Colum McCann- Treize façons de voir – Nouvelles trad. de l’anglais ( Irlande ) – Editions Belfond

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Un court roman, et quatre nouvelles traitées sur un ton différent, avec les qualités d’empathie, de concision qui sont coutumières  à l’écrivain irlandais vivant aux Etats-Unis.

C’était un privilège de le rencontrer  au Festival  » Etonnants Voyageurs  »   2016 de Saint-Malo :  il est lumineux, attentif, gentil. Il  l’a toujours été  … il est familier du Festival de  Saint-Malo  et il sait exprimer ses remerciements – attachant, on vous dit !

Il sera présent au Festival  AMERICA  à  Vincennes, près de Paris, du 9 au 11 septembre 2016.

Et pourtant, il se coltine, si je puis dire,  les maux qui affligent actuellement l’humanité, mais  dans des récits d’une telle qualité littéraire qu’il les transcende véritablement.

La violence : tel est le thème du roman  bref qui donne le titre au livre  Treize façons de voir  et des quatre nouvelles.

Colum McCann  en a été personnellement victime alors qu’il composait son livre et il témoigne :

 » Ces nouvelles étaient presque achevées à l’été 2014,  quand j’ai été victime, le 27 juin, d’une agression  à New Haven, dans le Connecticut. Un homme m’a attaqué par derrière et assommé,  alors que je venais de porter secours à une femme qui venait  elle-même de se faire attaquer  dans la rue. J’ai été hospitalisé   …  

Ces récits ont leur propre voix,  mais si leur provenance vous intéresse, notamment la Déclaration de la victime  que j’ai déposée après mon agression dans le Connecticut, veuillez visiter  mon site web : commccann.com « 

La photo qu’il publie le montre très blessé à la tête – mais après des mois de soins et de convalescence, il  est plus beau que jamais ! Et il répond, quand on lui demande quels sont ses sentiments actuellement – question qui  lui a certainement été posée souvent  –  :  » Je suis un optimiste cynique « .

Treize façons de voir :  en treize chapitres, autant de scènes et de points de vue, Mr Menselssohn, juge en retraite de 82  ans,  fait face à la vieillesse qui s’installe avec ses différents maux et dépendances qu’il supporte avec ironie, et aussi à une certaine solitude. Pourtant il vit à New-York, dans un appartement confortable dont s’occupe une dame charmante qui prend soin de lui.

Ce jour-là, il se prépare à sortir malgré la neige qui tombe  pour rejoindre son fils au restaurant … ses pensées vont vers Eileen, sa femme disparue … Son fils est décevant, et sa fille reste au loin, en Israël.

 » Tout comme les policiers, les poètes savent que la vérité demande du travail : elle ne se présente pas par hasard,  il faut la ciseler,  lui donner forme et fond,  elle est le produit du temps, de la distance, du labeur … 

Sont conservés trente-quatre jours d’enregistrements fournis par  chacune des huit caméras  disposées dans l’immeuble de Mendelssohn, sis au 59, Quatre-vingt-sixième Rue Est,  entre les avenues Madison et Park,  à tout juste deux cents mètres du restaurant  … L’après-midi de sa mort, Mendelssohn  sort de l’ascenseur – séquence sans incident  –  il marche silencieusement au bras de Sally  – et ils débouchent ensemble dans le hall. »

Car Mr Mendelssohn est assassiné quand il sort du restaurant. Un coup  à la tête, qui le  laisse inanimé sur le trottoir.  Par qui ? Pourquoi ? L’enquête aboutit. Il est victime par  ricochet d’une vengeance à laquelle il est totalement étranger.

Quelle heure est-il, maintenant, là où vous êtes  ?

Il a été demandé à un écrivain de rédiger un récit pour le temps de Noël. Les semaines passent,  l’inspiration ne vient pas  … et pourtant il   pense  à une  jeune femme, Marine, au loin en Afghanistan :

 » Ceci est maintenant établi  : Sandi Jewell, originaire de Toledo,  a vingt-six ans,  elle s’est engagée dans les Marines.  En tenue de camouflage,  casque et cagoule, elle monte la garde  à plus de trois cents mètres d’altitude, dans un froid débilitant. C’est la dernière nuit de décembre et, depuis l’Afghanistan, elle va bientôt appeler  un être cher à l’aide du téléphone satellite  posé à ses côtés « …

Sh’khol   (  » le parent qui a perdu un enfant « ,  en hébreu )

Thomas, treize ans, fragile,  a été adopté en Russie  par Rebecca et Alan, maintenant séparés. Rebecca emmène son fils en Irlande, et lui offre pour son anniversaire une tenue de plongée. Mais Tomas disparait  en mer  … Tout le monde  participe aux recherches.

