Anita Brookner – romancière anglaise, historienne d’art, esthète – une grande intellectuelle francophile … est partie le 10 mars 2016 avec ses mystères

 

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L’article publié dans  » Libération « , mercredi 16 mars 2016, dit joliment l’essentiel, avec ce qu’il faut de courtes citations pour situer la femme et son oeuvre. En réalité, on connaissait peu la femme, discrète, décédée à l’âge de 87 ans, laissant une oeuvre à laquelle on souhaite une belle postérité.

En tant que lectrice, j’ai eu une période  » Anita Brookner « ,  lisant roman après roman  ( de même une période  » Barbara Pym « , et je lus un jour que Françoise Sagan éprouva la même fascination ), découvrant des femmes avant tout prisonnières d’elles-mêmes, intellectuelles, intelligentes, pleines de charme  mais réticentes devant les efforts qu’exige la vie. Et je pensais aussi à   » La Belle Arsène  » de Menie Grégoire, cette jolie jeune fille vivant dans une petite ville d’une province en France, qui avait toutes les chances, passa à côté et connut une triste existence.

Elles marchent, les héroïnes d’ Anita Brookner,  elles traversent Londres dans leurs  chaussures de cuir, vêtues confortablement, et elles parcourent des miles ! On ne peut s’empêcher de trembler pour elles : et si  elles faisaient de mauvaises rencontres ?

Dans son premier roman, La vie, quelque part, Ruth Weiss obtient une bourse et part pour Paris rédiger une thèse sur Balzac. Elle a en tête Eugénie Grandet,  et marche, de la Bibliothèque nationale au Louvre, au Luxembourg. Malgré ses efforts, ses succès,  sa mélancolie prend le dessus et elle doute d’elle-même :

 »  Ruth suivit certains conseils d’Anthea :   elle fit couper ses cheveux, obtint une bourse du British Council  lui permettant de passer un an en France, et tomba amoureuse. Seul ce dernier point lui importait, et elle ne cessait d’examiner anxieusement sa chevelure pour savoir si la coupe l’avantageait. –  »  Je ne suis pas assez belle pour lui  » – ( Eugénie Grandet ). Elle ne pouvait savoir que son apparence  n’entrait pas en ligne de compte ;  elle avait, pour une femme intelligente, suffisamment de charme mais c’est précisément parce qu’elle était une femme intelligente qu’elle avait du charme. Elle ne s’en doutait pas, car elle se croyait terne et peu réaliste,comme son amie le lui avait fait souvent fait remarquer.  » Je me demande parfois si tu es tout à fait là  !  » s’exclamait Anthea en levant un sourcil incrédule « .
( page 49 ).

La  psychologie est fine, parfois cruelle, l’écriture admirable, si élégante, raffinée, ses personnages, des femmes surtout, fascinants. On les saisit à des passages de leur vie. L’atmosphère existe, comme chez Georges Simenon, et parfois, ces femmes, ou ces hommes, plus rarement, font craquer les apparences,  les parois de leurs prisons intérieures ou même sociales, familiales. Chez Simenon,  ainsi dans  » La fuite de M. Monde « ,  il se produit vraiment quelque chose, car Monsieur Monde fuit Paris, sa famille, change totalement de vie. C’est ce que le romancier appelait  » le passage de la ligne « .

Cela peut se produire chez Anita Brookner, et elle maintient ainsi la lectrice, le lecteur, dans l’attente et l’émotion :  et si par hasard, cela se terminait bien ?

Quoi qu’il leur arrive, ses personnages restent attachants, dignes, et si  » british  » ! Même lorsqu’elle  les dépayse, ils restent terriblement  anglais et c’est ce qui fait le  charme de ces romans  très contemporains.

Voici quelques titres –  je n’ai pas – encore  – cédé à la tentation de les relire … et je n’ai pas tout lu tous ses livres …

Son premier roman :

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 » Providence « , son deuxième roman – et  » Hôtel du Lac  » pour lequel elle obtint le Booker Prize en 1984 :

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IMG_0006Des femmes :

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IMG_0008Un homme :

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Des enfants juifs  –  » Hartmann et Fibich eurent de beaux enfants. Leur beauté confirma à Hartmann que la félicité était venue (  » Regarde  ! Nous nous en sommes tirés ! « ) – tandis que pour Fibich cette beauté même pouvait les mettre en danger ». ( page 70 ).

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IMG_0012et des livres, beaucoup de livres ..

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4 réflexions sur “Anita Brookner – romancière anglaise, historienne d’art, esthète – une grande intellectuelle francophile … est partie le 10 mars 2016 avec ses mystères

    • Il y a des passages « sans » … cela arrive – pour moi c’est une passion qui fait partie de ma vie. Il y a quelques années que j’ai lu Anita Brookner, et ces  » poches  » sont un peu jaunis… mais elle me plait toujours autant.
      Le temps n’est pas extensible 🙂 – mon enthousiasme, si …

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