Isabel Wolff – Plume fantôme – Roman traduit de l’anglais ( G.B. ) – Editions J. C. Lattès

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Isabel Wolff est une romancière affirmée, dont j’ai déjà lu quelques titres et je pensais que ce nouveau roman serait une agréable distraction, une lecture facile  pour temps de détente …

Effectivement, c’est un excellent roman, parfaitement construit, à l’écriture agréable, qui retient le lecteur … et traite aussi d’ épisodes terribles de la Seconde guerre mondiale.

En prologue, la scène fondatrice : Evie et Ted sont en vacances au bord de la mer, en Cornouailles avec leur mère, jeune femme  venue avec  son nouveau compagnon, qui ne plait pas à la fillette. Les deux enfants s’éloignent pour aller pêcher  sur  la plage,  et tout se passe bien, jusqu’à ce que l’accident survienne… Evie revient seule, tandis qu’on donne des soins à son frère. En vain, et ensuite les relations entre  la mère et la fille seront toujours difficiles.

Bien des années après, Evie, devenu  Jenni,   partage sa vie avec Rick, et ils sont tous les deux  invités au mariage de Nina …  Son métier :   » ghost writer  » , c’est à dire qu’elle écrit des livres pour d’autres, célébrités ou non, biographies ou documents, et elle s’en trouve fort bien.

C’est ainsi qu’à ce mariage, elle fait la connaissance de Vincent qui lui demande d’écrire pour sa mère.  Klara, âgée de quatre vingts ans, voudrait fixer ses souvenirs. Née Hollandaise, elle a vécu  son enfance dans la plantation de ses parents, au plus profond des Indes orientales néerlandaises. Elle vit maintenant en Cornouailles  …   Jenni hésite, puis accepte. Elle voyage vers son passé, vers ses douleurs d’enfance qu’elle a toujours enfouies. Peut-être existe-t-il une raison inconsciente à ce voyage, peut-être le moment est-il venu de se libérer ?

Très rapidement, les liens se forment entre les deux femmes. Klara se confie, et s’intéresse aussi à la vie de Jenni : pourquoi Jenni ne veut-elle pas d’enfant, pourquoi Rick et elle se sont-ils éloignés temporairement   » pour réfléchir   »  ? Elle se doute qu’il existe un secret, qui pourrait avoir des similitudes avec le sien. Klara explique qu’elle a éprouvé le besoin de raconter sa vie parce que sa meilleure amie est atteinte d’une maladie qui atteint sa mémoire. Elle raconte son enfance dans la plantation :

 » Avant que nous ne quittions la Hollande, ma mère m’annonça que nous allions vivre dans  un pays lointain,  chaud et coloré – un  » paradis terrestre  » – Et c’en était un.  De nos fenêtres, nous pouvions contempler des montagnes enveloppées d’une jungle verte chatoyante,  relevée de rose vif et de rouge  par les fleurs d’hibiscus, de bougainvillée et de laurier-rose, que butinaient des papillons écarlates et jaunes, émeraude et noir, orange brûlé et  bleu scintillant…   »

Klara et son frère ont  des amis, et Klara, une meilleure amie, Flora. Elle  accompagne son père en forêt lorsqu’il supervise la récolte de caoutchouc. Les bonheurs sont multiples.

Mais les bruits de guerre parviennent jusqu’à eux, alors que la Hollande est neutre. Quand le conflit s’étend, certains préfèrent partir  …   mais l’armée japonaise envahit Java, et  les Hollandais, comme les Anglais, sont traités en ennemis.  Ce sont les hommes qui partent en premier vers des camps, puis la maison est investie, et les femmes, les enfants montent dans des camions qui s’en vont dans d’autres camps.

Les uns comme les autres connaissent un enfer qui parait irréel de cruauté. Saleté, famine, coups, tortures existent au quotidien, dans des journées  ponctuées  par des appels où les femmes et les enfants de tous âges doivent se tenir debout sous le soleil pendant  des heures. Beaucoup  meurent de privations, des mauvais traitements ou pendant les transferts de camp en camp.

Les petits garçons  sont peu à peu séparés de leurs mères, et Peter doit lui aussi monter dans un camion pour rejoindre les hommes adultes, alors qu’il n’a que dix ans. Klara sait qu’elle doit parler du drame qui l’a marquée toute sa vie,  et elle finit par le confier à sa biographe.

C’est ce qui va rapprocher les deux femmes. Jenni, en excellente professionnelle, sait poser les bonnes questions et Klara communique ses réflexions :

 » Je n’ai pas eu une enfance extraordinaire… Mon enfance m’a été volée. Nous avons perdu ce temps où nous  aurions dû être à l’école,  apprendre  lire, jouer  avec nos amis, il nous a été pris, et nous avons été obligés  de voir et de faire des choses  qu’aucun enfant ne devrait affronter  .. Mes privations m’ont appris  que tout était précieux, même les choses les plus triviales, les plus  insignifiantes en apparence  – un bout de ficelle,  un clou, un fil tiré d’une vieille robe.  J’ai encore du mal à jeter. J’ai appris à apprécier la nourriture à sa juste valeur, et d’une certaine manière, ma vie  adulte a toujours tourné autour de la nourriture – la cultiver, la distribuer,  m’assurer qu’on n’en gaspille pas la moindre parcelle  … Encore aujourd’hui, la peur de ne pas avoir assez à manger me taraude.  Mais ces années dans les camps m’ont aussi rendue plus forte dans l’adversité. Chaque fois qu’il m’arrive un malheur, je me disais   :  »  J’ai survécu à Tjideng, je peux survivre à  ça « .  Et par-dessus tout j’ai vu tout ce qu’une mère peut faire pour son enfant   … J’ai vu des femmes  risquer d’être battues sauvagement  ou même tuées,  afin de troquer au « gedek » de quoi  se procurer l’oeuf ou la banane  qui permettrait à leur enfant de  survivre un jour de plus. Et cela m’est resté toute ma vie « .

Le roman est fondé sur une solide documentation historique. Il m’a personnellement appris beaucoup- et sur un plan moins dramatique,  il m’a donné envie de faire le voyage jusqu’à la Cornouaille anglaise, et  de séjourner dans une de ces jolies maisons   accueillantes parmi les fleurs au bord de mer !

Isabel Wolff – Plume fantôme – Roman traduit de l’anglais ( Grande – Bretagne ) par  Denyse Beaulieu  – Editions J. C. Lattès  – 383 pages

( Tous droits réservés, etc – copyright )

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13 réflexions sur “Isabel Wolff – Plume fantôme – Roman traduit de l’anglais ( G.B. ) – Editions J. C. Lattès

  1. I haven’t met her before, dear France, I learned that we have translated version of Vintage Love, I will look for this. Thank you, you know I try to follow your post through the Google translate… 🙂 Love, nia

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