Haruki Murakami – Des hommes sans femmes – Nouvelles traduites du japonais par Hélène Morita – Editions Belfond

 

Ils sont passionnants, ces courts romans où le lecteur  » entre   » immédiatement – avec toujours l’atmosphère un peu étrange, mystérieuse qui est la marque de l’auteur japonais tellement apprécié dans  tant de pays du monde. Chacune de ses oeuvres constitue un événement. Il explique lui-même la genèse  de ce recueil, en résonance avec  Hemingway   »  Men without women  » :

Dans la première nouvelle  » Drive my car « , l’intrigue parait simple. Kafuku est un acteur, récemment veuf, qui  a besoin d’un conducteur pour ses trajets, car il joue au théâtre …  et n’a plus le droit de conduire, au moins temporairement.  Le garagiste lui propose une jeune femme sérieuse, Mlle Misaki Watari, chauffeur professionnel. Pendant qu’elle conduit, avec une extrême souplesse, Kafuku révise ses rôles, écoute de la  musique, et peu  peu la conversation s’engage, bien qu’elle soit extrêmement réservée. Kafuku lui parle de sa femme qu’il aimait infiniment, mais qui pourtant le trompait. Après sa mort, il a éprouvé le besoin de se rapprocher de son dernier  amant … de boire des bières avec lui afin de susciter les confidences, sans jamais  se dévoiler. Il explique à  Misaki très surprise qu’il a joué cette amitié comme un rôle, et puis qu’un jour, brusquement il a cessé de voir Takatbusi parce qu’il ne parvenait pas à comprendre pourquoi sa femme avait eu une liaison avec cet homme par ailleurs fort gentil …  Misaki ne dit rien, et continue à  conduire, en silence.  On reste sur une interrogation  : se passera-t-il quelque chose entre Kafuku et sa confidente ? Elle a le même âge qu’aurait la  fille que le couple a perdu alors qu’elle était tout bébé, ce qui explique aussi son attirance envers elle.

Le Dr Tokaï est le héros de   » Un organe indépendant « . Il pratique dans sa clinique la chirurgie esthétique d’une façon extrêmement compétente. Sa vie personnelle et sa vie  professionnelle sont parfaitement organisées grâce à un secrétaire d’une totale discrétion qui gère les rendez-vous de façon à ce que les différentes maîtresses ne puissent se rencontrer.  C’est un célibataire  heureux que rencontre le narrateur, car ils jouent ensemble au squash,  puis échangent ensuite  des confidences  en grignotant des frites avec des pickles et des chopes de Black and Tan. Le Dr Tokaï explique qu’il  est très amoureux d’une femme mariée qu’il voit pendant les absences de son mari.  Le narrateur ne s’étonne pas vraiment  de ne plus voir le Dr Tokaï à la salle de sport,  jusqu’à l’appel téléphonique du secrétaire qui souhaite le voir …  il lui apprend la mort du Dr Tokaï qui s’est laissé mourir de faim, en deux mois, quand  il s’est aperçu que sa maîtresse très aimée les avaient quittés, lui et son mari, plus son enfant, pour un autre homme dont il ne soupçonnait pas l’existence. Il n’a pas supporté la trahison. Pouvait-on  penser que ce séducteur serait sensible au point de perdre l’envie d’exercer son métier, de vivre …

 » Shéhérazade  »  : c’est ainsi qu’Habara a surnommé la femme qui vient lui apporter des provisions dans la cabane secrète où il se cache  ( pourquoi  ? on ne le saura pas ), passer un moment intime et ensuite lui  faire des récits de sa vie. Habara est fasciné. Mais :

 »  Il était fort probable –  non, c’était même tout à fait sûr  – qu’un jour ce fil se rompe.  Cela se ferait, tôt ou tard.  Même s’il ne savait quand.  Shéhérazade disparue,  cela voudrait dire plus de récits à écouter. Et toutes les histoires étranges, inconnues,   qu’elle aurait pu lui raconter seraient perdues pour lui « .

