Tchernobyl, 30 ans après : Markiyan Kamysh – La Zone – Traduit de l’ukrainien par Natalya Ivanishko – Editions Arthaud

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Markiyan Kamysh a deux ans de moins que la catastrophe.  Il a toujours vécu avec Tchernobyl. Son père a fait partie des  » liquidateurs  » qui ont travaillé à la décontamination du site et il en est mort une dizaine d’années après. Mais, écrit Markiyan Kamysh, son grand-père a eu une longue vie, jusqu’à  90 ans, en fumant beaucoup,  etc !

C’est la façon combative et positive de voir les choses de ce très jeune journaliste et aventurier, qui ressemble un peu à Tintin, Tintin à Tchernobyl, tout seul souvent dans son défi aux risques, aux policiers, aux surveillances de toutes sortes, sans peur  de la  contamination,  ni des intempéries extrêmes.

Extrait – début du livre :

 »  Saturés par les slogans utopiques et les chimères foireuses de la super-propagande  et du super-urbanisme soviétique, nous avions  bâti un rêve. Un rêve dopé à l ‘  » énergie atomique civile   et pacifique « , moteur de l’économie socialiste  et corne d’abondance écarlate de notre futur communiste. Fascinés par notre propre  puissance et forts d’une confiance sans limites en notre avenir,  nous construisions des centrales nucléaires à travers toute l’URSS.

L’une des plus puissantes portait le nom de Tchernobyl; les barres d’immeuble flambant neuves de sa ville satellite  avaient émergé des forêts en un clin d’oeil. Au somment des tours,  des slogans géants s’étalaient glorieusement sur les façades tandis que des enfants joyeux s’égayaient bruyamment dans les aires de jeux…

…  Joie et bonheur se profilaient à l’horizon comme une apothéose. Jusqu’à ce que ça pète et que le quatrième bloc finisse éventré.  Tchernobyl, telle l’étoile Absinthe, s’est alors enchâssée comme une émeraude empoisonnée  dans la  couronne de la Polésie.  Après des années de doux rêves, notre gueule de bois fut très sévère. Des pompiers  téméraires éteignirent le réacteur,  d’intrépides pilotes d’hélicoptère arrosèrent le cratère  infernal de plomb et de bore. Les liquidateurs au coeur pur déblayèrent les débris les plus nocifs, érigèrent un sarcophage, puis déguerpirent.

Ils s’en sont  tous allés en emportant  leurs doses de radiation,  leur santé contaminée, leurs cancers, leurs cartes sanitaires   » Tchernobyl « ,  de catégorie A ou B….  Leur pays se trouva amputé d’un morceau de territoire  de la taille du Luxembourg.  Toute vie humaine  y était désormais impossible « .

La Zone interdite servit d’abri à des   » hordes  … déserteurs,  prisonniers en cavale « ,  une Zone effrayante.  Vinrent aussi les hippies,    » enfants-fleurs « , qui se baignaient dans les rivières, et que la police semonçait en leur faisant promettre de ne jamais revenir.   S’ajoutèrent des  » bad boys  » chapardant dans les maisons et organisant tout un trafic, puis des solitaires heureux de pêcher  tranquillement :

 » Enfin, avec le temps,  a poussé la génération des contemporains de l’accident. Pour ceux-là, la Zone est devenue une terre de paix, figée et hors du temps. 

Je suis de cette génération « .

Dans des films documentaires, vidéos, photos, on nous montre des babouchkas souriantes  sous leurs fichus, décidant de retrouver leurs maisons, leurs petites cultures,  afin d’y terminer leurs jours. On nous dit que les oiseaux, les animaux n’ont jamais été aussi heureux, aussi nombreux, car ils n’ont plus à avoir la crainte des hommes.  Tout pousse.  Les sapins en rouge également.

