Simona Sora – Hôtel Universal – Roman traduit du roumain – Editions Belfond

img_0002

 » C’est le tout premier matin des confitures de roses. Maia est assise sur son tabouret. Elle dépouille les fleurs, pétale après pétale, qu’elle dépose dans la bassine. Elle les teste ensuite en les frottant, un par un, avec une pointe d’acide citrique : si le pétale bleuit, elle le jette; s’il déteint rouge sang sur les doigts, elle le garde. C’est la première fois qu’elles font des confitures ensemble, les deux Maria, et elles procèdent à  deux pour chaque opération. Elles découpent la partie blanche des pétales avec les ciseaux de cuisine  et elles frottent leur soie contre des grains de sucre pour les ramollir. Elles reversent les pétales dans la bassine et la recouvrent, puis Maria  la grande fait un signe de croix par dessus. Le sirop, je le ferai demain, ajoute-t-elle avant de renvoyer Maria chez elle sans rien  lui demander au sujet du visiteur de la veille. Et quand Maia, prête à sortir, tente encore de dire quelque chose  – elle voudrait seulement savoir qui était le vieillard souriant, et, surtout, ce qu’elle aurait dû faire au lieu de s’enfuir sur le balcon comme si  elle avait la mort aux trousses -, sa grand-mère l’interrompt sèchement de sa petite voix froide  :  » D’où veux-tu que je  le sache ? Ils sont nombreux, dans cette maison que vous avez.  Comment je pourrais savoir lequel d’entre eux c’était ?  »

Dans cet hôtel au centre du vieux Bucarest, on voudrait que flotte un  doux parfum de confiture de roses, de traditions familiales et roumaines.  Mais l’hôtel  a passé l’époque de sa splendeur et a connu toutes sortes de vicissitudes, jusqu’ à devenir une base  pour la  » Securitate  » la police d’Etat du temps des dictateurs, avec, à chaque étage, une  pièce  fermée, redoutable.

Il a hébergé dans ses  couloirs et pièces en cours de délabrement  des hordes de rats, et des étudiants qui   leur donnaient la chasse. Des familles y vivent, telle que celle des étranges Maria et Maïa,  héritières de Rada la guérisseuse un peu sorcière, et de leurs visiteurs, qui passent, entre deux voyages.

Le lecteur transite lui aussi, entre deux époques, de multiples destins,  dans une atmosphère dont on ne sait pas si elle est réelle ou rêvée, jusqu’à ce qu’une tragédie se produise, et à dire vrai, le lecteur n’en est pas surpris.

Il fallait  une trame romanesque complexe et fascinante pour suggérer l’oppression ambiante, le calme et la peur, l’irruption soudaine du drame dans lequel fut plongée la Roumanie. C’était un monde cultivé tombant dans un gouffre, et  qui  tentait désespérément de garder ses repères  afin de survivre dans un pays en proie au déséquilibre totalitaire.

A  lire aussi comme une allégorie, pour mieux comprendre ce pays proche dont tant d’habitants aiment et pratiquent la culture française. On doit bien la réciproque à la terre natale de Mircea Eliade, de la princesse Bibesco  …

img_0004

 

C’est le premier roman de Simona Sora,  journaliste littéraire réputée en Roumanie où elle a son public fidèle.

img_0003

 

Simona Sora – Hôtel Universal – Roman traduit du roumain  par Laure Hinckel  – Editions Belfond – 336 pages – 20,50 Euros

( Tous droits réservés, etc  – copyright )

2 réflexions sur “Simona Sora – Hôtel Universal – Roman traduit du roumain – Editions Belfond

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s