Traité

 » Pourtant, le visage de cet homme, même une demi-seconde, lui a glacé les os. Un seul gros plan, très bref. Cette façon de se présenter à l’écran, parmi d’autres officiels.  Quoi d’autre, exactement ? Un aplomb remarquable, conquis avec l’âge ? Le droit de s’exprimer devant un micro ? En tous cas, une apparition soudaine et scandaleuse. Ce gros plan, oui, trop bref.  Son tortionnaire. Qui l’insultait. Son violeur. 

Sous un demi clair de lune, derrière la maison, Beverly sort son briquet de la poche de son cardigan.

Elle est la seule à fumer parmi les Soeurs. Une habitude qu’elle a gardée de son enfance en Irlande, sans s’en départir au fil des années, en  Belgique, à Marseille, en Colombie,  à Saint  Louis, à Baltimore, dans un foyer de filles à  Houston et aujourd’hui sur la rive sud de Long Island. Une petite retraite, lui avait-on dit. Un ou deux mois de tranquillité.  L’air frais de la mer.  Le temps de se reposer. Mais  elle avait senti la présence du destin  : à soixante-seize ans,  elle arrivait avec son unique valise dans son dernier lieu de culte « .

Beverly, religieuse qui  a bien mérité son repos, était en mission  dans la jungle colombienne, trente-sept ans auparavant, quand elle avait été enlevée, puis séquestrée pendant de longs  mois, torturée, violée, insultée par le même tortionnaire …  au point de garder des cicatrices sur sa poitrine.

A Long Island, alors qu’elle lutte toujours contre le sentiment d’insécurité qui ne la quitte pas, malgré son courage, elle regarde la télévision avec ses compagnes, et voit soudain apparaitre au journal télévisé le visage du sadique qui  prenait visiblement du plaisir à  la faire souffrir. Elle n’en croit pas ses  yeux : il fait partie d’un groupe qui milite pour la paix, et se trouve à Londres afin de témoigner dans un congrès !

Beverly décide d’aller à Londres. Elle habitera chez son frère qui l’a toujours soutenue. Elle veut savoir si véritablement  l’homme dont elle ne peut oublier le visage  a pu changer à ce point-là, et cette conversion serait un  miracle… ou s’il est  toujours le même.

Elle guette la sortie de l’immeuble où il réside à Londres, et se tient prête dans un café juste en face. Elle n’attend pas pour rien, car un jour, il entre dans ce café, et elle l’interpelle. Il nie tout d’abord. Beverly ouvre son chemisier afin qu’il  puisse voir les cicatrices témoignant des tortures que lui, il lui a infligées. Il n’a qu’un mot : une grossière injure de plus.

Pas de  » rédemption  »  : il est toujours le même.

Le patron du café est témoin de la scène. Lui aussi  a vu la poitrine dénudée et marquée de Beverly, a entendu le tortionnaire, remarqué sa mimique cruelle. Et sa réaction est magnifique.  L’espoir vient quand on ne l’attend pas  …

Comme s’il y avait des arbres

Jamie travaille sur un chantier, mais il a été renvoyé pour une erreur de conduite qu’il regrette. Pourtant, on sera sans pitié envers lui.  Un autre, autant dans le besoin que lui, travaille donc à sa place  …

« …  soudain, il faisait très froid, j’ai eu envie de serrer le bambin de Jamie dans mes bras comme il le serrait lui « .

Dans les romans de Georges Simenon, il se produit une rupture dans la vie des personnages, ce qu’il appelle   » le passage de la ligne  » , un événement après lequel plus rien ne sera pareil.

Et chez Simenon aussi, il se dégage des drames une sorte d’énergie  positive, tonique. C’est la magie du romancier qui sait transcender le réel, même et surtout difficile, cruel. Federico Fellini l’avait fait remarquer  à son ami en lui demandant  comment il pouvait réaliser cette transmutation, quel était son secret  …

Colum McCann  – Treize façons de voir –  Nouvelles traduites de l’anglais ( Irlande ) par  Jean-Luc Piningre – Editions Belfond – 320 pages – 21,50 Euros

 

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Disponible en e-book

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