Gwen Edelman – Le train pour Varsovie – Roman traduit de l’américain – Editions Belfond

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Lilka et son mari Jascha sont assis dans le train qui roule vers la Pologne à travers la plaine enneigée de décembre.  Ils retournent vers leur passé douloureux, puisqu’ils sont tous les deux rescapés du ghetto de Varsovie … ils avaient été amoureux pendant cette période au-delà de l’horreur, avaient réussi à survivre chacun de son côté,  puis s’étaient retrouvés à Londres où ils avaient pu émigrer. Ecrivain célèbre, Jascha a reçu une invitation d’un cercle littéraire de Varsovie qui souhaite faire sa connaissance. Lui ne veut pas accepter,  elle, voudrait retrouver les traces de son enfance, avant  les douleurs, quand Varsovie était  en apparence unie et si belle.

Il fait froid dans le train, et l’atmosphère est triste.

 » A présent assis dans le compartiment glacé il lui dit :   Je suis très en colère contre toi. Je t’avais prévenue que je n’y retournerais pas.  Tu m’as harcelé, harcelé  pour que j’y aille. Il releva le col de son manteau.  Ils ne chauffent  jamais dans ces trains ? Rappelle-toi ce qui s’est passé dans le jardin d’Eden. Eve, qui l’a talonné jour et nuit  pour qu’il  croque  la pomme. On connait la suite.  Cela fait bien longtemps que nous avons quitté le jardin d’Eden, rétorqua-t-elle. C’est notre dernière chance.  Maintenant ou  jamais. Mais pourquoi, pourquoi vouloir y retourner ? insista-t-il. Ce que nous avons vécu Là-Bas ne t’a pas suffi  ? « 

A l’arrivée, l’hôtel n’offre  qu’un confort relatif et désuet. Ils tentent de retrouver le goût des nourritures d’autrefois, le parfum des petits pains au pavot, mais il s’est évanoui et  ne restent que de fades imitations …  Très vite, elle veut  marcher en ville, revoir sa maison   » de l’autre côté  » …  Depuis le début, il est en retrait, même si  en définitive, il  lui cède toujours. Sous l’édredon de plumes, ils se retrouvent plus que jamais  dans un huis-clos qui permet confidences et aveux.

Mais les réminiscences  s’imposent au présent, les terribles souvenirs ineffaçables …

Séquence après séquence,  sous forme de  paragraphes  qui racontent les faits   – tous vrais,  l’histoire des persécutions contre les Juifs du ghetto de Varsovie s’impose.

Comment, lui, a-t-il survécu  ? Il était jeune et débrouillard, et il s’est arrangé pour faire de la contrebande, car sous le ghetto, des couloirs avaient été creusés, qui permettaient d’amener un peu de nourriture  et ce ne fut pas suffisant.  Les persécutions se firent progressivement.  D’abord les familles ont dû quitter leurs maisons, leurs appartements, en n’emportant que très peu de meubles sur des charrettes.  Les vêtements, meubles, bijoux étaient volés  parfois par des voisins qui n’attendaient que cela.

Ce fut le cas pour la famille de Lilka.  Elle  dut survivre dans un logement vétuste, dont, plus tard, on ferma les ouvertures, afin qu’ils ne puissent pas voir dehors, de l’Autre Côté  …  Un jour son père  ne put tenir dans cet enfermement, et il sortit.  On ne le revit jamais.

Une des grandes distractions des occupants  –    »  comme ils se sont amusés   »  –   était de tirer à vue sur les Juifs dans la rue, ou de les frapper …  tout fut possible. La ration était de cent quatre-vingt- six calories :

 » Je me souviens de l’hiver 1940, dit-elle.  Nous avions tout le temps froid. Ils avaient fermé les portes et nous ne pouvions sortir. La neige tombait et déjà les Juifs commençaient à mourir.  Cela n’a pas pris longtemps. Cent-quatre-vingt-six calories par jour.  Te souviens-tu Jascha ?  La ration pour un Juif. Parfois il neigeait plusieurs jours d’affilée. Le froid pénétrait dans nos os. On avait l’impression que nos yeux allaient geler dans leurs orbites.  L’hiver polonais, dit-il.  N’en a-t-il pas toujours été ainsi ? « …

Elle, jeune fille  si blonde, a pu suivre une formation d’infirmière à l’hôpital, grâce à sa mère qui lui a obtenu son  » ticket pour la vie « .   » A l’époque, ils voulaient encore  donner l’illusion que seuls les gens en bonne santé étaient  envoyés à l’Est pour travailler. Le personnel hospitalier était exempté de déportation « .

