Haruki Murakani – 2 romans et leur préface traduits du japonais – Ecoute le chant du vent – Flipper – précédés de :  » Ecrits sur une table de cuisine  » – Belfond

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Une porte s’ouvre  sur le monde étonnant, onirique et pourtant réaliste, peuplé de personnages énigmatiques, qui est celui d’Haruki Murakani, au nom tout en douceur – et il en existe aussi dans son oeuvre. Inquiétant ? Juste à la limite. Il sait retenir ses effets.

  • Dans   » Ecrits sur une table de cuisine – préface à mes deux premiers romans courts «  ,  écrit en juin 2014 pour la première et présente édition à l’étranger, 2016, de Ecoute le chant du vent – Flipper, il revient avec grand naturel sur sa jeunesse et ses débuts dans la vie réelle, car, entre vingt et trente ans, il travaille   » comme un fou  » :

 » Beaucoup de jeunes gens – et, dans le cas du Japon, la plupart d’entre eux – commencent par obtenir un diplôme, se mettent  à travailler, et enfin peu après, se marient.  A l’origine, j’avais l’intention de suivre ce schéma. En réalité, j’ai commencé par me marier,  puis je me suis mis à travailler et, seulement après,  j’ai terminé mes études ( tant bien que mal ). En somme, j’étais allé à contre-courant.

Je me suis donc marié, mais, comme je ne voulais surtout pas devenir salarié dans une société, j’ai décidé d’ouvrir ma propre entreprise. Un petit bar où l’on passerait des disques de jazz et où l’on proposerait de la cuisine simple, divers alcools et du café. J’étais fou de jazz et je m’étais figuré, non sans une certaine ingénuité,  que ce serait une occasion d’entendre de la musique du matin au soir. Sauf qu’être étudiant et jeune  : marié, cela signifie que l’on n’a pas d’argent « .

D’où le travail intense, des petits jobs pour eux deux :  » En tous cas, une chose est sûre, c’était un temps heureux. Nous étions jeunes, en bonne santé,  nous passions nos journées à écouter la musique que nous aimions. En somme, nous étions maîtres chez nous,  même  si notre royaume était minuscule « .

Un bel après-midi ensoleillé d’avril 1978,  il se rend au stade Jingu assister à un match de base-ball. Là,  lorsqu’une balle frappe la batte, et que le son résonne merveilleusement dans le stade, dit-il,  il est frappé par une évidence :   »  Tiens, et  si j’écrivais un roman  ? « 

Il court acheter du papier et un stylo, et après la fermeture du bar, il écrit ce qui lui vient, sur une table de cuisine … Son récit  prend forme, en japonais. Mais il n’est pas satisfait du résultat. Il le retranscrit à la machine à écrire,  en anglais. La forme est davantage resserrée. Troisième étape, toujours d’instinct  : il se sert de cette base pour la réécrire en japonais.

Il envoie son texte à la revue Gunzo, sans en garder une copie. La bonne nouvelle arrive :  son roman Ecoute le chant du vent est dans les cinq finalistes pour le Prix Gunzo, qu’il obtient. Il décide alors de devenir écrivain, écrit Flipper, 1973.

  •  Ecoute le chant du vent

Haruki Murakani a lu, assimilé les auteurs russes, la littérature américaine dont les romans noirs, les classiques grecs, certains Français, des Européens, cite aussi Vadim… et, en préambule, se livre  à quelques réflexions sur la notion d’écriture – ( Joël Dicker développe plus tard ces notions jusqu’à en faire un roman dans le roman. Quand  on se lance en littérature, on choisit ses compagnons !).

Dans un bar de Tokyo, il parle ou pas avec son interlocuteur et ami   » Le Rat « , riche, oisif, dépressif et alcoolique. Intervient   – nous sommes chez Murakani – une jeune femme chez qui il reste toute une nuit, jusqu’à son réveil. Pourquoi n’a-t-elle que quatre doigts à une main ? Suit  alors une sorte de road-movie, ou plutôt un  » mind- movie « ,  voyage intérieur où les personnages vont à la recherche d’eux-mêmes. Il revoit la jeune femme, vendeuse dans un magasin de disques  … il part aux Etats-Unis sur les traces d’un écrivain qu’il aime  …

Cette fascinante atmosphère agit comme un hypnotique sur le lecteur qui suit, sans se poser de question, les aventures absurdes et irréelles, mais fascinantes, de ces personnes  attachantes en définitive.

  •  Flipper

Le jeune Japonais vit à  la fois dans le présent  – grâce aux bons soins de deux jolies jumelles qui partagent sa vie quotidienne, font sa cuisine –  et le passé. L’humour se mêle au fantastique et à une  nostalgie romantique des années d’étudiant,  d’une jeune fille, et d’un flipper affectionné. Dans le bar où il aimait passer des heures, il était devenu extrêmement habile. Car un flipper parlant l’avait choisi …  mais un jour, l’ami-flipper est absent, et alentour il ne reste plus que ruines.

Le narrateur part à la recherche du flipper disparu, fait  d’autres rencontres insolites  …  et toujours la musique, la  culture pop, une douceur, une certaine solitude :

 » Les portes du bus se fermèrent bruyamment, les jumelles agitèrent leurs mains à la fenêtre.

Tout se répétait… Je repris seul le même chemin, et, de retour dans mon appartement empli de la lumière d’automne,  j’écoutai Rubber  Soul que m’avaient laissé les jumelles. Je bus du café. Je demeurai ensuite toute la journée à regarder par la fenêtre passer le dimanche.

Un dimanche paisible de novembre où une lumière diaphane brillait sur toute chose « .

  • La   » trilogie du Rat  » se poursuit  avec  » La Course au mouton sauvage  » déjà publié ( Le Seuil, 2002, 2009 ; Points, 2002, 2013 )

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Haruki Murakani – Ecoute le chant du vent  – Flipper  – Ecrits sur une table de cuisine ( préface ) – Traduit de l’anglais par Hélène Morita – Editions Belfond  – 335 pages – 21 , 50 Euros

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( Tous droits réservés, etc, copyright )

4 réflexions sur “Haruki Murakani – 2 romans et leur préface traduits du japonais – Ecoute le chant du vent – Flipper – précédés de :  » Ecrits sur une table de cuisine  » – Belfond

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