Louise de Vilmorin – Objets-chimères – Articles et textes rares – 1935- 1970 – Gallimard

 

img

Louise de Vilmorin est la grâce même, et c’est un bonheur de la découvrir encore et encore au fur et à mesure de l’édition de ses oeuvres multiples. Elle se fit connaitre par ses si célèbres romans  » Le lit à colonnes « ,   » Julietta « ,  » La lettre dans un taxi « ,  » Madame de  » qu’on attribua à Madame de Lafayette – mais Louise a seulement publié une préface à l’édition en poche de ce roman- On peut la  lire dans ce recueil  » Objets-chimères  » rassemblant les textes et poésies diverses qui lui étaient demandés pour des revues comme   » Marie-Claire « ,  » Vogue « ,   » l’Officiel de la couture et de la mode « …  ou des préfaces (  Charles Perrault,  » Les Misérables  » ).

Du début à la fin de sa vie, Louise séduisit, et tout d’abord ses frères et soeur  – qu’elle réunit dans sa signature ornée de son trèfle à quatre feuilles. Lorsqu’elle dut rester allongée pour cause d’une maladie qui demandait temps et patience, l’abbé Mugnier  lui rendait visite en disant :  » elle a la grâce « .

Née  dans la propriété familiale de Verrières-le-Buisson, c’est là qu’elle s’éteignit  ( 4 avril 1902 – 26 décembre 1969 ). Elle est inhumée au pied du banc où elle aimait à se reposer. On a fait graver ses mots :  » Au secours  » !

J’ai pu visiter ce parc à un début d’automne et penser à elle devant ce banc, en m’amusant de certaines  anecdotes. On sait qu’André Malraux, amour de jeunesse, vint vivre à Verrières-le-Buisson. Louise aimait briller aux repas familiaux, et  elle se   » bourrait de brioche  » avant le dîner pour pouvoir bavarder tandis que les convives se restauraient. Néanmoins, du temps d’André Malraux, c’est lui qui prenait la parole. Il appréciait tellement la propriété qu’il y resta en épousant … la nièce ! Et il mourut lui aussi en ce même lieu.

Elle se maria plusieurs fois, avec un Américain dont elle eut trois filles, puis avec un comte  hongrois. Elle passa des années heureuses dans son  château au milieu des bois enneigés, ou à Budapest, mais elle le quitta, car il était infidèle. Elle-même séduisit d’innombrables coeurs, Antoine de Saint-Exupéry, Gaston Gallimard, les Duff Cooper, Orson Welles  – et on ne sait pas tout !

On oublie parfois qu’elle fut  la scénariste du film  de Louis Malle   » Les Amants « .

Louise aimait les trèfles à quatre feuilles,  la couleur bleue, les conversations au téléphone,  les dimanches, l’amitié, les salons littéraires …

Elle disait :

 » J’ai toujours envie de rire,  et toujours le coeur gros 

Il fit des enfants pour faire faire des tableaux

Je pense aux jours en eux-mêmes, à leur couleur, leur atmosphère, et aux lignes de paysage, toutes choses auxquelles j’ai toujours été particulièrement sensible 

L’essentiel est pur.  Les monts infranchissables sont la poésie, les amours, les  regrets

Mes sujets construisent des châteaux et moi j’en fais claquer les portes

J’aime, j’aimais. Où est donc le poète, sinon dans le coeur victime ?

S’il est important de plaire, rien n’est plus important que de ne pas déplaire. »

Extraits :

Elle évoque l’Aiglon à Schoenbrunn :

 » L’Aiglon s’est consumé. Flamme, il a  brûlé d’amour pour son père, d’attachement pour sa mère; il a brûlé  de vouloir guérir, d’être libre, aimé, compris, reconnu Français. Flamme enhardie par  le vent du sort, il s’est brûlé lui-même et, de nos jours, une main vient parfois poser un bouquet  de blanches violettes de Parme sur le lit où il s’est éteint. Ses cendres me font penser à ces fleurs : blancheur de la jeunesse et de l’éternité ; Parme, où régnait la molle Marie-Louise ; violettes, emblème des Bonapartistes.  A Schoenbrunn, dans la chambre des espoirs perdus, il n’y a plus que des soupirs dans le silence « .                            

   ( Marie-Claire – n° 4 – janvier 1955 )

 » Le temps des assassins  :

 » Si j’ ose parler de la Hongrie, c’est que j’y ai vécu de nombreuses années, émerveillée et inquiète à la fois par la confiance  que les Hongrois avaient en la France. Ils parlaient d’une France idéale, qui était encore celle de mon enfance … 

…    Je suis de coeur, d’âme et d’esprit avec ceux qui luttent et souffrent en Hongrie; avec ceux qui, chez nous, les aiment, les comprennent et cherchent à les aider, et avec ceux qui ont ressenti l’horreur des moyens employés pour  étouffer la voix de la liberté. Ce n’est pas contre des guerriers que  l’armée et le peuple hongrois  ont eu à combattre : hélas ! ils ont eu affaire à des assassins ! « 

( Paris-Presse l’Intransigeant – 10 novembre 1956 )

Noblesse de la rose :

 » Surprise au bout du regard,  merveille au bout du nez, plaisir au bout des doigts, lorsque s’impose l’urgence des aveux,  le rosier donnera sa fleur aux voix des sentiments. Lecteur, si d’aventure surgit chez vous une querelle,  faites dévier la conversation et faites-la porter sur le sujet des roses.  Alors les disputes cesseront,  l’harmonie se rétablira et  vous verrez que tout le monde se mettra d’accord  pour vanter d’une seule voix  le parfum, la forme,  le ton de la rose  et que chacun dira que rose est état de grâce « .

( Préface pour le livre de Lotte Günthardt – Noblesse de la rose – Paris,  La Maison Rustique – 1966 )

Louise de Vilmorin –  Objets-chimères – Articles et textes rares – 1935 – 1970 -Edition présentée et établie par Olivier  Muth – Gallimard – 350 pages – 23, 50 euros – ( Bibliographie générale des articles de Louise de Vilmorin – Index des noms propres – en annexes )

 

img_0001

Tous droits réservés, etc – copyright

 

 

 

 

 

 

 

6 réflexions sur “Louise de Vilmorin – Objets-chimères – Articles et textes rares – 1935- 1970 – Gallimard

  1. Bonsoir chère France, merci pour ce magnifique billet sur Louise de Vilmorin. Ce livre doit être passionnant. Merci.
    A 18h, nous avons eu un gros orage et beaucoup de pluie.
    Je te souhaite une douce soirée. Mes pensées bien amicales.
    Bisous ♥

    • Bonjour, dear Denise, merci à toi aussi. Tous ses livres et écrits me touchent en effet, et je suis ravie de pouvoir échanger sur celui-ci, où elle traite de sujets divers, avec grâce et profondeur.
      Nous avons un temps entre fin d’été et début d’automne, et il a beaucoup plu. Heureusement pour les plantes. Soleil aujourd’hui !
      Bises et amitiés de bonne journée – france 🙂

    • Bonjour chère wzeig – un livre de Louise de Vilmorin, toujours une découverte et un enchantement. Je suis contente que cette courte présentation te plaise – merci de l’exprimer 🙂
      Bises, bonne suite de samedi – et dimanche !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s