Mais à l’hôpital, les malades sont couchés à plusieurs par lit,  allongés par terre dans les couloirs au point que les infirmières ont du mal à passer.  Les médicaments manquent totalement. Et en été :

 » Les rues étaient noires  de crasse et d’ordures, la puanteur était suffocante.  Sur les trottoir, couverts de feuilles de journaux,  gisaient des corps qui ne verraient plus  jamais les étoiles  …  Là, dans l’ombre d’un bâtiment à moitié détruit, était étendu un petit enfant qui miaulait comme un chat réclamant à manger « …   » La chaleur était suffocante. La   » Grosse Aktion  » avait commencé.  Les policiers allemands, polonais, juifs  défonçaient les portes  et jetaient les Juifs dans la rue  à coups de pied.  Dix mille Juifs par jour  étaient emmenés à l’Umschlagplatz avant d’être envoyés à Treblinka …  Le ghetto ressemblait à une ville fantôme ».

 »  Comme ils ont été courageux dit-elle doucement, ces Juifs qui se sont révoltés  alors que la bataille était perdue d’avance,  en avril 1943. Il y avait des femmes aussi. Même Eux ont été surpris par le courage des femmes juives  … Les Juifs voulaient mourir au combat.  Comment aurions-nous pu savoir qu’ils mettraient  le feu  au ghetto tout entier ?  Derrière le Mur, les flammes s’élevaient jusqu’au ciel « …

Quarante ans après, Jascha, invité à Varsovie dans ce Cercle culturel, fait la lecture de son récit   » La descente « . Les auditeurs ne peuvent le supporter, et quittent la salle, au point qu’il  n’en reste plus que cinq. Et l’organisateur, qui était tellement plein de bonne volonté,  lui dit avec grand embarras  :  » Je ne croyais pas que cela serait si dur.  Je dois avouer que je n’ai pas lu vos livres. Mais votre nom est connu dans tout Varsovie et j’ai pensé qu’il serait intéressant  de vous inviter  à lire ici. Vous, notre compatriote  exilé depuis si longtemps « .

Gwen Edelman a vécu dans sa famille aisée aux Etats-Unis, et elle confie dans des entretiens qu’elle n’est donc pas concernée directement.  Mais, toute jeune, elle a lu   » Le Dernier des Justes  » d’André Schwartz-Bart,   et elle a voulu savoir le plus possible ce qui s’était  passé. Elle précise que tous les faits qu’elle relate sont vrais. Elle a demandé à un survivant de la Shoah l’autorisation de témoigner, elle qui ne l’avait pas vécue, et  ce survivant  lui a donné  son accord.

Elle démontre ainsi que la transmission est nécessaire, toujours, même si les marques et les souvenirs restent indélébiles.

Son livre est dédié à Jakov  Lind.

Gwen Edelman  – Le train pour Varsovie –  Roman traduit de l’américain   » The train to Warsaw  »  par Sarah Tardy – Editions Belfond –  192 pages – 17 Euros

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8 réflexions sur “Gwen Edelman – Le train pour Varsovie – Roman traduit de l’américain – Editions Belfond

  1. Bonjour chère France, un grand merci de me faire découvrir ce livre très prenant.
    Le clic pour agrandir ne fonctionne pas… ce n’est pas grave car j’ai lu tout le texte. Cela a dû être terrible.
    Avec toutes mes amitiés, je te souhaite un tout bon dimanche. Chez nous, le ciel se voile et la pluie est annoncée pour cet après-midi.
    Bisous ♥

    • Bonjour dear Denise, c’est effectivement un livre à lire et qui retient l’attention, par l’histoire vraie du ghetto de Varsovie, vécue par des survivants, et parce que la relation du couple est fort belle.
      Que se passe-t-il avec le clic pour agrandir ? Ca marchait !!!

      Bises et amitiés pour une bonne semaine, avec tes promenades rafraîchissantes, et tes découvertes 🙂
      Fraîcheur et soleil ici, petit vent. ! 🙂

      • Bonsoir chère France, oui, jusqu’ici le clic marchait et maintenant, il n’y a plus la petite main pour agrandir les textes et je ne peux plus lire…. dommage. Je ne sais pas d’où vient le problème.
        Douce soirée chère amie et merci de tous tes beaux billets, fort intéressants.
        Toute mon amitié et bisous ♥

    • Merci, dear Denise, pour tes gentils messages – mon  » internet  » a été un peu ralenti ces jours derniers – ??? mystères de l’informatique !!! J’espère que tout va se rétablir – j’ai fait un essai, et cela marche ! Bises pour une très bonne soirée et amitiés 🙂

  2. Merci pour le partage… Je prendrai volontiers ce train, en compagnie des personnages de ce livre..
    Bonne soirée, bonne semaine à venir…
    Amitié, Bises.

    • Bonjour wzeig, merci pour ton message – j’ai lu ce livre d’une façon  » addictive « , car l’auteur connait fort bien le thème, l’Histoire, et la psychologie du couple.
      Je te souhaite une bonne semaine aussi- comme tu la voudrais ! 🙂

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