Bernard de Fallois – Chroniques cinématographiques – Préface de Philippe d’Hugues – Editions de Fallois

De 1959 à 1962, sous le pseudonyme de René Cortade  ( peut-être choisi  avec malice ), Bernard de Fallois  a tenu la chronique cinématographique de divers hebdomadaires, dont « Arts  » dirigé par Jacques Laurent,  » Le Nouveau Candide « . Plus de 150 films !

Je  découvre ses chroniques avec volupté, rassemblées dans ce beau livre élégant, à l’image de son auteur, qui n’était pas seulement un très grand éditeur, un littéraire subtil et omniscient curieux de tout, mais – aussi- un érudit du cinéma, allant de la littérature aux films. Pour apprécier au mieux, j’ai rassemblé mes souvenirs de ciné-club, de « Cinéma de Minuit », d’Arte, tous les moments délicieux passés à regarder les chefs d’oeuvre – ou  non – du septième art.

Des étincelles à toutes les pages, des prises de position  très fermes, des compliments justifiés – et on se dit – comme il a raison, je n’aurais pas vu ce film  comme cela … mais ce qu’il en dit est vrai, des vacheries délectables  … j’y ai passé une nuit blanche et je recommencerais  avec plaisir pour la relecture, en rencontrant une vive intelligence – comme il y en a si peu dans nos temps difficiles, si fades,  qu’il fait oublier. Et l’esprit si français.

Quelques extraits :

 » Divorce  à l’italienne, de Pietro Germi

 » Une création étourdissante de Mastroianni 

Il y a des films sans problème. Leur carrière est toute faite, leur  fortune – ou leur infortune – assurée. Devant eux, le critique est tenté de laisser dormir son attirail habituel, ses règles, ses compas, ses équerres, pour consulter seulement  les deux instruments rudimentaires du public :  le pifomètre et le baromètre.

Pour Les Amants de Teruel, par exemple,  le baromètre indique une forte dépression; le pifomètre interrogé répond non. Obstinément. C’est peut-être dommage, mais c’est ainsi.  Et c’est tout le contraire avec Divorce à l’italienne. L’aiguille du rire s’est installée au beau fixe, elle n’en bouge plus, rien ne pourra l’en déloger. La vertu comique est une évidence. il suffit de la constater … 

C’est l’humour noir au pays du soleil … c’est un héros de Courteline chez les personnages de Pirandello ».

  » Le  Déjeuner sur l’herbe, de Jean Renoir

 » Il faudrait distribuer des boules Quies aux spectateurs du  Déjeuner sur l’Herbe et les munir en outre d’une grande paire de ciseaux. Réduit au silence, allégé des trois quarts, le dernier film de Jean Renoir leur dispenserait alors, pendant quelques minutes, un plaisir sans mélange. Ce  ne serait plus cette oeuvre informe, puérile, pesante et creuse à la fois,  mais une sorte de réplique allègre et colorée de La Partie de Campagne, le plus beau  film réalisé par l’auteur peut-être parce que le seul qu’il n’a pas eu le temps de  terminer « …

 » Le Rouge est mis, de Gilles Grangier

 » Festival Gabin

 » Gabin a eu la chance des grands acteurs.  Il y a un deuxième Gabin qui fait presque oublier le premier.  Le Gabin de Quai des Brumes et de La Grande illusion n’était qu’un bon acteur parmi d’autres. Mais le Gabin énorme, massif, le Gabin aux paupières lourdes et au regard fatigué qui a fait son apparition sur l’écran il y a trois ans, ce vieil homme amer qui a jugé la vie et qui ne répond plus que par un haussement d’épaules …

On ne va pas voir le film où joue Gabin, on va voir Gabin dans le film qu’il joue. Il impose son personnage avec tant de force qu’on s’occupe à peine des événements. Si le film est bon, tant mieux. S’il ne l’est pas, il y a quand même Gabin. Gas-Oil n’avait qu’une scène, mais on supportait  une heure de projection  où Gabin se rasait,  faisait couler son café, s’occupait de son camion. On ne sait pas pourquoi. Gas-Oil fut un chef d’oeuvre : l’eût-il état sans Gabin ? On n’en est pas sûr du tout. »

( Note de France : dans Gas-Oil, il y a  l’atmosphère, et Françoise Arnoul ! )

 » Les Sorcières de Salem, de Raymond Rouleau

 » Les Sorcières et le Normalien

( Note de France :  Arthur Miller, auteur de la pièce dont est tiré le film, empêcha la diffusion du film, par représailles, Yves Montand  ayant eu la liaison que l’on sait avec Marylin Monroe. Le film a été diffusé récemment sur Arte. Grande soirée : on voit les débuts de l’adorable Mylène Demongeot – et aussi Pascale Petit ).

…  » Raymond Rouleau  est un acteur intelligent, sympathique, qui aime passionnément son métier, mais dont il faut bien reconnaitre qu’il ne tiendra jamais ses promesses. Quel homme déconcertant !   On lui demande un film d’images,  et il en fait un film de dialogues. On lui donne une belle histoire de sorcellerie, avec des filtres, des bûchers,, des filles à demi-nues,  l’ombre des gibets derrière le tribunal,  des couleurs, des larmes, du mouvement, un film brûlant. Et il en fait un film glacé. Car le plus bête est que cette pièce  médiocre ( de Jean-Paul Sartre ) pouvait donner un film magnifique  … On savait depuis longtemps que la présence de l’éminent philosophe  ( Jean-Paul Sartre ) suffit en général à  transformer les meilleurs acteurs en cornichons agrégatifs. Mais les acteurs ici ont fait d’eux-mêmes la moitié du chemin . ..

La palme revient à Yves Montand, chez qui le contresens est à peu  près total. Bien dirigé, Montand peut être un excellent acteur, il l’a montré dans Le Salaire de la Peur. La rencontre de Sartre lui  a été fatale. Sur  ce visage inexpressif de grand dadais philosophe, les yeux  ne s’allument jamais, c’est étrange – que pour exprimer le mépris … « 

Les admirations de Bernard de Fallois : tout René Clair, Jacques Tati, « La Dolce Vita « et Federico Fellini  …Ingmar Bergman – etc !

Bernard de Fallois –  Chroniques cinématographiques  – Préface de Philippe d’Hugues – Editions de Fallois – 464 pages – 22  Euros

( Tous droits réservés, etc – copyright )

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