Lorenzo Marone – La tentation d’être heureux – Roman traduit de l’italien – Editions Belfond

 

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Ce roman, guilleret et grave, rappelle les comédies – évoluant  parfois en tragédies – italiennes de  Vittorio de Sica qui font  notre bonheur, encore et encore au cinéma. A lire par priorité en cette rentrée !

Il est dédié  » aux âmes fragiles qui aiment sans s’aimer « .

Voici Naples, multiple,  à toutes les heures du jour et de la nuit,  voici une grande maison bruyante où tout le monde se connait.

 » Le soussigné  » se raconte :

 » Je m’appelle Cesare Annunziata, j’ai soixante-dix sept ans, et pendant soixante-douze ans et cent onze  jours, j’ai jeté ma vie à la poubelle. Puis j’ai compris que le moment était venu de me servir de la considération acquise au champ d’honneur pour obtenir quelque chose de mieux « .

L’ironie est son arme dans la vie :   » Ceux qui se plaignent de vieillir sont fous. Ou plutôt aveugles, le terme me parait plus juste.  Ils ne voient pas plus loin que le bout de leur nez.  L’autre alternative me parait en effet peu souhaitable.  Par conséquent être arrivé jusque-là me parait un sacré coup de chance. Mais le plus intéressant, comme je le disais,  c’est qu’on peut tout se permettre.  Les personnes âgées ont  tous les droits, et un petit vieux qui vole dans un supermarché suscite des regards naïfs et compatissants. En revanche, si c’est un gamin qui vole,  dans le meilleur des cas, on le traite de  » chenapan « .

A Naples, en Italie, peut-être !

Cesare voudrait se présenter comme un ronchon, que sa famille, ses voisins importunent. Mais il n’en est rien ! Il est fort sociable, gentil sous ses dehors rugueux, et, s’il vit seul, depuis que sa femme,  Caterina, est morte, il se soucie de son prochain avec un coeur immense. Simplement, il aime bien rouspéter, mais confie qu’il n’a jamais voulu adopter un chien, de peur de trop s’y attacher.

Ainsi  il a la visite de Belzébuth, un des nombreux chats adoptés par une voisine, Madame Vitigliano. Il  est présent quand l’agent immobilier importune Madame Vitigliano qui ne veut pas vendre son appartement ! Et il nourrit fort bien Belzébuth qui sait trouver aussi des caresses et ronronne.

Juste en dessous de son appartement, celui de Monsieur Marino, un ami de longue date. Ils se sont connus en étant collègues de travail, et quand Monsieur Marino a vu qu’un logement était libre, il l’a tout de suite proposé à Cesare Annunziata. Pendant des années, les deux familles ont tout partagé, les fêtes, les sorties, Noël, mais ce ne sont plus que des souvenirs,  car les deux vieux messieurs sont les seuls survivants.

Monsieur Marino a vu s’éloigner son fils, parti travailler au loin. Victime d’un accident, son fils  n’est jamais revenu, puis sa femme est allée le rejoindre, et le pauvre monsieur a décidé de ne plus  quitter le fauteuil où il s’est blotti avec sa mélancolie.

C’est Cesare qui lui rend visite. Cesare, lui, a toujours ses deux enfants,  sa fille, Sveva, devenue avocate- un métier qu’il ne comprend pas, car pourquoi se soucier des conflits des autres ? –  mariée, mais trompant son mari ( ce qu’il a vu et désapprouve ! ). Il aime son petit-fils, Federico, qu’il va parfois chercher à la sortie de l’école, mais  pas trop souvent, car il ne veut pas faire  partie de la petite troupe attendant devant la porte. Une journée mémorable, quand,  au lieu de l’emmener  aux cours, le grand-père lui propose une escapade au parc d’attractions, Edenlandia. Et c’est lui  qui attrape le pompon.

Sveva fait très attention à la santé de son père depuis qu’il a eu un infarctus, car, pour elle,  il doit être  » raisonnable », prendre ses médicaments, ne pas se fatiguer, bien s’alimenter. Cela agace Cesare.

