William Nicholson – L’heure d’or – Roman traduit de l’anglais par Anne Hervouët – Editions de Fallois

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Ce  beau roman très riche, vivant, adroitement composé, se déroule pendant une belle semaine de juillet, du dimanche au samedi, dans une petite ville du Sussex au sud de Londres.

Le dimanche, se tient la fête du village, semblable à celui de Miss  Marple,  ou de l’Inspecteur Barnaby. Maggie et Andrew, lui qui l’aime, elle qui se pose des questions,  s’y rendent ensemble :

 » Ils entendent le bruit de la fête du village qui suit son cours, au loin. Une voix forte qui hurle des paroles indistinctes.  Le roulement d’une fanfare.  Ils passent devant une haute haie  derrière laquelle se cache un cottage, en silex et en briques, qui datent du dix-neuvième siècle. Les fenêtres ont été changées, remplacées par des fenêtres bâties d’un seul tenant,  en double vitrage. Les encadrements sont en plastique. C’est illégal.

  » Tu vois ces fenêtres,  dit-elle en pointant du doigt à travers la haie. C’est sans doute une maison classée au patrimoine historique.  C’est une infraction au code de l’urbanisme. »

Maggie est une des responsables  de la protection du patrimoine,  » championne des bâtiments endommagés « .

 » Maggie n’est pas une vraie villageoise. Elle n’est que locataire. A Edenfield, les prix sont beaucoup trop  élevés pour son salaire. En combinant deux salaires, la question serait différente évidemment.  Dans une semaine, Andrew se lance dans un nouvel emploi,  à Lewes. Il quitte  son appartement londonien pour emménager avec elle. Enfin, c’est l’accord qu’ils ont pris. Ils se sont organisés et ont prévenu leurs amis.  Leurs parents ont approuvé. Ils en sont à l’étape suivante, logique. Mais à présent, elle n’en n’a plus envie, sans raison, ce qui est scandaleux. …

… C’est une belle fête, petite et sans prétention « .

Ce joyeux dimanche, des liens se nouent. Henry et Laura Broad, la cinquantaine, préparent un dîner, le samedi suivant,  pour leur anniversaire de mariage. Elle a déjà prévu sa soeur aînée Diana et son mari, Roddy. Le temps d’échanger quelques  » small talks « , et Laura apprend qu’Andrew vient d’hériter d’une magnifique collection de romans policiers de l’Age d’Or. C’est son domaine, et elle lui propose une expertise. Les voilà invités  au dîner.

Le temps d’une semaine, se produisent de nombreuses turbulences, et les cartes qui semblaient si bien en place, seront rebattues.

Quand il rentre dans leur jolie maison, Henry retrouve ses préoccupations :  il pense à son rendez du mardi avec  Justin, le directeur des programmes de Channel 4 à qui il veut présenter une nouvelle idée de série. Et, bien plus, il se demande comment éviter que les lapins voisins ne passent la clôture et se retrouvent chez lui ! Les lapins qui font le bonheur de Caspar, jeune fils de Liz et  Alan :

 » Cas ne bouge pas, il est invisible.

Quelques secondes s’écoulent avant que le lapin ne se laisse retomber sur  ses pattes et commence à grignoter. Deux autres lapins  sortent de leurs terriers  et se déplacent avec plus d’assurance que le premier. Comment savent-ils qu’ils peuvent sortir sans danger ? La sentinelle n’a émis aucun signal que  Cas ait pu entendre ou voir. Il y a quatre lapins à présent.  La tête basse, ils sont tous occupés à  grignoter l’herbe. Leur pelage luit sous le soleil de ce début de soirée « .

Le père de Cas, Alan, scénariste pour un film dont on utilise  le travail en le déformant, décide de se rendre sur le lieu du tournage avec son fils, qui est lui,  ravi de voir le chien, héros du film. Il doit constater que son nom n’est pas même prévu sur une place du parking, et échange des propos pleins de compréhension professionnelle avec le nouveau scénariste.

De son côté, sa femme, Liz, doit rendre visite à sa mère, Mrs Dickinson, qui vit seule dans  sa maison, et a besoin d’une dame de compagnie vigilante. Bridget est  la personne parfaite, consciencieuse, mais ce que l’ entourage ne comprend pas, c’est la douleur muette, cachée, de la dame  âgée, qui ne peut s’habituer à ce qu’une autre personne investisse  sa maison, et lui impose  un mode de vie. Il lui arrive de s’impatienter, de se mettre en colère, d’autant que les relations avec sa fille n’ont jamais été très paisibles. Liz estime qu’elle fait son devoir et Bridget, le sien, ce que par conséquent, sa mère devrait apprécier.

