Christine Jordis – Automnes – Editions Albin Michel ( Essai sur les  » vieillesses  » )

Un essai que j’ai abordé avec intérêt … mais je reste déçue, sur ma faim. J’avais toujours eu beaucoup de plaisir à  lire  les essais  fouillés, précis, à l’écriture élégante,de Christine Jordis  sur les écrivains et  les paysages littéraires anglais, William Blake. Sa biographie explique son attirance pour la Grande-Bretagne, et elle nous apprend également que ses parents étaient des personnes  que l’on peut qualifier d’  » excentriques « , ce qui est sympathique.

Dans l’interview du  » Figaro  » ( 12 octobre 2017 ), elle s’explique sur ses motivations, ses indignations et ses enthousiasmes, que l’on retrouve dans son essai.

Christine Jordis n’est pas contente des publicités sur les produits supposés  agrémenter la vie des plus de … 50, 60, 75, 80 ans ?  Elle ne supporte pas non plus les termes  qui essaient de cerner une réalité sociale : seniors, troisième, ou quatrième âges, vieux, aînés, etc … et comme elle a un certain humour, ces passages sont amusants.

Mais pourquoi attacher à tout cela autant d’importance ? La publicité, on regarde ou pas, on oublie …  ce n’est pas parce que je vois des publicités récurrentes sur une certaine boisson rouge,  sur une pâte à tartiner, que je suis preneur, ou acheteuse !

Ce qui m’amuse, c’est son retour en arrière, ses références obsolètes : voilà Simone de Beauvoir et son tristounet essai sur   » La vieillesse  » sorti de la poussière.  Impossible  d’oublier  son cri, comme une signature  au soir de sa vie :   » J’ai été flouée !   » .On trouve aussi du Annie Ernaux, cette dernière racontant ses entrailles et tirant son succès de cet étalage. Christine Jordis se projette  vers ses dernières années, appelant de l’aide,   » au secours,  elle veut pouvoir mourir libre, indépendante avec l’euthanasie ou je ne sais quoi, choisies,  prévues, modernes, quoi  !   »

Donc, elle se gâte le moment  présent qu’elle vit d’ailleurs très bien, en femme élégante, jouissant d’une bonne santé, voyageant à sa fantaisie, vivant à la campagne … alors qu’on peut mourir très vite, d’une crise cardiaque, sans   » tuyaux tout autour « .  Je dirais plutôt :  » carpe diem  » avec toutes ses possibilités ! Le pire n’est jamais sûr. On ne choisit pas ses derniers moments.

Elle évoque la  – effectivement – terrible maladie de Charcot, et monte en épingle l’histoire de la dame qui a rempli des pages de journaux parce qu’elle a choisi  de préparer son départ. Libre à elle. Mais je n’aime pas ce prosélytisme. Je préfère et de loin le courage du jeune Matthieu Galey, , atteint de cette maladie, qui a écrit jusqu’au bout, témoignant, vivant, voyageant, transmettant ce document magnifique qu’est son Journal  ( Editions Laffont ).

Elle me remet en mémoire  L’Art du bonheur – de John Cowper Powys, que je vais relire.

Et puis, surtout, en contraste, je pense à :

–  Hélène Millerand – Renonce avec grâce à ta jeunesse – Editions du Seuil – ( conseils d’une ravissante mère à sa charmante fille qui s’avance vers … 40, 50  ans ?)

  • Maître René Vigo, mon admiration, qui a écrit ( chroniques sur les livres et les arts, le droit pénal et la criminologie, l’histoire  de la Champagne, tableaux, romans, biographies, conférences debout … )  jusqu’à 94 ans, et encore parce qu’il est mort des  suites d’un lourd traumatisme crânien  à cause d’une chute provoquée par un cyclomotoriste alors que lui  marchait avec son énergie habituelle sur un passage réservé aux piétons … il avait 91 ans. Il a donc continué pendant trois ans de plus les mêmes activités.

Me René Vigo n’avait pas d’états d’âme : il travaillait. Il m’a écrit ces mots que je garde :   » Je n’ai jamais pensé à l’âge  » –   » Je ne cesse de livrer des combats au temps  » –        » France, la vie est un combat « .

Pierre Bergé, dont j’ai vu avec grand plaisir et admiration l’énergie communicative,  son intérêt pour les autres, entendu  la voix  très agréable,  lors des remises de  ce qui est bien  » son  » prix Jean Giono, entr’autres  mécénats et actions humanitaires.

Vous pouvez suivre sur Youtube ses toutes dernières interventions, alors qu’il   » faisait avec  »  la myopathie qui le paralysait peu à peu, et aussi une tumeur  sur la tête qu’il avait le cran, le panache, le courage  de laisser voir :  en compagnie de  Léa Salamé, dans les jardins de Majorelle, d’ un journaliste de Canal Plus, le dernier entretien. Et son organisation impeccable : il n’a rien subi !

( Les autres vidéos, je les laisse aux voyeurs, qui peuvent y croire s’ils le veulent.  Pas moi. J’ai dû travailler à une certaine époque sur certains écrivains …  les écrits de Georges Bataille sont une horreur, signée, revendiquée,  particulièrement quand il écrit sur sa mère ! Pourtant il fut conservateur à la Bibliothèque nationale, avec la Légion d’honneur  – mais Jean-Jacques Pauvert, qui n’était pas un effarouché, témoigne qu’il était écoeuré par les fréquentations de Georges Bataille ).

Un mélange de jolis passages poétiques, de cris effarouchés devant la découverte de son vieillissement, par exemple, sa main qui change …  de références de toutes sortes. Un essai publié au moment où la si délicieuse Danielle Darrieux nous quittait, à 100 ans, en  toute grâce et beauté, sans confidence aucune : la dignité.

Christine Jordis – Automnes – Plus je vieillis, plus  je me sens prête à vivre – Editions Albin Michel –  287 pages –  19,50 Euros

( Tous droits réservés, etc – copyright)

La présentation de la   » 4ème de couverture  »   est plus optimiste que l’essai lui-même !

2 réflexions sur “Christine Jordis – Automnes – Editions Albin Michel ( Essai sur les  » vieillesses  » )

  1. Billet très riche « d’enseignements » et j’ai dû le lire plusieurs fois pour bien m’en imprégner.
    J’aime bien aussi la couverture et le titre du livre même si j’adhère complètement à votre analyse.
    Amical bonsoir.
    jp

    • Bonsoir chupefoise, merci pour votre commentaire et votre intérêt – de mon côté, j’aime bien m’aérer sur votre blog!
      On dit toujours qu’on vieillit comme on a vécu ! La couverture est attirante, je trouve aussi, bien de circonstance, et c’est également une bonne idée de publier le livre en automne, avec les feuilles mortes, un peu de mélancolie, la notion du temps qui passe.
      Christine Jordis était une des invitées de Frédéric Taddéi cette semaine en fin de journée sur Europe 1, émission variée et passionnante à mon avis. Elle a dit qu’elle avait particulièrement soigné le style, qu’elle a voulu très élégant, ce qui est vrai, et toujours vrai chez elle. Elle considère que le fait de  » s’attaquer  » aux publicités âgistes est osé, et elle considère cette partie de son livre comme un pamphlet!
      Un couple d’amis vers les 80 ans a fait installer dans leur petite maison un siège monte-escaliers qui semble très pratique, ils ont une gentille aide à domicile en plus des visites de leur fille, qui habite tout près, et ils sont souriants, heureux.
      Amicalement – bonne fin de semaine – france 🙂

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