Ernest Hemingway – Paris est une fête – Collection Folio –  » Nous étions très pauvres et très heureux  » – si jeunes et enthousiastes …

IMG_0003Effectivement, c’est un livre joyeux, où Ernest Hemingway raconte sa vie à Paris lors de son premier séjour, avec sa première femme.  Il évoque ses amitiés, Miss Gertrude Stein, rencontre et adieu, Shakespeare  and Company, la librairie de Sylvia Beach, leur vie  :

 » En ce temps-là, je n’avais pas d’argent pour acheter des livres. Je les empruntais à la bibliothèque de prêt de   » Shakespeare et Company « , la librairie-bibliothèque  de Sylvia Beach, 12 rue de l’Odéon, mettait en effet, dans  cette rue froide, balayée par le vent, une note de chaleur et de gaîeté, avec son grand poêle en hiver, ses tables et ses étagères garnies de livres, sa devanture réservée aux nouveautés,  et, aux murs, les photographies d’écrivains célèbres, morts ou vivants.  Les photographies semblaient toutes être des instantanés, et même les auteurs défunts semblaient encore pleins de vie.

Sylvia  avait un visage animé, aux traits aigus,  des yeux bruns aussi vifs que ceux d’un petit animal  et aussi pétillants que ceux d’une jeune fille, et des cheveux bruns ondulés qu’elle coiffait en arrière pour dégager son beau front,  et qui formaient une masse épaisse, coupée net au-dessous des  oreilles,  à la hauteur du col de la jaquette en velours sombre qu’elle portait alors.  Elle avait de jolies jambes. Elle était aimable, joyeuse et pleine de sympathie pour tous, et friande de plaisanteries et de potins. Je n’ai jamais connu personne qui se montrât aussi gentil avec moi. « 

…   Un faux printemps  – Quand le printemps venait, même le faux printemps,  il ne se posait qu’un seul problème, celui d’être aussi heureux que possible. ..  Comme d’autres matins de printemps, je m’étais mis  au travail très tôt, tandis que ma femme dormait encore. Les fenêtres  étaient grandes ouvertes et les pavés de la rue séchaient après la pluie. Le soleil séchait les façades humides des maisons en face de ma fenêtre.  Les boutiques avaient encore leurs volets.

Le troupeau de chèvres remonta la rue au son du pipeau  et une voisine, au-dessus de nous, sortit sur le trottoir avec un grand pot. ..  « 

Ils sortent et se rendent par le train dans  un  champ de courses, où Hemingway gagne  ( une de ses sources de revenus ) :

 » Ainsi nous remontâmes la rue des Saint-Pères jusqu’au coin de la rue Jacob en nous arrêtant pour regarder les tableaux et les meubles aux devantures. Nous fîmes halte devant le restaurant Michaud pour  lire le menu affiché à l’entrée. .. La salle était pleine … La marche nous avait affamés  de nouveau et Michaud était un restaurant coûteux et troublant pour nous. C’est là que Joyce  prenait ses repas avec sa famille – lui et sa femme assis, le dos au mur  : Joyce étudiant le menu  à travers ses épaisses lunettes, brandissant la carte d’une seule main: Nora à côté de lui, mangeant avec appétit mais raffinement  ; Giorgio, de dos, mince, trop élégant,  la nuque luisante ;  Lucia, fillette en pleine croissance, avec sa lourde chevelure bouclée – parlant tous italien »…

Scott Fitzgerald –  » Son talent était aussi  naturel que les dessins poudrés sur les ailes d’un papillon. Au début, il en était aussi inconscient que le papillon et, quand tout fut emporté ou saccagé, il ne s’en aperçut même pas.  Plus tard, il prit conscience  de ses ailes endommagées et de leurs dessins,  et il apprit à réfléchir. Il avait repris son vol et j’ai eu la chance de le rencontrer  juste après qu’il eût connu une période faste de son écriture, sinon de sa vie.

