Philippe Nessmann- La fée de Verdun – Roman ( Biographie romancée ) – Flammarion Jeunesse ( et tout le monde )

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Centenaire de la bataille de Verdun : 29 mai 2016

A Paris, de nos jours, l’itinéraire quotidien d’un  jeune homme passe devant un bâtiment en briques rouges, rue de Belleville  et il finit par remarquer qu’il s’agit d’une crèche, où les parents confient leurs petits enfants.  Cet immeuble porte l’inscription  » Fondation Nelly Martil « . Il en parle à sa grand-mère qui elle-même se souvient d’un fait-divers, trente ans plus tôt, en 1943. Elle marchait avec sa mère dans une rue près du Trocadéro, et elles ont vu une femme ensanglantée gisant sur le trottoir. La petite-fille devenue grand-mère n’a pas oublié, d’autant que les journaux de l’époque ont publié des articles donnant le nom de cette femme, Nelly Martil, cantatrice à la beauté célèbre, devenue infirmière, se dévouant pendant la Première Guerre mondiale sur les champs de bataille, au péril de sa vie, et plusieurs fois décorée.

Le narrateur plein de curiosité a envie de savoir si  cette femme est décédée de ses blessures. Il veut découvrir son parcours qui lui parait extraordinaire. Et il l’est !

A force de recherches dans les diverses institutions, de recoupements, il finit par retracer sa carrière.

Nelly Martin est née dans une famille modeste de Paris, son père étant gardien d’une école rue Martel à Paris, et déjà son talent était remarqué. Ses parents lui ont fait donner tous les cours dont elle avait besoin. Peu de temps après, le drame se produit, car Nelly perd son père, puis sa mère … L’orpheline est très rapidement sous la protection de Léopold Bellan,  qui  veut lui procurer toutes les chances.

Elle peut réaliser son rêve,  réussit le concours d’entrée au Conservatoire, et en sort avec un premier prix de chant.

Dans un album relié en rouge ( conservé à la Bibliothèque nationale de France), elle a collé toutes les coupures de presse qui prennent date dans sa carrière. Elle est de la Première d’  » Armide  » à l’Opéra de Paris, et après avoir dominé une petite cabale, des ennuis de santé, elle prend son essor, sous le regard bienveillant de Léopold Bellan et de son épouse.

Puis elle est engagée à l’Opéra-Comique où elle connait ses grands succès. Avec son joli visage, sa silhouette élégante et fine, elle attire l’attention, et la voilà à la une des revues de l’époque,  » Comoedia « ,  » La Vie heureuse « ,  » La Mode Parisienne »…

Il ne manquait  qu’un beau mariage  : elle épouse George Scott de Plagnolles, riche artiste renommé. La photo du mariage parait dans  » L’Illustration « , 12 juillet 1909. Elle continue sa brillante carrière, mais  tout à coup, remarque le narrateur, il n’y  a plus d’articles. Que s’est-il passé ? Mais la guerre  !

Nelly a cessé de chanter pour devenir infirmière.  Un article du journal  » La Mode  » fait paraître son portrait et l’information en 1917, en mentionnant les artistes devenues infirmières de la Croix-Rouge  :

« La gentille chanteuse de l’Opéra-Comique, elle,  n’a pas cru sa tâche suffisante  en soignant  les blessés à l’arrière; elle allait les chercher  près du front, sous les obus, sous la mitraille « .

Très courageuse, donc. George Scott, son mari, peint les scènes de guerre comme on photographie, en prenant lui aussi tous les risques.

Léopold et Clémence Bellan perdent sur le front le seul fils qui leur restait, Léo.  Ils décident alors de fonder des établissements destinés à recueillir des orphelins de guerre. C’est  un choc aussi pour Nelly, Madame Scott :  elle prend la décision d’obtenir son diplôme d’infirmière hospitalière et de partir pour le front.

Bien des femmes ont fait leur devoir de cette façon, en France, et aussi en Grande- Bretagne ( dont Agatha Christie  ! ) …

Quant à Nelly Marty Scott, son dossier militaire au Val-de-Grâce prend la suite des comptes-rendus  artistiques et mondains. Infirmière-major, elle est caporal, puis sergent,  décorée de la Croix de guerre avec étoile  de vermeil, toujours avec citations, remarquant qu’elle soigne, et chante aussi pour relever le moral des troupes  …  Verdun, le Chemin des Dames, le terrible gaz moutarde dont elle fut elle-même victime.

Sa mission continua après la guerre : elle soigne les prisonniers de guerre rapatriés d’Allemagne, elle lutte contre  l’ épidémie de grippe espagnole, que, fatiguée,  elle contracte aussi. Elle en guérit à grand peine.

Elle continua à chanter mais moins souvent qu’avant la guerre, et le nombre des coupures de presse se réduit. Mais  » L’Illustration  » montre  Nelly souriante posant en infirmière devant sa Fondation, rue Martel, en 1929.

Et le fait-divers, la blessure dans la rue ? Nelly a perdu son mari, et  elle a noué une liaison  avec un  chef d’orchestre, Gustave Cloëtz  … marié  … et c’est sa femme qui a attaqué Nelly au marteau.

Le narrateur s’est aussi rendu au cimetière où sont inhumés Nelly et George Scott à Paris.

Les étapes et lieux  de ses recherches  entrecoupent  des pans de la vie de Nelly, au fur et à mesure de ses découvertes. Il relate aussi des épisodes de la Première guerre mondiale, de témoignages de soldats.

La biographie romancée et vivante est enrichie de photographies, de documents. L’illustration de couverture reprend fidèlement une photo de la cantatrice- infirmière – héroïne de la grande guerre, et aussi d’un crime passionnel  (  avec le minimum de précisions, puisque le livre s’adresse à de jeunes lecteurs !).

Philippe Nessmann – Héroïnes de l’Histoire – La fée de Verdun –  Illustrations de François Roca – Flammarion-Jeunesse – Format 15 x 20 cm – 224 pages -13 euros – ( Dès 11  ans )

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8 réflexions sur “Philippe Nessmann- La fée de Verdun – Roman ( Biographie romancée ) – Flammarion Jeunesse ( et tout le monde )

  1. belle présentation et la manière dont tu décris le roman fait envie, se plonger ainsi dans un contexte historique et dans un des pans de notre histoire est toujours passionnant.
    Je ne sais pas si je le lirai mais en tout cas ton article donne envie de le lire ce livre !

    • Tu me fais très plaisir, pimpf- c’est un beau compliment, merci ! – L’auteur a fait un grand travail de recherche et de documentation, à but pédagogique et distrayant.
      Je ne connaissais pas cette héroïne, une de plus dont la vie est un roman
      -Elle a fait son devoir pendant cette terrible guerre, et il y en a eu beaucoup comme elle.

  2. Bonsoir chère France, un tout grand merci de tes mots qui donnent envie de lire ce livre. Je crois que lorsque l’on commence ce livre, il est difficile de s’arrêter. Avant de lire ton billet, je ne connaissais pas.
    Je te souhaite une douce soirée chère amie avec toute mon amitié.

    • Merci à toi, dear Denise – moi non plus je ne connaissais pas cette héroïne cantatrice – et aussi décorée de multiples fois pour son courage, Légion d’honneur entr’autres. Passionnant !

      Bonne fin de semaine- et douces amitiés avec bises – France

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