Le récit de la journée  où Mrs Dickinson se révolte, met Bridget à la porte,  est bouleversant. La vieille dame tombe, et, livrée à elle-même,  se rend  compte que ses forces l’ont abandonnée. Dans sa détresse, elle capitule.  Quand son chien très  aimé était mort, elle n’en avait pas souhaité d’autre, mais elle chérit ses deux cochons d’Inde, discrets, menus, mais vivants, de douces petites boules qu’elle a tant de bonheur à  voir  et tenir dans ses mains. Ce triste jour, elle doit se rendre à l’évidence :  un cochon d’Inde est mort, et  la détresse de Mrs Dickinson est à son comble.

Le jeudi, Laura et Harry sont invités à la Garden Party de Buckingham Palace. Laura choisit avec soin sa tenue, et surtout la fleur avec barrette qu’elle met dans ses cheveux : ni trop, ni trop peu, pense-t-elle.

 » Derrière les  grilles noires ornées de dorures,  l’immense cour d’entrée du Palais est  presque vide.  Des gardes en tuniques rouges, debout devant leurs guérites,  coiffés de leurs bonnets en poil d’ours, même par cette chaude journée de juillet. Empreint d’une stoïque dignité,  résigné à servir de toile de fond à  des millions de photographies, le Palais présente sa  façade carrée familière. Pour Henry qui regarde la façade avec un oeil d’historien,  le Palais témoigne de l’histoire de la Nation : l’armistice de 1918 et la foule massée sur le Mail,  la large avenue qui menait au Palais. Le roi apparaissant au balcon,  le 8 mai 1945, tandis que les princesses adolescentes s’étaient glissées incognito dans la clameur de la foule.  Charles et Diana sur le même balcon, mais en couleur à présent. Le concert du Jubilé de la Reine,  lorsque le Palais avait servi d’écran sur lequel un rayon  laser envoyait des images aux couleurs vives. La toile de notre nation, que nous barbouillons de nos fantasmes. « 

Henry est venu avec son scepticisme ironique; il a apprécié chaque minute, Laura également, et  il repart conquis, s’étant fait de nouveaux amis, avec cette constatation :

 » Cette réception, donnée par une reine,  organisée dans un palais, est un exercice d’égalitarisme « .

Laura a tenu à mettre sa bague de fiançailles, en se souvenant du moment où Henry l’ a demandée en mariage, de façon fort originale.

Mais comment se fait-il que cette bague se retrouve chez  Dean, le jeune  homme qui va l’offrir à  Sheena, un de ces beaux soirs de juillet :

 » On va se promener où ? demande-t-elle.

 » Tu verras.

La nuit tombe au-dessus des prairies inondables, au-dessus de la ligne de chemin de fer et de la rivière. Une légère traînée de  rouge et d’or se forme dans le ciel.  Il y a longtemps que le soleil a plongé derrière les  collines de la ville,  mais il colore le ciel de sa lumière  et éclaire les contours des rares nuages qui y flottent, isolés les uns des autres. 

 » T’es vraiment un homme  mystérieux, dit-elle…

 » C’était quoi,  alors, toute cette histoire sur le coucher de soleil ? lui demande-t-elle. 

 » Je voulais te faire ma demande à un endroit  que tu n’oublierais pas. Je voulais que tout le reste de ta vie, tu te dises :  » Il y avait un coucher de soleil « .

La voilà, l’heure d’or.

Tous les personnages sont justes, et on entre d’autant plus facilement dans leurs vies que William  Nicholson passe avec dextérité du récit au monologue intérieur  à la troisième personne, si bien que ce sont eux qui souvent s’expriment, selon leur personnalité. Les chapitres courts s’enchaînent avec virtuosité;  on quitte une scène pour en aborder une  autre, très naturellement.

Un indice quant à l’issue de ces intrigues, dramatiques ou drôles.  Un mari tente de se suicider, à la façon de Virginia Woolf, mais il est sauvé à temps, et ainsi reprend pied dans la vie. Les enfants donnent la note d’espoir.  Caspar  avec son coeur d’enfant qui aime tant les lapins, trouve les mots pour consoler sa grand-mère, Mrs Dickinson. Carrie, fille de Laura et Henry, chante ses compositions en s’accompagnant  à la guitare.

Et ainsi se poursuit le cycle romanesque, chronique familiale et sociale, de William  Nicholson.

Je me demande si ce troisième livre n’est pas le plus réussi de trois … peut-être !

A souligner que le récit de la réception à Buckingham Palace a été réellement vécu par l’auteur qui l’inclut à propos dans son roman.

William  Nicholson – L’Heure d’or – roman traduit de l’anglais par Anne Hervouët – Editions de Fallois – 418 pages –  22 Euros

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( Tous droits réservés, etc – copyright )

 

 

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