Son fils, Dante, lui donne bien des soucis  : c’est qu’ il est homosexuel, tient une galerie de peinture, et vit avec un autre  homme, qui, en plus, cuisine bio et macrobiotique ! Cesare garde ses réflexions pour lui et ne peut s’empêcher d’être touché quand Dante lui apporte des provisions à foison.

Cesare a aussi une femme dans sa vie, Rossana, à qui il va rendre visite, comme d’autres messieurs. Ils ont tous les deux des habitudes et de l’affection. Ils vont dîner ensemble, depuis le  temps qu’ils se connaissent.

La vie allait paisible et ainsi organisée dans  l’immeuble, quand  Madame Vitigliano prévient  les deux amis qu’elle entend de violentes disputes chez  le jeune couple qui vient d’emménager. D’ailleurs, ils constatent que la jolie jeune femme, Emma, est blessée, et que son mari semble réellement violent.  Cesare tente d’intervenir, un jour pire qu’un autre, mais le mari ne veut rien savoir.

Alors, que faire ?

Cesare et Monsieur Marino réfléchissent ensemble. Que veut Emma ? Ils l’incitent à partir, mais elle hésite, même quand elle attend un bébé, ce qu’elle ne veut pas dire à son mari. Pourquoi a-t-elle cette attitude ? Elle reste sous les coups …  Plus tard, trop tard,  Madame Vitigliano s’affole, tant la  nuit a été violente chez les jeunes voisins, et elle vient chercher Cesare. C’est le sang qui le mène jusqu’à Emma, frappée à la tête, victime d’une hémorragie …  Monsieur Marino quitte son fauteuil, appelle les secours tandis que Cesare reste auprès d’Emma qui sombre dans l’inconscience.

Cesare passe la nuit à l’hôpital, épuisé, attendant les résultats de  l’intervention qui est multiple : on dirait qu’un tracteur est passé sur le corps d’Emma, dit le chirurgien.

Lorenzo Marone a été avocat, puis s’est consacré à la littérature.  Il me semble que son roman très attachant est construit – un peu – comme une plaidoirie où il faut d’abord situer les faits, puis introduire des effets, étonner à la fin  de la démonstration. Je suis restée stupéfaite  par le – et même les dénouements, par la sorte de  » morale  » qu’il semble vouloir dégager :  Emma n’aurait pas voulu  être sauvée, elle était résignée, trop  habituée aux coups  !!!  …   comme le pauvre poisson rouge  agonisant sur le parquet, son bocal ayant été cassé  par le mari violent. Ce serait son inévitable destin !  Cesare n’a pas le temps de le remettre dans l’évier avec de l’eau, tout occupé qu’il est par Emma. Cesare a-t-il fait tout ce qu’il a pu  ?  Ce qui est certain, c’est qu’il a dépassé ses forces, cette terrible nuit-là – qui aurait  pu être évitée !

Son roman évoque certes la vieillesse, et dans le cas de Cesare, elle est animée,  énergique, combative – mais aussi le sort douloureux des femmes battues, de la violence, et des devoirs de l’entourage. Il suscite donc toutes sortes de réflexions.

Un peu d’air de Naples, tellement présente et aimée :

 » En face de moi, le Vésuve est encore là,  avec ses milliers de lumières qui grimpent jusqu’à son sommet, ou presque. Il parait qu’à Naples, où qu’on tourne les yeux, on voit la mer.  En réalité, je crois que la présence du volcan est bien plus encombrante.  C’est lui qu’on retrouve toujours,  où qu’on tourne les yeux. Ce sont ses bosses qu’on cherche,  pour se mettre sur le chemin du retour à la maison. C’est son énergie qui, à la manière de sa lave,  pénètre au  plus profond des immeubles  et enflamme les ruelles « .

Lorenzo Marone – La tentation d’être heureux – Roman traduit de l’italien par Renaud Temperini – Editions Belfond – 336 pages – 20 Euros

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