Mais tout se démolit, tombe en ruines,  car l’humidité fait son travail. C’est dans ces maisons, ces  immeubles dévastés que Markiyan Kamysh trouve un abri, même en hiver, quitte à allumer un feu  qui brûlera peu à peu  un plancher en son entier.  Pour l’aération : ouvrir les fenêtres,  se tenir dessous et ainsi éviter le froid.  Il se rend dans  la Zone environ vingt fois par an,  seul ou non,  pour y boire – beaucoup – en paix, fumer – énormément  – aussi, parfois au soleil sur  un toit. Et il dit :   » c’est ma datcha  » .  Il lui arrive de boire l’eau des canalisations, des marais  …  Il décrit Pripyat,   » immense et minuscule « ,  il raconte les sangliers, les loups qu’il côtoie, la peur qu’il a eue – tout de même  – une nuit où il avait trouvé refuge dans une maison, parce qu’une mère lynx s’y était abritée avec ses petits.

Il se fait guide pour des visiteurs, journalistes, qui resteront une journée. Lui a pu tenir jusqu’à trois semaines, car il lui faut tout emporter sur lui dans son sac à dos, et quelquefois il s’enfonce dans la neige.  Il est le vrai témoin, qui parle aussi des trafiquants qui emportent du bois d’arbres irradiés,  pour le vendre sans en dévoiler la provenance. On en fera des meubles qui peuvent se retrouver chez n’importe qui en Europe, mais, écrit-il, ils ne seront dangereux qu’en cas d’incendie, quand leurs poisons se  libéreront.

En annexe : sa carte de la Zone et ses descriptions des villages, hameaux, lieux importants.

Un choc inouï, son reportage. Quelle lecture  ! Il garde – à mon avis – beaucoup de mystères.

Le journaliste aventurier  écrit en conclusion, car il sait qu’il reviendra  :   » On sourira à la vie qui nous défie et qui nous dicte  où aller, comment exister et quoi respirer. Nous sommes les enfants de notre époque. Où pourrions-nous encore aller  ? « 

N’oubliez pas de lire aussi   » la quatrième de couverture  » avec un autre extrait. Le récit d’une aventure telle que la sienne ne se laisse pas passer.

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Markiyan Kamysh – La Zone – Traduit de l’ukrainien par Natalya Ivanishko – Editions Arthaud  – 171 pages – 16  Euros

( Tous droits réservés, etc – copyright )

 

 

12 réflexions sur “Tchernobyl, 30 ans après : Markiyan Kamysh – La Zone – Traduit de l’ukrainien par Natalya Ivanishko – Editions Arthaud

  1. Stupéfiant. J’étais curieuse de lire ce témoignage, et tout à coup, j’ai vu que l’auteur était présent. J’ai pris des photographies, et il est vraiment très jeune. Non, il ne  » crépite  » pas quand on approche … incroyable de voir de ses yeux un témoin comme lui.Il prend des risques tout le temps.

  2. Bonsoir chère France, j’ai vu quelques extraits à la télévision. C’est dramatique et les sols sont encore contaminés.
    Merci pour le titre de ce livre.
    Douce soirée France avec toute mon amitié.
    Bisous ♥

    • Bonjour chère Denise – on voit des reportages – terribles et ce qu’on ne voit pas est encore pire. Les personnes consomment des champignons, des baies,car tout pousse bien. Les enfants ont été considérablement touchés.
      Merci pour ta visite – je te souhaite une bonne semaine, avec tes promenades au bon air sain ! Bises et amitiés 🙂

  3. J’avais vu une émission et un film sur les personnes vivant à Tchernobyl et le livre que tu as lu est dans la droite lignée. C’est assez effrayant.

    • Oui, c’est un témoignage vécu – et oui, c’est plus qu’effrayant – la nature n’en a pas l’air, mais tout est pollué, de façon différente selon les endroits, et les dangers sont multiples. Si on cherche ‘ images de Tchernobyl  » … on  » voit  » ! Merci pour la visite – bonne semaine !

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