Christian Blanchard – Seul avec la nuit – Roman – » Thriller  » – Editions Belfond

Ce 21 décembre, Nemo, retraité de la SNCF, sort de sa voiture – le wagon qu’il a aménagé en appartement  sur une voie désaffectée de la gare de Brest.  Très âgé, il lutte avec sa vitalité contre la cécité qui le guette : il ne voit plus qu’en noir et blanc, ou gris.  Familier des lieux, il va faire sa promenade habituelle,  et aborde la passerelle aux barreaux rouillés qu’il connait par coeur pour accéder à son panorama favori : sur les voies ferrées.

Ce jour-là, il n’y est pas seul, et il distingue une petite silhouette affalée. Il remarque qu’il s’agit d’une toute jeune fille, prête à sauter dans le vide. Il s’approche d’elle  prudemment, lui parle pour la rassurer, lui inspirer confiance, et il parvient à l’emmener chez lui. Nemo la réconforte, lui propose des vêtements propres, la chambre d’ami  » qui n’a jamais vu aucun  ami « . Nemo explique à  » Muette  » :

 » Je ne suis pas un poète, mais un vieil  homme persuadé d’être au bord de l’ultime précipice. Je suis sûrement alcoolique et je fume deux paquets de Gitanes par jour. Je sais combien d’années j’ai derrière moi. Faut pas être devin pour imaginer qu’il reste pas grand chose devant.

J’affiche mon plus charmant sourire. Muette finit son chocolat sans me quitter des yeux. 

– Je vais faire une belle connerie, mais je te propose de rester. Si tu veux, bien sûr. Au moins quelque temps. Pour reprendre des forces. Tu ne peux pas me parler, mais tu peux sûrement écrire. Si tu veux de l’aide, je dois connaitre en partie ta vie. ..

…  Muette se lève et se dirige vers la salle de bains. L’un des pans de la chemise trop grande pour elle s’est coincé dans sa manche.  Alors qu’elle passe devant moi, je vois son flanc. Sur son côté droit, une balafre d’une vingtaine de centimètres « .

Enfin un moment d’humanité, de chaleur humaine, dans ce récit très  noir où des destins se croisent pour le pire.

A Paris, Gilles Patrick, chirurgien en orthopédie et traumatologie est tiré de son profond sommeil après une journée passée à opérer. Des hommes se sont introduits chez lui et ont déjà immobilisé sa femme et sa fille, chacune sur une chaise. Elles ont un revolver braqué sur la tempe.  Le chirurgien n’a pas le choix, et il suit ses ravisseurs, la tête couverte d’une épaisse cagoule. Il ouvre les yeux sur une salle d’opération où une petite équipe féminine l’attend déjà – et quand la porte s’ouvre, il voit arriver un petit garçon marchant avec le regard vide, déjà sous tranquillisant. Un ravisseur explique au chirurgien :

 » Pas question de le soigner d’une maladie ni de l’opérer d’une quelconque lésion. Non, non …  Les termes désormais à employer sont :  ablation, amputation, réduction.  »

Lorsque Gilles Patrick rentra chez lui après deux jours d’absence, il n’était plus le même homme. Regard froid, hagard. Outre une terrible fatigue qui menaçait à chaque pas de le faire tomber à genoux, les souvenirs des crimes qu’il avait dû commettre  l’avaient fait basculer dans un autre monde…  Même endormi, Gilles pleura. Des gosses d’origines diverses : Afrique, Asie, Pays de l’Est, Europe aussi. … Ils avaient opéré en limitant au maximum les souffrances … Gilles et les deux femmes qui l’accompagnaient étaient devenus en quelques heures des machines à tuer ».

A Nice, les parents d’Elodie se relaient auprès de leur fille, dont les reins ne fonctionnent plus. La dialyse répétée  s’effectue dans une clinique où elle doit demeurer, car elle ne serait pas possible à domicile. Elle aurait besoin d’une greffe, mais on ne trouve pas de rein compatible,  à moins que les parents ne consentent à mettre beaucoup d’argent, et à accepter que l’organe provienne d’un circuit non officiel.

Et puis, il y a Aïcha, rescapée de Lybie, qui tombe dans un autre terrible engrenage, il y a  les enfants amputés pour devenir mendiants.

Pendant qu’Elodie, qui va mieux après la greffe réussie, commence à poser des questions, et veut savoir qui est son donneur.

Ce récit explore donc le trafic des organes et la mendicité organisée, avec ses victimes, et ses profiteurs de toutes sortes.

Gilles Patrick, lui, sort de l’engrenage par  un sacrifice inoui.

On sait qu’est organisé  même sur internet un monde souterrain très noir, que  des enfants disparaissent et sont utilisés comme au temps des sorcières. Une lecture souvent insoutenable, mais je pense, nécessaire, pour savoir, pour comprendre  que les pires trafics fonctionnent. Quand on annonce la disparition d’un enfant, d’un jeune, on sait que des vautours  peuvent en  » profiter « .

Une incitation à la prudence pour tout le monde.

En fin de volume, des pages essentielles sur les sources de l’auteur. Il existe aussi des trafics de vieillards, dans la sinistre organisation de la mendicité.

Christian Blanchard –  Roman – Thriller – Seul avec la nuit – Editions Belfond – 336 pages – 19, 90 Euros

( Tous droits réservés, etc – copyright )

 

6 réflexions sur “Christian Blanchard – Seul avec la nuit – Roman – » Thriller  » – Editions Belfond

    • Je te comprends, car c’est un livre dur, fort, mais dur. Je voulais savoir, car c’est toujours si angoissant de savoir que des personnes peuvent devenir des proies.Donc : la prudence s’impose 🙂 Bises et amitiés

  1. Ton introduction sur le retraité du chemin de fer et la vieille photo de gare ont retenu mon attention comme tout ce qui touche à ma « grande » famille. Je vais rester avec cette image de la rencontre de la petite fille qu’il va aider car pour le reste les thrillers me foutent les jetons..
    Beau billet, encore une fois !
    Amitiés

    • Il va vraiment jusqu’au bout de ses forces contre les méchants – mais il y a beaucoup à faire ! J’ai lu le livre il y a quelque temps et c’était un peu dur d’en faire le résumé, mais le mal existe, tant de dangers aussi, et mieux vaut le savoir. Il y a des auteurs de thrillers que je n’aborderais même pas – par exemple Maxime Chattam.
      Merci à toi, j’ai mis tout mon coeur dans ma chronique, et tu l’as vu 🙂
      Amitiés

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