Gwen Edelman – Dernier refuge avant la nuit – Roman traduit de l’américain – Editions Belfond

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Premier roman  – le récit d’un amour intense, d’une rencontre brûlante à New-York, un été, de celles qui changent une vie, des vies.

Dernier refuge avant la nuit  a reçu en 2002  le Prix du meilleur  premier roman étranger, et vient d’être réédité en même  temps  que le deuxième roman de Gwen EdelmanLe Train pour Varsovie, Belfond également,  2016.  Il faut les lire ensemble, car ils forment un tout.

Kitty, jeune femme libre à New-York, qui voudrait écrire et se trouve bloquée dans son inspiration, passe  dans une librairie,   »  mal éclairée, lambrissée de bois sombre, silencieuse dans la chaleur de l’été « . Elle est  installée sur un tabouret dans une sorte d’alcôve, et elle lit  une histoire, celle d’un homme et d’une geisha.  Quelqu’un  se tient devant elle, cherchant à savoir ce qu’elle lit :

 » Mais elle sentit  bientôt une présence près d’elle et, marquant la page de son doigt, leva les yeux. Dans l’embrasure se tenait un  homme d’un certain âge,  large d’épaules, bedonnant,  les cheveux en bataille, qui l’examinait  sous ses paupières lourdes. J’ai pensé que tu ressemblais à un Polonais, lui avait-elle dit plus tard. Ou à un Israëlien …  Il portait un pantalon de  velours côtelé trop large. Et une chemise bleue  … Il la regardait fixement « .

Leur entente est d’emblée totale. Il a soixante ans, elle, trente-deux. Il prend  l’initiative de l’emmener dans un café, en tête-à-tête, puis dans son appartement  qui se trouve dans un hôtel ancien, plutôt bohême,  »  pour les fous et les artistes « . Des meubles couverts de poussière, une armoire pleine de papiers, une machine à écrire,  un lit, du thé, de la nourriture éparpillée. Il a besoin de parler, elle veut savoir. Il est né à Vienne, ville qu’il a quittée en 1938 dans  un train  d’enfants à direction d’Amsterdam, où des familles ont choisi de les accueillir.

Dix ans plus tard, Kitty, mariée à un autre, menant une douce existence à  Londres, se rend à Amsterdam pour l’enterrement de Joseph, l’homme de New-York, et, pendant le trajet, bercée par le sifflement du train, observant le paysage d’hiver, elle se souvient des semaines de passion.  D’une ville à l’autre, dans cet entre-deux de la vie que permet un lent voyage dans le train, elle revit leur liaison :

 » Ainsi, pensa Kitty, contemplant le givre qui  recouvrait le chaume, ainsi, il serait enterré à Amsterdam. Pas à Londres, ni à New-York,  à Paris,  ou à Tel-Aviv où il avait vécu après la guerre.  Mais à Amsterdam  qu’il n’avait jamais pu oublier  …   Il y retournait tous les ans, y restait quarante-huit heures. C’est suffisant, lui disait-il,  je regarde les arbres, leurs branches délicates qui se reflètent dans les canaux. Je respire l’air  « …

 » Vint un temps où elle ne put pas se passer de Joseph plus d’une demi-journée, où elle se précipitait à l’hôtel Stuyvesant, franchissait d’un pas vif le  hall obscur et attendait devant l’ascenseur … elle montait, montait,  les joues enflammées, tapant du pied,  impatiente d’arriver au huitième étage  » 
où il l’attendait  derrière la porte de leur chambre, aussi impatient qu’elle.

Elle sait que  Joseph est un auteur très célèbre, dont les pièces ont été interprétées, éditées à Vienne et ailleurs. Des pièces noires, au point qu’il a été comparé à Kafka. Il a reçu de nombreux prix.

Dans les entretiens de  2015-2016 où elle parle de ses livres, Gwen Edelman révèle  que Joseph a vraiment existé. D’ailleurs son deuxième livre lui est dédié, et elle y a inscrit son  véritable nom. Il a un visage, une silhouette, qu’on peut voir ( Internet ), comparer à la description qu’elle en donne. Son histoire est donc réelle, et différente.

Joseph la prend comme confidente de ses innombrables rencontres féminines, de ses deux mariages, de  l’histoire de son fils, mort en Israël. Il croit qu’elle peut tout entendre. Et effectivement, elle enregistre tout dans son coeur, sa mémoire, son intelligence d’écrivain qu’elle devient,  après. A New-York, elle pense que leur histoire va durer, qu’ils vont vivre ensemble. Mais c’est Joseph qui prend la décision de la quitter, bien qu’ils s’aiment  …  La suite de la vie de Kitty sera comme Joseph l’avait envisagée pour elle, un mariage calme,  avec un mari paisible.

A New-York, il y eut une dernière nuit. Il lui dit   » N’oublie pas mes histoires « . Elle lui murmure « Pourquoi me quittes-tu ?  » .

 » Ce fut après le départ de Joseph qu’elle se mit à écrire. Tous les mots qui avaient longtemps refusé de  jaillir  se mirent à couler à flots  et à s’arranger d’eux-mêmes sur la page.  Elle avait publié trois romans, s’était installée à Paris et mariée. Pendant des années, elle s’était imaginé  qu’un jour dans un café  à Paris, à Rome, à Vienne ou  à  Amsterdam,  elle  le verrait assis à une table voisine « ….     et tout recommencerait. Mais il lui disait qu’elle était sentimentale, et lui avec son passé tissé d’aventures pouvait lui affirmer  que la vie n’était pas cela.

Pour Joseph, elle a été le  »  dernier refuge avant la nuit « ,  et lui qui avait tant vécu, le savait.

Une histoire d’amour et d’érotisme  avec beaucoup de lendemains, d’une subtile construction, revécue dans un train, thème cher à la romancière, où passé et présent se mêlent. C’est  au point qu’un paragraphe  relatant un épisode de la passion vécue à  New-York  se termine – ou commence – par  une description  de son voyage à elle vers Amsterdam. Une façon pour Kitty de rester fidèle au souvenir – ou à la présence – de son amant.

Décidément, New-York  inspire les passions !  Comment ne pas penser au magnifique  Trois chambres à Manhattan,  roman largement autobiographique où Georges Simenon  transpose sa rencontre tout aussi sensuelle et torride avec Denyse, qui deviendra sa femme, pour le meilleur mais  aussi pour le pire !  Joseph a choisi lui le mode   » brève rencontre   »  inoubliable, et peut-être dans sa sagesse avait-il raison !

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CLIQUER POUR MIEUX LIRE

Gwen Edelman  – Dernier refuge avant la nuit  – Roman traduit de l’américain    » War story   »  – par  Anne Damour – Editions Belfond  –  176 pages –  17 Euros

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6 réflexions sur “Gwen Edelman – Dernier refuge avant la nuit – Roman traduit de l’américain – Editions Belfond

    • Roman passionnant où l’histoire vécue affleure et c’est bien quand le mystère demeure.
      Oui, on se demande toujours ce qu’il convient d’indiquer – mais ici, c’est le choix de l’éditeur ! Et c’est plus simple.Quelquefois c’est  » traduit de l’anglais ( USA )  » mais non, ou si !!! l’américain n’est pas l’anglais.

    • Oui, une très belle, intense histoire comme il peut s’en produire – Des mystères restent …
      Merci pour les bons souhaits 🙂
      Bonne fin de semaine, et oui aussi, il y aura des livres 🙂

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