 Il arriva une chose bien étrange la première fois que je rencontrai Scott Fitzgerald. Il arrivait beaucoup de choses étranges avec Scott, mais je n’ai jamais pu  oublier celle-là. Il était entré au Dingo Bar, rue Delambre,  où j’étais assis en compagnie de quelques individus totalement dénués d’intérêt :  il s’était présenté lui-même et avait présenté le grand gars sympathique  qui se trouvait avec lui comme étant Dunc Chaplin, le fameux joueur de base-ball.

Scott était alors un homme qui ressemblait à un petit garçon  avec un visage  mi-beau mi-joli. Il avait des cheveux très blonds et bouclés, un grand front, un regard  vif et cordial, et une bouche délicate  aux lèvres allongées, typiquement irlandaise qui, dans le visage d’une fille, aurait été la bouche d’une beauté.  Son menton était bien modelé, il avait l’oreille agréablement  tournée et un nez élégant,  pur et presque beau. Tout cela n’aurait pas suffi à composer un joli visage mais il fallait y ajouter le teint,  les cheveux blonds et la bouche, cette bouche si troublante pour qui connaissait Scott et plus troublante encore pour qui le connaissait …

Scott ne cessait de parler et, comme j’étais embarrassé par ce qu’il  disait – il ne tarissait pas d’éloges sur ce que j’écrivais – je me contentais de l’examiner de très près et de regarder au lieu d’écouter :  nous professions tous  en ce temps-là que les compliments  à b out portant peuvent fort bien abattre un homme « …

Et Pascin au Dôme,  Ezra Pound,  Evan Shipman à La Closerie …  des portraits, des instantanés savoureux auxquels s’ajoutent  dans cette édition des  » vignettes parisiennes « … un amour   qui vit et se termine, un autre qui commence…

Edition revue et augmentée avec des inédits –  édité et introduit par Sean Hemingway,  avant-propos de Patrick Hemingway – Traduit de l’américain par Marc Saporta et Claude Demanuelli  …

 » En novembre 1956, la direction de l’hôtel Ritz à Paris persuada Ernest Hemingway de reprendre possession  de deux malles-cabine entreposées là depuis mars 1928. Elles contenaient des vestiges oubliés de ses premières années à Paris …  » ( introduction qui relate la véritable aventure que constitue  l’édition de 1964 – et celle-ci, contemporaine ).

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Quelques photos – Merci Le Parisien – 9 janvier 2016 –

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Ouest-France  20 janvier 2016 –   cette photo vue aussi à la télévision est présentée  comme  » le Ritz, place Vendôme  » – non, la vue est prise visiblement depuis le boulevard des Capucines, près de l’Olympia, donc il s’agit du Ritz côté rue Cambon, en face de Chanel, et de l’hôtel Castille où Jean Cocteau et Jean Marais se rencontrèrent. On dit  que le parfum  de l’opium se répandait dans les couloirs… Jean Marais sauva Jean Cocteau de la drogue.

On entre  au Ritz  côté Cambon et un long vestibule, bordé de vitrines très belles et très chères,  traverse  ce rez-de-chaussée, pour aboutir place Vendôme par l’autre grande entrée

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( Tous droits réservés, etc – copyright )

 

 

6 réflexions sur “Ernest Hemingway – Paris est une fête – Collection Folio –  » Nous étions très pauvres et très heureux  » – si jeunes et enthousiastes …

  1. Oh, France, his book A MOVEABLE FEAST is one of my most favorite books and made me want to go to Paris even more. I love the stories about all the writers and artists that have spent time in Paris. Thank you for this post. 🙂 ❤

    • Dear Natalie, thank you for your post – this book is always a success, particularly now. What a great writer Hemingway is ! I do hope you will come again in Paris, and enjoy it, again. C’est un livre passionnant et qui donne souvent le sourire – toujours le mot juste, et des descriptions délectables, souvent pleines d’humour et de chaleur humaine.
      Bises et amitiés, my friend from Texas. 🙂

  2. En ce moment dans le métro des placards pour célébrer Paris à partir de textes célèbres : Victor Hugo, Offenbach… Happy feel texts plaisants à lire pendant le trajet ou l’attente 🙂

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