 » Le bar de Kino  » :  » Kino avait une tante célibataire, la soeur aînée de sa mère, une femme très séduisante. Cette tante avait toujours eu  beaucoup d’affection pour lui, depuis qu’il était enfant.  Elle avait longtemps eu une relation avec un homme plus âgé, qui, en témoignage de son amour, lui avait  fait cadeau d’une petite maison située à Aoyama. C’était le genre de cadeau qui arrivait dans le bon vieux temps.  Elle habitait au premier étage et tenait un salon de thé au rez-de-chaussée.  A l’avant, il y avait un joli petit jardin dans lequel un magnifique saule pleureur laissait retomber ses branches chargées  d’un feuillage opulent. La maison se trouvait tout au bout d’une ruelle, à l’arrière du musée Nezu, un lieu où les passants étaient rares. Mais sa tante possédait  un étrange pouvoir d’attraction et son salon de thé était florissant.  »

La tante décide qu’elle a atteint l’âge  de se reposer, et elle transmet  sa jolie propriété à son neveu. Lui aussi doit se remettre d’une trahison  ( comme les héros des nouvelles précédentes ! ). Il fait faire des travaux, et la transforme en bar, où il peut installer ses chers disques et sa platine, tout ce qu’il aime.Le premier visiteur est un joli chat gris, porteur d’ondes positives, puis un  client assidû, nommé Kamita,  qui vient dans la soirée, lit un livre en prenant toujours les mêmes consommations. Les clients affluent dans ce lieu tranquille et charmant …  Un soir, deux clients se montrent difficiles au point que Kamita doit défendre Kino. Il lui dit que la tante lui a confié la mission de veiller sur Kino … mais la belle paix disparait en même temps que le chat gris … et toutes sortes d’événements surprenants et inquiétants surviennent.

Encore plus kafkaïen,   » Samsa amoureux  « , qui se réveille un matin dans une chambre dépouillée de rideaux,  sans meubles, à la fenêtre condamnée … Il parvient à se mouvoir, quitte le lit, et peut ouvrir la porte, étrangement.  Il va jusqu’à une salle où la table est servie, avec des plats chauds, et il se sert. Personne. Personne dans la ville,  sillonnée par des chars : il se trouve à Prague.   Quand on sonne à la porte, Samsa se dirige vers le hall d’entrée, et  se trouve face à une femme qui vient réparer une serrure, et a pu quand même traverser  la ville, sans doute protégée par son apparence …

Etc … Avec une certaine  note d’humour, des récits dont les personnages apparemment désinvoltes, révèlent une extraordinaire sensibilité, jusqu’à la nouvelle qui clôt le recueil et lui donne son titre,   » Des hommes sans femmes « .  Et le narrateur de réfléchir :

 » Depuis lors, chaque fois que je passe devant une statue de licorne,  je m’asseois un moment et je me mets à méditer sur les hommes sans femmes. Pourquoi en ce lieu ? Pourquoi près d’une licorne ?  Peut-être aussi parce que cette créature appartient au monde des hommes qui n’ ont pas de femmes. Je n’ai, à ce jour,  jamais vu de couple de licornes « 

Haruki Murakami – Des hommes sans femmes – Nouvelles traduites du japonais  par Hélène Morita – Editions Belfond –  311 pages – 21 Euros

 

( Tous droits réservés, etc – copyright )

 

 

12 réflexions sur “Haruki Murakami – Des hommes sans femmes – Nouvelles traduites du japonais par Hélène Morita – Editions Belfond

  1. voila , ma petite promenade hebdomadaire sur votre site se termine et bien entendu c’est un immense plaisir !
    J’avoue que je ne connais pas cet auteur , je le découvre donc .
    Je vous souhaite une bonne fin de semaine .

    • Bonjour chère jeanne, cela fait plaisir de vous retrouver ici- Il y a de quoi faire avec cet auteur prolifique qui emporte dans un autre monde.! Merci pour vos gentille appréciation, qui me fait plaisir aussi – bonne fin de semaine avec mes amitiés – france 🙂

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