Rodin et Eros – Texte de Pascal Bonafoux – Editions de La Martinière

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 » La sculpture donne de l’âme au marbre «   écrit Chateaubriand.

Auguste Rodin y ajoutait la lumière, faisant  tourner une sculpture sur son socle pour faire admirer à un visiteur les ombres et les lumières mettant en valeur les détails, ce qu’il appelait   » le modelé « . Plâtre, marbre, bronze ou dessin, c’est la vie, la sensualité que Rodin saisissait, l’oeil, la main toujours en alerte.

Le poète Rainer Maria Rilke, qui fut son secrétaire, écrit à sa femme en 1912 :  » C’est le traitement des surfaces, un peu  le contraire des contours, ce qui remplit les contours. C’est la loi et le rapport des surfaces.Tu comprends, il n’y a  pour lui que le modelé »…

Et Rodin explique :  » Devant le modèle, je travaille avec autant de volonté de reproduire la vérité que si  je faisais un portrait ; je ne corrige pas la nature ; je m’incorpore en elle ; elle me conduit. Je ne puis travailler qu’ avec un modèle. La vue des formes humaines m’alimente et me réconforte. J’ai pour le nu une admiration infinie, un culte « .

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Un observateur ( Paul Gsell ) décrit en 1911  :   » …l’atelier où circulent  ou se reposent plusieurs modèles nus, hommes et femmes. Rodin les paie pour qu’ils  lui fournissent constamment l’image de nudités évoluant avec toute la liberté de la vie. Il les contemple sans cesse et c’est ainsi qu’il s’est familiarisé de longue date avec  le spectacle des muscles en mouvement.  Le nu qui pour les modernes est une révélation exceptionnelle, et qui, même pour les sculpteurs, n’est généralement qu’une apparition  dont la durée se limite à la séance de pose, est devenu pour Rodin une vision habituelle. Cette connaissance coutumière du corps humain,  que les anciens Grecs acquéraient à  contempler les exercices de la palestre, le lancement du disque, les luttes au ceste, me pancrace et les courses à pied et qui permettaient à leurs artistes de parler naturellement le langage du nu, l’auteur du Penseur se l’est assurée par la présence continuelle d’êtres humains dévêtus qui vont et viennent sous ses yeux. Il est arrivé ainsi à déchiffrer les sentiments sur toutes les parties du corps ».

Et Rodin explique :  » Je prends sur le vif des mouvements que j’ observe, mais ce n’est pas moi qui les impose  …

Pas une fois en décrivant la forme de cette masse n’ai-je quitté le modèle des yeux. Pourquoi ? parce que je voulais  être sûr que rien ne m’en échappait. Je n’ai pas pensé un seul instant au problème technique de la représentation  sur papier qui pouvait  empêcher l’élan de mon intuition, de mon oeil jusqu’à ma main « …

« Mon but est de tester à quel point mes mains sentent déjà ce que voient mes yeux « .

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Auguste Rodin en 1899

Pascal Bonafoux évoque les admirations de Rodin, qui reconnait :  » J’ai toujours choqué l’Institut « . Adolescent, entre 1854 et 1857, élève à  » la Petite Ecole  »  ( de dessin et mathématique ), il copie des sanguines d’après Boucher  : »  La Petite Ecole avait gardé quelques traces de l’enseignement  du XVIIIème siècle ; la vie, le sentiment, la grâce n’y étaient pas proscrits : cela se montrait clairement dans mes dessins « .

Quand en juillet 1869, sont dévoilés les quatre grands groupes réalisés par Carpeaux devant l’Opéra Garnier, un des critiques parmi d’autres voit  » des minois égrillards, des rictus furieux « , Rodin veut  avec un camarade   » aller sur les marches de l’Opéra crier bien fort notre admiration pour le chef d’oeuvre et pour l’artiste « .

Dans ce XIXème siècle où sa vie s’est déroulée, il est du côté de Baudelaire  « Je suis belle ô mortels, comme un rêve de  pierre « …  , Lamartine, Gustave Flaubert, Manet  … et évidemment contre la censure de ceux qui les ont jugés.

La morale varie d’un siècle à un autre, c’est une évidence, de même que la notion de sensualité, de pornographie et d’érotisme.

Elle est déclinée dans ce très beau livre, riche de citations,  de  reproductions, au gré du regard de la lectrice, du lecteur .

Reste l’oeil de Rodin :

Edmond de Goncourt relate dans le Journal, mercredi 3 juillet 1889 :

 » Octave Mirbeau est venu me voir aujourd’hui. De suite, sa conversation va sur Rodin. C’est un enthousiasme, une chaleur de paroles pour son exposition…

Mirbeau  a beaucoup pratiqué Rodin. Il l’a eu deux fois chez lui, une fois quinze jours, une autre fois un mois. Il me dit que cet homme silencieux est, en face de la nature, un parleur, un parleur plein d’intérêt,  et un connaisseur d’un tas de choses qu’il s’est apprises tout seul et qui vont des théogonies  aux procédés de tous les métiers.

Par exemple, dit Mirbeau, il est capable de tout, d’un crime  pour une femme, il est le satyre brute qu’il met dans ses groupes érotiques.  Et Mirbeau de me raconter qu’à un dîner chez Monet, qui a quatre grandes belles filles, il passa le dîner à les regarder de telle façon que, tour à tour, chacune des quatre filles fut obligée de se lever et de sortir de table « .

Suivent des portraits de la  » femme  » de Rodin, et de son fils. Pas tendres !

Passe Camille Claudel, « orageuse et sublime «  écrit René Vigo.

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Camille Claudel, 1886 – Pâte de verre

Anna de Noailles posa en 1905 pour son buste. Elle déclara, outrée  :  » Il m’épuise avec sa manière de me regarder, de me deviner nue « . Et elle le fuit.

Mais Claire de Choiseul choisit d’emménager avec lui à l’hôtel de Biron. Elle danse, Rodin la représente, souriante, en marbre (1911 ).

René Vigo résume l’homme et l’oeuvre  ( In :  La Gazette du Palais- décembre 2004 ):

 » Rodin ? Je le vois trapu, solide sur ses jambes, lourdes épaules, yeux de myope malicieux, barbe de brousse éclaboussant la poitrine.

L’oeuvre sculptée ? Rugueuse, austère, prolifique, riche d’athlètes, de marcheurs énergiques, de musculatures en action, mais aussi  de sirènes charmeuses, de nymphes graciles, de couples attentifs à leurs émois. Un art suprême pour exprimer d’une manière théâtrale de trépidantes sensations. Sans négliger l’hymne à la volupté dans le vertige des sens « .

En 1906, Rodin fut émerveillé par des danseuses cambodgiennes  qu’il admira au théâtre : 150 dessins.  » Quel vide elles m’ont laissé ! Quand elles partirent, je fus dans l’ombre et le froid; je crus qu’elles emportaient la beauté du monde « .

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Beau livre relié 20 x 20 cm – beau papier 272 p – Index – Bibliographie – 29 euros

et une réticence de ma part : non, la Reine Marie-Antoinette n’était pas ce que Pascal Bonafoux écrit… pourquoi ? les écrits historiques sérieux, les témoignages le démentent formellement – voir au moins le catalogue de l’Exposition « Marie-Antoinette », RMN, Grand-Palais, 2008.

Tous droits réservés – Copyright, etc

( je m’aperçois d’une  répétition :  oui, j’admire ! )

2 réflexions sur “Rodin et Eros – Texte de Pascal Bonafoux – Editions de La Martinière

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