Harmony Verna – Les orphelins du bout du monde – Premier roman traduit de l’américain – Editions Belfond  » Le Cercle « 

 

 

 

Titre original : Daughter of Australia

 » 1898, dans l’Ouest australien

Ils s’avançaient dans le soleil.

Elle marchait d’un pas mécanique, trop petite pour voir bien loin; d’ailleurs, ses yeux s’ouvraient à peine. Elle n’avait pas eu besoin de s’habiller, car elle portait ses haillons de jour comme de nuit. Elle n’avait pas déjeuné, mais  elle ne remarquait plus les tiraillements de la faim.

A l’horizon, la boule de feu diffusait déjà des vagues de chaleur à  la surface du lac sombre de la plaine. Les animaux nocturnes fuyaient la lumière, glissaient sous les pierres,  se terraient pour dormir. Les autres se réveillaient, vifs,  jaillissaient des fourrés, des tanières   …

… Le sol de terre cuite, rouge,  s’émiettait. L’air étouffant du matin pesait sur tout …  Ils arrivèrent à hauteur d’un eucalyptus solitaire qui se dressait sur la terre aride, ses feuilles étroites grises de poussière. L’arbre projetait  un peu d’ombre vers lequel il la guida d’un pas chancelant. Il la fit asseoir en retirant sa main de la sienne.  Les yeux vitreux, il décrocha de sa ceinture la gourde cabossée et la posa par terre, à côté d’elle.  Et puis il se détourna, fit un pas, puis deux … Sa silhouette se fit de plus en plus  petite et ne fut plus  qu’un point sombre. Ensuite, plus rien.  Il s’évanouit dans l’air vibrant de chaleur …

… La frayeur l’envahissait, frisson cruel sur sa peau …  Les  appels de l’enfant, dans la nuit désertique,  n’avaient pas plus d’effet qu’un bourdonnement d’insecte « .

Ainsi commence, de façon très forte, ce splendide premier roman qui peut plonger dans la cruauté,  pour rendre encore plus sensibles la bonté, la tendresse.

Car celui qui va découvrir la petite fille est un pauvre homme mutilé dans la mine, qui gagne difficilement sa vie en faisant des livraisons avec son chariot, bravant lui aussi la  chaleur. Ghan aperçoit quelque chose au pied de l’eucalyptus, et quand il va voir, il se rend compte que la toute petite fille  est inconsciente, brûlée par le soleil. Tout doucement, il la pose dans son chariot avec l’aide de Neely. Là où ils se rendent il n’y a plus d’hôpital, mais un médecin qui tente de la sauver, tout en précisant qu’il ne voudra pas la garder. Ghan qui ne sait ni lire ni écrire, et ne connait pas la haine,  repart en emportant les mots que Mirabelle la cuisinière a su lui dire : « Vous lui avez sauvé la vie, à cette petite « . Une énergie nouvelle monta en lui « .

La femme du médecin, Elsa, voudrait adopter la petite fille qui ne prononce pas un mot, et elle est prête à lui donner toute sa tendresse, ce que son mari refuse. Un jour, alors qu’on l’a habillée si joliment, robe neuve et souliers vernis,  l’enfant est emportée   par un homme en uniforme, tandis qu’elle entend les cris d’Elsa. Elle part avec un prénom,  le nom  de la ville qu’elle quitte, Leonora.

On la conduit dans un orphelinat tenu par un bon prêtre, le père McIntyre venu d’Irlande où sa famille a été massacrée, images terribles qu’il ne peut oublier. Il entoure d’affection les enfants qui lui sont confiés. James, jeune Irlandais lui aussi devient le protecteur de la petite fille si fragile et tous les deux grandissent ensemble. Avec lui, elle peut parler.

Le père McIntyre voudrait protéger  » ses  » enfants le plus longtemps possible  malgré le manque d’argent. Il vient un moment où il ne peut plus résister aux pressions. Il accepte de confier Leonora aux riches époux Fairfield car elle est exactement la petite fille qu’ils souhaitent adopter et ils  l’emmènent aux Etats-Unis où ils la présentent comme l’enfant de la soeur décédée de Mrs Fairfield. Quant à son mari,  il est plein de bonnes intentions, mais il est accaparé par la gestion de sa fortune. Toujours plus ! Mais pourquoi Mrs Fairfield se montre-t-elle si sévère, tout en comblant Leonora qui  est bien habillée, reçoit la meilleure éducation ?

Quant à James, il a toujours voulu retrouver sa famille irlandaise et c’est ce qui se produit, quand elle vient tenter l’aventure en Australie. James met de côté ses rêves d’Irlande et travaille dur dans leur ferme. Et le père MacIntyre,  privé des enfants qu’il préférait ? Il connait un destin semblable à celui des prêtres de Georges Bernanos.

Leonora arrive à l’âge où l’on voudrait la marier, de préférence avec un riche prétendant. Peu à peu, elle s’affirme  vis à vis de sa mère adoptive surtout quand la guerre amène à l’hôpital des combattants blessés, car elle se propose comme infirmière et réussit très bien. Le mariage se fait  avec Alex, riche, entreprenant, séduisant qui va partir pour l’Australie diriger la mine des Fairfield. Elle a eu le temps de ressentir sa brutalité et reste sur ses gardes. Pourtant elle est  heureuse de retrouver les paysages australiens qui lui rappellent la campagne, le bord de mer près de l’orphelinat.

Leonora  se fait une vie où elle s’intéresse aux personnes qui travaillent à la mine, et elle met tout en oeuvre pour les protéger des duretés de son mari, particulièrement quand il veut séparer les enfants Aborigènes de leurs parents. Quand elle découvre  les pauvres cahutes dans lesquelles les familles ne sont  pas à l’abri des intempéries, elle se bat pour leur sécurité et leur santé. Ils manquent même d’eau potable, et la typhoïde fait des ravages. En tant qu’infirmière, elle intervient contre son mari qui ne veut rien voir, et elle parvient à ses fins.

Les circonstances font que James accompagné d’un ami vient chercher du travail, et Alex  leur confie des responsabilités. Dans ce vaste continent, tout est possible, la réussite côtoie la misère, et la bonté affronte les cruautés.

Harmony Verna  mène avec brio sa grande fresque, où tous les sentiments peuvent se confronter, dans une nature  qu’elle décrit parfaitement  avec sa dureté et  sa richesse.

Ses orphelins amis  d’enfance gagnent le coeur du lecteur/de la lectrice et l’on voudrait tellement que la belle histoire d’amour et de fidélité connaisse une  » happy end  » ! Ils le méritent vraiment ! Et Ghan, l’homme qui reste bon tout au long de sa vie misérable, que devient-il ?

Magnifique roman  » page-turner « .

Harmony Verna – Les orphelins du  but du monde – Roman traduit de l’américain par Florence Hertz – Editions Belfond  – 571 pages- 22, 90 Euros – Collection ‘ » Le Cercle « 

( Tous droits réservés, etc – copyright )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

4 réflexions sur “Harmony Verna – Les orphelins du bout du monde – Premier roman traduit de l’américain – Editions Belfond  » Le Cercle « 

    • Les deux, comme dans la vie, comme dans  » Les Misérables  » en Australie, quand il faut bien que les bons l’emportent contre les méchants. J’ai vraiment aimé les plus que 500 pages.
      Et quant à l’eau de Javel, elle aurait été bien utile pour éviter la typhoïde ! 🙂
      Bon dimanche – amitiés

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