Immense compassion, et colère – Marguerite Yourcenar contre la barbarie :  » … cette violence inhumaine qui croit partout de plus en plus, et contre laquelle nous serons peut-être les derniers à pouvoir lutter  » ( sa lettre, novembre 1967 ) « 

Marguerite de Crayencour est née à Bruxelles,  » par hasard « , dit-elle, car ses parents étaient tous les deux français, en Flandre française. Mais elle garda toute sa vie des liens  avec sa famille en Belgique et échangea lettres, nouvelles.

Vivant la plus grande partie de sa vie à Petite Plaisance dans le Maine, Etat-Unis, avec son amante, amie, traductrice, Grace Fricks, elle demanda et obtint la nationalité américaine.

Elle fut la première femme à entrer à l’Académie française, institution envers laquelle elle éprouvait le plus profond respect,  mais en tant que femme, elle estima qu’elle n’avait pas à effectuer les visites d’usage au domicile de ces messieurs !  Elle refusa l’habit vert,  l’épée, et, habillée de blanc par Yves Saint Laurent,  fit l’éloge de  Roger Caillois, tout en soulignant bien qu’elle faisait entrer avec elle toutes les femmes de lettres qui, avant elle, eussent  mérité  d’y être admises.

Pourquoi je l’évoque aujourd’hui, jour de douleur, jour de colère  ? Parce que, si elle a ses origines en Flandre française, elle est tout de même belge – et universelle, voyageant dans tous les pays du monde, jusqu’à la fin, quel que soit son état de santé, courageusement.

Parce qu’elle fut au premier rang pour la protection de la nature, naturellement active.

Et qu’elle défendit activement les animaux, tous, faisant partie de plusieurs associations de défense, approuvant Brigitte Bardot.

Elle écrit que – lorsqu’on est capable d’envoyer des bêtes à l’abattoir en les maltraitant dans d’abominables wagons  à bestiaux, on glisse ensuite facilement vers une cruauté de plus, se servir de ces wagons  pour envoyer des êtres humains vers des exterminations à la chaîne.

Parce qu’elle est la civilisation même, un trait d’union.

Elle écrit aussi  ( lettre du 7 avril 1966 )  à propos des   » pouvoirs du mal  « :

 » … j’ai aussi, entr’autres, dans l’esprit, des exemples pris des arts plastiques qui me paraissent irréfutables.  L’un est  » Guernica  » de Picasso, l’autre la statue commémorative  du bombardement de Rotterdam par Zadkine : ces deux oeuvres sont une protestation contre l’horreur de la guerre,  mais le sauvage et le grotesque chaos dans l’une, la représentation dans l’autre d’un être humain réduit à n’être plus qu’une sorte de pantin difforme et épouvanté,  participent dangereusement à l’atrocité qu’ils dénoncent, et habituent l’oeil à l’image de la catastrophe sans que se dégage nécessairement  ce produit essentiel, la pitié. Consciemment ou non, l’artiste a été contaminé par ce qu’il décrit « .

Marguerite Yourcenar – Lettres à ses amis et à quelques autres – Gallimard – 1995

( Tous droits réservés, etc – copyright )

Et je pense à ces personnes qui dans leur métro à Bruxelles, ont lu sur leurs tablettes ou smartphones l’information selon laquelle des  attentats venaient d’être commis à l’aéroport, et qui, soudain, ont été eux-mêmes atteints, pulvérisés  par les mêmes violences, ou cherchant leur issue dans la poussière et l’obscurité, dans les cris de douleur …

Certes, le diable paie comptant. Le diable.

La compassion, l’action du Bien contre les  » forces  » du mal. Et vite.

France Fougère

 

 

14 réflexions sur “Immense compassion, et colère – Marguerite Yourcenar contre la barbarie :  » … cette violence inhumaine qui croit partout de plus en plus, et contre laquelle nous serons peut-être les derniers à pouvoir lutter  » ( sa lettre, novembre 1967 ) « 

  1. So so sad. I hate that this is happening! It breaks my heart not only for Paris and Brussels and all the other places that have been hit with this kind of senseless and cowardly violence, but the world as a whole. 😦 😦 😦

  2. Bonjour chère France, merci de ton billet. Depuis hier, ce sont de très tristes journées et je ne cesse d’y penser car cela peut arriver partout. Ce matin, encore, dans la voiture pour faire les courses, j’entendais les nouvelles. Tant de personnes et familles anéanties en moins de temps qu’il faut pour le dire. Mes pensées vont à toutes ces victimes.
    Gros bisous, France avec toute mon amitié ♥

    • Bonsoir chère Denise – quel choc, et quelle révolte aussi devant tant de cruauté, lâche. Les blessés vont souffrir longtemps, dans leur âme et dans leurs corps – et comment accepter des destins aussi injustes …
      Quand on pense que des personnes allant à leur travail, à leurs occupations étaient tranquillement dans le métro, consultant leur téléphone, leur tablette, apprenant que des attentats venaient d’avoir lieu, pour être eux-mêmes immédiatement projetés dans les souffrances, la peur -alors que le métro, dans le noir est déjà anxiogène…

      Oui, nous pensons très fort à elles.
      Bises et amitiés bien chaleureuses

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