qu’elle était sourde, et lisait sur les lèvres. Elle m’a dit :  – »  Je suis devenue sourde lors des bombardements de Saint-Malo ».

La dame n’ a jamais rien demandé, à qui que ce soit, aucune réparation. Elle était visiblement heureuse.

Encore une rencontre qui m’a bouleversée.

Voici le livre qui compte. nécessaire et terrible :

Des GI’s tentent de consoler une petite fille. On se dit : que sont-ils devenus ?

 

 

4 réflexions sur “La libération à Saint-Malo, le 6 août 1944- Témoignage de M. Raymond Masson, un des otages héroïques des allemands – extrait du livre  » « Eté 1944- l’Ouest en guerre « – Editions Ouest-France

  1. Merci France, cela a dû être terrible, si on n’a pas vécu ces horreurs on ne peut pas imaginer. Ce doit être un livre bouleversant. C’est vrai, je me demande ce que ces personnes sont devenues et la petite fille aussi.
    Mes amitiés chère France accompagnés de mes bisous ♥

    • Chère Denise, on voit maintenant des familles heureuses, en vacances, visitant tous ces lieux de tant de souffrances.Elles ne savent pas, ne peuvent savoir, évidemment. Mais beaucoup de personnes connaissent l’Histoire, l’ont vécue, et maintiennent le souvenir.
      Sur la place de Saint-Briac sur Mer, est affichée la photo de Tony Vaccaro, le GI embrassant une petite fille qui est revenu là où il a été fêté. Tout le monde va bien.
      Il existe pourtant des règles même en guerre, et la Convention de Genève.
      Il faut vraiment la paix, et on y pense aussi en voyant les documentaires sur Hiroshima et Nagasaki.
      Avec les échanges, on se connait mieux, et j’ai toujours aimé entretenir des liens avec des correspondants de tous les pays, dès le collège..
      Je te souhaite une heureuse fin de semaine et je t’embrasse avec mon amitié 🙂

    • Bonsoir chère Colette – dans cet Ouest qui en a tant vu, les familles se transmettent ce qu’elles ont vécu. Ce livre donne à voir les horreurs de la guerre, et les témoignages sont insoutenables. Mais c’est la réalité.
      Les GI ‘s ont trouvé le petit chien pour la consoler,bonne idée, mais on se demande si la petite fille a encore ses parents.
      Je t’embrasse, avec mes amitiés – et vive la Paix ! Bon dimanche 🙂

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